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lundi 15 avril 2013

Le Harem Politique: Le Prophète et les Femmes par Fatima Mernissi

الحريم السياسي النبي والنساء

Une lecture féministe, du Coran,  de l'interprétation de la Chariâ, et des Hadiths.



Une femme peut-elle gouverner un État musulman, commander une armée, participer à la guerre , au même titre que les hommes ? Une femme mariée peut-elle prendre l'initiative sur le plan sexuel, répudier son mari ? Un mari a-t-il le droit de battre sa femme ? Pourquoi les femmes portent-elles le voile ? 



L'objectif de l'auteure est de montrer d'abord que les fondements religieux, établis au tout début de l'islam, sur lesquels repose la discrimination exercée à l'endroit des femmes dans le monde musulman sont la fabrication des hommes et le résultat des luttes de pouvoir entre réformistes et conservateurs, de montrer aussi que les actions des hommes étaient guidées par les intérêts économiques et, qu'à l'époque, les femmes ont pris une part active autant dans les débats politiques que dans les luttes idéologiques et militaires. 

L'hypothèse de l'auteure - un très grand nombre de Hadiths, utilisés aujourd'hui à des fins discriminatoires, ont été inventés de toutes pièces par les hommes, surtout avant la période de leur consignation écrite, c'est-à-dire près de deux siècles après la mort de Mohammed 


Mernissi entreprend donc une relecture des textes sacrés, du Coran, du Hadith et des œuvres des grands commentateurs. Pour se prémunir contre les attaques des théologiens orthodoxes musulmans et des conservateurs, elle s'appuie sur le principe, reconnu par le Coran, de l'obligation faite à tout musulman de recourir à la raison (al Aql) pour décoder cet ensemble de signes qu'est le Coran . Mernissi fait également appel aux données des sciences modernes comme la psychanalyse, la sémiotique, la linguistique et l'analyse politique. 
Dans Le harem politique Mernissi s'attaque, entre autres, à des Hadiths misogynes authentifiés et à certains versets du Coran qui ont et continuent d'avoir un important poids dans la détermination de la place réservée aux femmes dans les sociétés musulmanes. Deux exemples suffiraient à illustrer son analyse.Ainsi, Boukhari (-808-870), l'un des fondateurs, au IXe siècle, de la science de l'lsnad (la chaîne de transmission des Hadiths depuis le Prophète), a interviewé 1 080 personnes et, parmi les 600 000 Hadiths qu'il a recueillis,seulement 3 275 ont été reconnus comme authentiques . C'est Abu Bakra qui aurait entendu le Prophète dire : "Ne connaîtra jamais la prospérité le peuple qui confie ses affaires à une femme ". Ce Hadith figure parmi les deux ou trois mille Hadiths authentifiés méticuleusement par Boukhari et ses disciples. Dans quelles circonstances ce Hadith a-t-il été rapporté et quelle crédibilité peut-on accorder à son narrateur ?
(...)Le port du voile n'a pas été édicté par un Hadith, mais imposé par un verset coranique qui fut révélé à Mohammed à la suite de longues tractations et luttes idéologiques - dont les bases économiques sont bien soulignées par Mernissi - entre les promoteurs de l'égalité des sexes, représentés par le Prophète Mohammed, sa femme Aicha et Abu Bakr, le père d'Aïcha, d'un côté et, de l'autre, ceux, nombreux et puissants, qui tenaient à sauvegarder les coutumes et les lois de la société préislamique leur garantissant la domination des femmes. Si « Les idées de Mohammed sur l'octroi aux femmes des mêmes droits que les hommes privaient les Abdallah B. Ubayy des ressources financières importantes provenant de l'esclavage des femmes » (p. 230), on saisit mieux pourquoi seules les femmes de l'aristocratie devaient, du moins au début de l'islam, porter le voile. Les autres, esclaves, prostituées et sans statut, n'étaient plus protégées contre la violence et l'exploitation des hommes, après la descente du verset coranique imposant le voile : « Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants de revêtir leurs mantes [voiles] : sûr moyen d'être reconnues (pour des dames) et d'échapper à toute offense » .
Fatima Mernissi
La société musulmane, celle que Mohammed a voulu instaurer au début de sa vie de Prophète et de chef politique, n'est pas génératrice d'inégalités entre les hommes et les femmes. Elle les a, tout au plus, reproduites et, parfois, atténuées. Les alliances qui se sont établies entre des hommes politiques de tendance conservatrice, ceux surtout que l'Islam avait privés des prérogatives dont ils jouissaient dans la société préislamique - esclavage des femmes capturées durant les guerres entre tribus, déshéritement, proxénétisme, etc. - ont fini par avoir raison de la tendance réformiste défendue par Mohammed. Et Naïma Tabet, philosophe marocaine, résume bien les influences auxquelles devait faire face Mohammed et la précarité de sa position en tant que chef politique devant la subsistance des idéologies tribales préislamique:
   "Mohammed devait d'une part mener une lutte acharnée contre la résistance des mentalités conservatrices imprégnées d'idéologies liées aux structures tribales, comme il devait, d'autre part, compter avec ces mêmes idéologies, ce qui ne pouvait que nécessiter des reculs [sur ses principes égalitaires], de temps à autre, afin de maintenir un certain équilibre sans lequel sa mission aurait été dès son début vouée à l'échec".(Naïma Tabet)
Si les lecteurs et lectrices du Harem politique ont, parfois, l'impression que l'auteure voulait réhabiliter le Prophète Mohammed, ce n'était pas là son but explicite. Mernissi réussit cependant à donner un visage humain à ce réformiste que l'histoire et les hommes ont mythifié. De la même façon elle restaure l'image de la femme : on n'est plus devant des êtres pétrifiés subissant sans broncher les actions des hommes, mais devant des femmes militantes qui ont tout fait pour défendre leur cause. Aicha n'a-t-elle pas participé aux débats politiques et fait des pressions sur Mohammed pour qu'il ne cède pas à la demande des tradionalistes exigeant de lui l'imposition aux femmes du port du voile ? N'a-t-elle pas chevauché à la tête d'une armée pour combattre Ali, ce conservateur farouchement opposé à l'établissement de l'égalité entre les hommes et les femmes ? Et Sukaïna l'arrière-petite-fille de Mohammed, pour conclure sur cet autre exemple du militantisme féminin mis en évidence par Mernissi, n'a-t-elle pas toujours refusé, afin de sauvegarder son autonomie - participer au conseil de la tribu et recevoir chez elle les poètes etc. -, de consentir l'obéissance, clef du mariage musulman, à aucun des cinq maris qu'elle a eut ? N'est-elle pas allée jusqu'à inclure dans l'acte de mariage une clause les obligeant à renoncer à la polygamie, pourtant acceptée par l'islam, et à intenter et gagner un procès contre celui parmi eux qui n'avait pas respecté cette clause ?(...)

Extrait de la fiche de lecture de M’hammoud MelloukiDépartement d'administration et politique scolaires
Université Laval, Qebec
Recherches féministes,  publié sur le site ERUDIT.ORG vol. 4, n° 2, 1991, p. 159-164.

Son blog: MERNISSI

"La Femme dans trois œuvres d’adab andalouses," par Nadia Lachiri,
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Meknès, Maroc.

" Femme et Islam ", (Approches), collection dirigée par Aïcha Belarabi. Editions Le Fennec, Casablanca,
Un blog culturel, féministe marocain: ETUDES MAROCAINES

Un article paru dans l'hebdomadaire marocain TELQUEL sur le féminisme islamique

Un livre présenté sur un autre blog: "Religions d'Hommes, Regards de Femmes"

mardi 9 avril 2013

"Dieu est trop immense pour être enfermé dans un Crédo", Ibn 'Arabî

Prends garde à ne pas te limiter à un credo par­ticulier en reniant tout le reste, car tu perdrais un bien immense [... ]. Que ton âme soit la sub­stance de toutes les croyances, car Dieu est trop vaste et trop immense pour être enfermé dans un credo à l'exclusion des autres. Il a dit en ef­fet : 
« Où que vous vous tourniez, là est la face de Dieu » (Coran, II, 115), sans mentionner une direction plutôt qu'une autre.


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Les religions révélées ne sont diverses qu'à cause de la diversité des « rela­tions divines ». Si la « relation divine » qui demande qu'une chose particulière soit per­mise dans la loi révélée était la même que celle qui demande qu'elle soit interdite, cela impli­querait que les décisions divines ne peuvent changer, or il est établi qu'elles changent. Si ce n'était pas le cas, cela signifierait que cette pa­role divine est incorrecte : « À chacun de vous, Nous avons donné une loi et une voie » (Coran, V, 48). Or il est vrai que chaque communauté a une loi et une voie apportées par son prophète ou son messager. [...]


Nous savons de façon certaine que la relation de Dieu à Mahomet dans la religion qu'Il lui a révélée est différente de la relation qu'Il a éta­blie avec tout autre prophète. Si ce n'était pas le cas, et si la relation qui demande la révéla­tion d'une loi spécifique était unique, alors les religions révélées seraient une.
Les Illimunations de La Mecque (Futûhât Makkiyya), I, 265

Les doctrines religieuses divergent en fonction de la divergence des regards qui sont portés sur Lui. Or, chaque personne qui regarde ainsi n'adore et ne professe que ce qu'elle a amené à l'exis­tence dans son propre cœur. Elle n'a donc amené à l'existence qu'une chose créée, et non le Dieu réel. Mais c'est pourtant dans cette forme doc­trinale qu'Il Se manifeste à elle. L'Essence en tant que telle est unique, mais tu ne peux Le perce­voir qu'ainsi [dans le monde de la relativité].
Ibid., IV, 211

Tout ce qui est autre que Dieu est fabriqué, et les dieux des croyances sont fabriqués. Abso­lument personne n'adore Dieu tel qu'en Lui­même. Il n'est adoré qu'en tant qu'Il est fabri­qué par l'adorateur.
Ibid., IV, 229

Celui qui professe une foi dogmatique loue uni­quement la divinité incluse dans sa profession de foi et à laquelle il se rattache. Les œuvres qu'il accomplit lui reviennent, et en définitive il ne fait que se louer lui-même. [...] L'éloge qu'il adresse à ce qu'il professe est donc un éloge qu'il s'adresse à lui-même. C'est pourquoi il blâme ce que professe autrui, ce qu'il ne ferait pas s'il était équitable. Celui qui se limite à cet objet d'adoration particulier est de toute évidence un ignorant, du fait même qu'il s'oppose aux convic­tions d'autrui au sujet de Dieu. S'il connaissait, en effet, la parole de Junayd : « La couleur de l'eau est celle de son récipient », il accepterait de chacun sa propre croyance ; il connaîtrait Dieu en toute forme et en toute profession de foi. De lui n'émane qu'une opinion, et non une science. C'est pour cela que Dieu a dit : « Je suis auprès de l'opinion que Mon serviteur a de moi» ; Je ne Me manifeste à lui que dans la forme de sa croyance. Ainsi, la divinité des convictions dog­matiques est prisonnière des limitations ; c'est donc la divinité que contient le cœur de Son ser­viteur. La Divinité absolue, quant à Elle, ne peut être contenue par rien, car Elle est l'essence des choses et l'essence d'Elle-même.
Les Chatons de la sagesse (Fusûs al-hikam)
Traduction, Eric GEOFFROY


IBN ‘ARABÎ (1165-1241)

Prestigieuse figure du soufisme, et l’un des plus grands visionnaires de tous les temps, Ibn ‘Arabī est le théoricien du monisme ontologique et théologal, le grammairien de l’ésotérisme musulman. 
Son influence a marqué aussi bien ses partisans que ses adversaires ; son lexique technique représente la forme achevée du vocabulaire gnostique en langue arabe, et les penseurs musulmans postérieurs, qu’ils soient arabes, iraniens ou turcs, ont tous repris sa terminologie. Ainsi Ibn ‘Arabī apparaît-il véritablement comme le pivot de la pensée métaphysique en Islam.

Œuvre paradoxale que la sienne : chaque jour davantage étudiée et traduite, source d'ins­piration pour beaucoup de non­-musulmans après avoir fait l'ob­jet de polémiques séculaires en terre d'islam, elle n'est pas à la portée du premier venu. On peut évoquer la complexité métaphysique, la formulation allusive et la profusion de la terminologie, mais en défini­tive c'est le caractère initiatique de l'œuvre qui explique qu'elle reste hermétique au plus grand nombre. Une doctrine aussi subtile peut troubler même les apprentis soufis, et c'est pour­quoi, en pays musulman, les cheikhs interdisaient souvent à leurs disciples de lire l'œuvre d'Ibn `Arabî par eux-mêmes. Cette doctrine accorde pour­tant une attention rigoureuse à la lettre du Coran mais elle dérange le conformisme reli­gieux en explorant les possibi­lités de la Révélation. Ibn `Arabî fut certes l'héritier de la tradi­tion soufie, mais il lui a offert une formulation à la fois plus ample et plus précise. Le sou­fisme postérieur est donc lar­gement débiteur de l'homme et de son œuvre.

Les passages ci-contre sont ex­traits des Futûhât makkiyya, somme spirituelle exhaustive, et des Fusûs al-hikam, ouvrage plus concis qui récapitule sa doctrine métaphysique. Les vers, enfin, proviennent du re­cueil de poèmes mystiques Tar­jumân al-ashwâq. Ils témoignent de l'universalisme et du plura­lisme qui animent la doctrine d'Ibn `Arabî, universalisme de la Révélation énoncé par le Co­ran dans la notion de « Religion immuable » et que le Prophète a illustré maintes fois, lui qui affirmait que 124.000 prophètes, depuis Adam jusqu'à lui, avaient été envoyés à l'humanité.


Sur ces bases, certains soufis ont professé « l'unité trans­cendante des religions », thème auquel Ibn `Arabî a fourni un cadre doctrinal ; toutes les croyances et donc toutes les religions sont vraies car cha­cune répond à la manifestation d'un Nom divin. Il y a ainsi une unité fondamentale de toutes les lois sacrées, et chacune dé­tient une part de vérité. La di­versité des religions est due à la diversité des « relations » que Dieu entretient avec le monde, et à la multiplicité des mani­festations divines. Puisque Dieu est conforme à l'opinion que le fidèle se fait de Lui, Ibn `Arabî en conclut d'abord que les croyances sont conditionnées par les différentes manifesta­tions de Dieu perçues par les êtres et par la conception frag­mentaire que chacun se fait de Dieu ; ensuite que Celui-ci ac­cepte toutes les croyances - pas au même degré, bien sûr - car les conceptions humaines ne sauraient limiter l'être divin. Enfin, quel que soit le destina­taire du culte (Dieu dans ses diverses dénominations, mais aussi la nature ou les idoles), c'est toujours Dieu que l'homme adore, même s'il n'en est pas conscient.

lundi 8 avril 2013

"La femme n’est pas un symbole religieux " par Mongia Souahi Islamologue

Dr Mongia Souaïhi, Tunisienne, est l’une des rares islamologues femmes dans le monde arabo-musulman.
Source: http://everitte.org/

Traduction des versets coraniques au féminin
Professeur en Sciences islamiques et exégète coranique, Mongia Souahi a fait une recherche sur tous les versets coraniques qui parlent de la femme. Dans toute l’histoire de l’Islam, l’homme a toujours interprété les versets coraniques en donnant une dimension masculines du divin » dans tous les versets. (...)
Déconstruire les mythes qui relèguent la femme dans le religieux
Dans le hadith Nabawi et dans le comportement du prophète et de ses amis, les femmes étaient professeurs, Khadija elle même était professeur, c’était une femme d’affaires une politique, Oum Salma aussi. Il y a eu des femmes qui se sont opposées à Omar Ibn El Khattab. Il y a eu des femmes qui se sont élevées contre Mouaawi Abousofiene ; elles étaient activistes et elles ont parlé des problèmes qui taraudaient leur société et leur pays. Rien dans les écrits ne prouve véritablement » que la femme est la moitie de l’homme » explique l’islamologue. Mais cet état d’esprit a perduré depuis le premier et second siècle de l’Islam et cela a été la décadence pour le monde arabe. Les exégètes du 18e et du 19 es ont malheureusement largement abondé dans ce sens, rares sont les exégètes qui ont pris la défense des femmes à l’exception du tunisien Mohamed Tahar Ibn Achour.
Islam égal violence à l’encontre des femmes ?
(...) Déjà du temps du prophète, à la Mecque on exhortait les femmes à rendre les coups qu’elles recevaient » si ton époux te gifle, rends la lui » a dit le prophète Mohamed aux femmes de la Mecque. Frapper n’est pas le fait de la religion, du temps de la vie du prophète ce dernier n’a jamais frappé ni une femme, ni une domestique ni un animal!
« On doit revenir aux mots du Prophète » affirme l’islamologue. Si aujourd’hui les Sakineh du Monde continuent de mourir sous la lapidation, c’est simplement parce qu’on a mal interprété l’Islam et que l’on s’en sert à tort et à travers pour exercer des vendettas personnelles. Les conditions économiques, la mauvaise éducation, la perdurance de certaines coutumes qui font que l’on donne toujours le meilleur à l’homme, et au jeune garçon dès son plus jeune âge et on banalise la petite fille, c’est tout cela qu’il faut déconstruire.
La femme et le voile
« je suis catégorique: je suis contre le voile, il n’existe pas dans le coran! C’est uniquement culturel et environnemental, je l’ai écrit dans un article. C’est un fait historique avant tout! En Occident, la problématique du nikab ce n’est pas sérieux » la femme musulmane doit respecter la loi du pays hôte! Pourquoi provoquer et choquer l’autre? Pourquoi donner à l’Occident à l’image d’une femme soumise et victime?! Il ne faut pas imposer le signe religieux et cela pour toutes les religions. A l’inverse » ce qui me choque par exemple en Allemagne c’est que l’on accepte le signe religieux des juifs ou des chrétiens mais s’agissant de l’Islam c’est non! S’il y a droit de l’Homme c’est pour tout le monde et c’est sans exception!!! L’Occident doit réviser sa vision du Monde arabo-musulman également!
Il faut cesser de faire de la femme un symbole religieux de l’instrumentaliser au gré des politiques du Nord et du Sud » on est en tant que Femme un homme au grand H »
Réformer la pensée arabe s’agissant des femmes
Il faut un gros travail des mentalités car la modernité ne sera jamais prise en faveur de la femme sinon. (...)
Pour s’en sortir, il faut des femmes qui interprètent le coran à leur façon » … je suis une révolutionnaire dans le milieu, en Tunisie (...). Il y a un nouveau souffle on le trouve en Tunisie et en Syrie, voire en Egypte où l’on voit peu à peu des exégètes femmes interpréter les textes.
(...)
Par Elyssa Souissi

Chrétiens et Musulmans sur les pas de Marie, Marche à Chartre le 25 Mai 2013

Nous cheminions ensemble, mus par le même Souffle! 

 « Oh ! quel plaisir, quel bonheur de se trouver entre frères ! ... Là, le Seigneur a décidé de bénir : c’est la vie pour
toujours ! » Ps. 133, 1 et 3

«...et rappelez-vous la grâce de Dieu quand - d’ennemis - Il a fait de vous des frères, par Sa grâce, en mettant vos cœurs à l’unisson » Coran, s. 3, v. 103

Itinéraires Spirituels » à Chartres, le samedi 25 mai 2013
Chrétiens et Musulmans sur les pas de la Vierge Marie
Marche ouverte à toute personne respectueuse des convictions d’autrui

Organisé par le GAIC, Groupe d'amitié islamo-chrétienne.



lundi 1 avril 2013

L'Orient, l'Occident et la Rencontre dans le Coran





















Orient et Occident ne sont que les deux faces d’une même pièce:
« l’Orient et l’Occident appartiennent à Dieu, quelque soit le côté vers lequel vous vous tournez, la face de Dieu est là. Dieu est présent partout et Il sait !"
Coran II, 115


Une même terre pour un seul Peuple, celle des serviteurs de Dieu:
Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur Terre et qui, lorsque des ignorants s'adressent à eux, disent: "Paix".
Coran 25, 63


Respect des différences, culture de l'excellence de la rencontre:
« … Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il a voulu vous éprouver Par le DON qu’il vous a fait. Cherchez à vous surpassez les uns les autres dans les bonnes actions. Votre retour à tous, se fera vers Dieu ; Il vous éclairera, alors, au sujet de vos différends. »
Coran, V, 48


La Lumière de Dieu au delà de nos frontières mentales, géographiques et culturelles:
"(...)l’olivier qui ne provient ni de l’Orient, ni de l’Occident et dont l’huile est près d’éclairer sans que le feu la touche. Lumière sur lumière ! Dieu guide, vers Sa Lumière(...)"
Coran, XXIV, 35


D'où la petite sagesse du mystique Yunus Emre:
"Quand tu cherches Dieu, cherche-le dans ton coeur. Il n'est pas à Jérusalem, ni à la Mecque, ni dans le hajj".
Yunus Emre

Réédition d'un post publié en 2007

jeudi 24 mai 2012

Œil pour oeil, dent pour dent...!

العين بالعين و السن بالسن و البادء اظلم ! Œil pour oeil Dent pour dent Et celui qui commence à toujours tord !

L'original de la citation chez les Arabes, dans le Coran.

lundi 12 octobre 2009

Le voile en Islam - ce que dit le Coran!

Extraits tirés d'un entretien avec Mahmoud AZAD* publié (le 17 Avril 2004) sur le site OULALA.net.

AN : Comment le voile est-il évoqué dans le texte du Coran ?

MA : Le terme « voile » en français, celui que l’on porte sur la tête, est utilisé comme traduction du mot arabe « hijab ». Et du point de vue du linguiste, cette traduction est un glissement de sens. Le thème du hijab est abordé huit fois dans le Coran. Et pas une seule fois pour désigner l’habit dont la femme devrait se couvrir la tête.

AN : Pouvez vous nous donner les références des huit Sourates en question ?

MA : Dans la Sourate 7, verset 46, le texte, qui évoque l’au-delà dit : « Un voile épais est placé entre le Paradis et la Géhenne (.). » Là, le mot hijab en arabe prend clairement le sens de rideau de séparation, comme dans les sept autres Sourates, même si le contexte est différent.

La Sourate 17, verset 45 aborde la protection « virtuelle » que Dieu apporte à Son Prophète lorsqu’il lit le Coran : « Quand tu lis le Coran, nous plaçons un voile épais entre toi et ceux qui ne croient pas à la vie future ».

La Sourate 19 verset 17 le mot voile est utilisé pour figurer la distance géographique que l’on met volontairement entre soi et d’autres : « (V16) Mentionne Marie, dans le Livre. Elle quitta sa famille et se retira en un lieu vers l’Orient. (V 17) Elle plaça un voile entre elle et les siens.

Dans la Sourate 33, verset 53, le texte indique à ceux qui sont invités à entrer dans la demeure du Prophète et éventuellement à y prendre un repas, la conduite qu’ils doivent y avoir. La Sourate leur recommande de ne pas s’attarder après avoir mangé et de se retirer sans entreprendre de conversations familières après le repas. Et ajoute : « Quand vous demandez quelque objet aux épouses du Prophète, faites le derrière un voile. Cela est plus pur pour votre cour et pour le leur ». Là aussi, le mot hijab à le sens de rideau et non pas celui du voile que l’on veut poser sur les têtes des femmes. Et ce n’est qu’en s’adressant aux épouses du Prophète que l’on doit le faire derrière un voile.

Dans la très poétique Sourate 38, le verset 33 évoque le hijab dans le sens de « crépuscule » : « Quand un soir on lui présenta de nobles cavales, il dit : « j’ai préféré l’amour de ce bien au souvenir de mon seigneur, jusqu’à ce que ces chevaux aient disparu derrière le voile. Ramenez-les-moi. » il se mit alors à leur trancher les jarrets et le cou ».

La Sourate 41, verset 5 évoque ceux qui se détournent de l’appel du Prophète : « Ils disent : « Nos cours sont enveloppés d’un voile épais qui nous cache ce vers quoi tu nous appelles ; nos oreilles sont atteintes de surdité ; un voile est placé entre nous et toi. Agis donc, et nous aussi nous agissons » ». Nous voyons bien là combien le voile (hijab) peut être positif (pour préserver le croyant qui risquerait de succomber aux charmes des épouses du Prophète, ou négatif puisqu’il empêche certains d’entendre l’appel de la nouvelle foi.

La sourate 42, verset 51 aborde la parole que Dieu transmet à l’homme. « Il n’a pas été donné à un mortel que Dieu lui parle si ce n’est par inspiration ou derrière un voile ou encore, en lui envoyant un Messager à qui est révélé, avec sa permission, ce qu’il veut. Il est très haut et sage ».

Dans la Sourate 83 verset 15, enfin, le Texte prévient les incroyants de leur sort : « Non ! Ils seront, ce Jour-là, séparés de leur Seigneur, puis ils tomberont dans la fournaise. On leur dira alors : « Voici ce que vous traitez de mensonge ! » ». (NDLR La traduction utilise le mot « séparation » pour restituer le mot arabe lamahgouboun construit sur la base de hijab).

AN : Vous nous dites donc que les musulmans qui utilisent le mot « hijab » pour désigner le voile qui couvre la tête des femmes commettent un contre sens ?

MA : Oui. Ils commettent un contre sens linguistique par rapport au vocabulaire coranique. Et les femmes musulmanes qui disent que le hijab est cité dans le Coran se trompent sur le sens du mot. Elles doivent comprendre le sens donné au mot.

AN : Au delà de ce contre sens de mot, ceux qui incitent les femmes à se voiler, ne commettent-ils pas d’autres contre sens ?

MA : Au contre sens linguistique, il faut ajouter un contre sens de but.

Le contre sens de but est le suivant : le voile devait désigner les femmes libérées de l’esclavage , parce qu’elle rejoignent la nouvelle religion. La communauté prendra désormais en charge les besoins de celles qui ne parviennent pas à subvenir à leurs propres besoins seules. C’est donc une « libération » à l’époque. J’insiste sur le mot « à l’époque ». parce qu’aujourd’hui, dans beaucoup de cas, le voile apparaît comme un asservissement de la femme. Ainsi donc il produit un effet contraire à celui qu’il doit atteindre. Que faut il alors privilégier ? Le voile coûte que coûte ou sa portée symbolique ? Faut il vouloir la forme plus que la liberté ?

La question que nous posons en réalité est celle de l’historicité du texte. La révélation se fait tout de même sur vingt trois ans de vie prophétique. Durant cette période, le Prophète fait bien entendu appel à sa raison pour mettre en adéquation la révélation, qu’il ne conteste pas !, avec la réalité.

AN : Est-ce que le Coran recommande à toutes les femmes de se couvrir la tête et les épaules ? Et dans quel vocabulaire le fait-il ?

MA : Le Coran ne traite les habits de la femme que dans le large contexte de la vie sociale, de l’éducation et de la famille. Il incite à la « pudeur ».

AN : Vous dites « pudeur », et ce mot, très employé notamment par les femmes qui portent le voile, à aujourd’hui une nette connotation sexuelle. N’y a t il pas en français une mauvaise traduction du sens du mot « ihticham » ? Ne faut-il pas plutôt parler de la « bienséance » plutôt que de la pudeur ?

MA : Vous avez probablement raison. Le Coran vise d’abord à la préservation sociale. Et dans cette lecture, il invite plus à la bienséance qu’à la pudeur avec sa connotation sexuelle, du moins lorsqu’il traite des habits. Mais les injonctions qui visent à la bienséance vestimentaire ne concernent pas que la femme ! Et c’est là une erreur majeure commise par les interprètes qui n’ont pas assez étudié. A chaque fois que le Coran parle de la tenue vestimentaire, il parle aux deux sexes.

AN : Par exemple ?

MA : Sourate 24, versets 30 et 31 : Dis aux croyants de baisser leur regards, d’être chastes, ce sera plus pur pour eux. Dieu est bien informé de ce qu’ils font. Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leur atours, de rabattre leurs « voiles » « sur leurs poitrines », de ne montrer leurs atours qu’à leurs époux ou à leurs pères, ou aux pères de leurs époux, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs époux, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs (.). Les lectures du texte, aujourd’hui, doivent nous éclairer sur un point essentiel : le lien entre le(s) but(s) et le(s) moyen(s), ou encore apprendre à distinguer entre le stable et le variable, le stable étant l’objectif et le variable étant le moyen mis en ouvre pour atteindre l’objectif. Dans le cas présent de la Sourate 24, le but est que les hommes et les femmes soient libres et chastes. C’est la part stable du message, son intention spirituelle. Le moyen est donc secondaire.

AN : Pourquoi les femmes musulmanes, dans les pays musulmans, se voilent - elles ?

MA : Il faut effectuer cette recherche à plusieurs niveaux : fouiller l’histoire, les traditions, les cultures des peuples. Lorsqu’on se trouve dans un champs strictement religieux, au niveau du « sacré », lorsqu’on recherche les devoirs des croyants, le licite et l’illicite, la punition, nous devons absolument rechercher « l’esprit du texte », c’est à dire la part stable de celui ci.

En ce qui concerne le voile, il y a une tendance aujourd’hui à tout vouloir mélanger. C’est un comportement souvent lié à l’ignorance et à lecture du texte à un seul niveau, c’est à dire sans lui accorder de profondeur historique. Le message de l’Islam est intemporel. Comme d’ailleurs celui des deux autres religions monothéistes. Mais il n’est compréhensible que s’il l’on se reporte au contexte dans lequel le Coran à été délivré. C’est exactement ce que ne font pas (ne font plus), les musulmans aujourd’hui. Ainsi, certains fous, certains fondamentalistes, mus par des mobiles qui n’ont rien à voir avec la foi, présentent aux masses ignorantes et analphabètes une lecture limitée et orienté du texte. Pour avoir le courage de la discuter, il faut avoir la culture de la discussion et du débat. Cela s’apprend dans les familles et dans les écoles et ce n’est pas le cas dans la très grande majorité des pays musulmans (et non musulmans !) aujourd’hui. Alors les femmes se voilent. Les hommes cherchent refuge dans un ailleurs meilleur que leur environnement immédiat qui est celui de la misère économique et l’indigence sociale et culturelle. Et progressivement, cet ailleurs s’est transformé en un « après » marchandé. Comme la vie ici bas est difficile et misérable, l’on se réserve un après meilleur. Et l’on donne à Dieu « des gages » de sa bonne conduite sur terre, et appliquant ce qui est présenté par les manipulateurs et les hypocrites comme étant la foi musulmane, déviée de son sens initial et « vendue » aujourd’hui sous la seule lecture de l’intégrisme qui voile les femmes et hurle sa haine de « l’Occident » en particulier et de « l’autre » en général. La lutte des classes qui se déroulait au sein d’un même pays, au sein d’une même société, est devenue une lutte des régions au sein d’un même monde globalisé. Et cela s’exprime, entre autres, par le biais d’un Islam détourné de son sens, sous l’influence d’ignorants riches et marchands de pétrole, dans le monde musulman et ailleurs.

AN : Que dites-vous aux femmes et aux filles musulmanes qui se voilent en France ?

MA : D’abord, si elle veulent se dire musulmanes, je leur demande de bien connaître leur religion. C’est à dire le texte et son histoire. Connaître avant de choisir. Connaître et débattre. ET choisir lorsqu’elles sont adultes, en âge et en savoir. Ensuite, je les invite à dire leur liberté.

La liberté ce n’est pas de se voiler si elles le veulent. C’est de s’affirmer comme libre dans une société qui leur ouvre les voies de la liberté. Elles sont françaises. Elles sont donc une partie de la société française. Si le voile est un obstacle à leur liberté, c’est à dire à leur immersion totale dans leur société, alors elles doivent réfléchir et chercher à s’approprier les valeurs de la société française qui est la leur. Les filles musulmanes doivent chercher et parler des valeurs coraniques qui s’adressent à l’humanité toute entière. Elles ne doivent pas se focaliser sur le voile ou d’autres sujets semblables qui dépendent plus d’un contexte variable que d’une vision sttable du monde.

*Après des études à l’université d’Al Azhar au Caire, Mahmoud Azab obtient en France un Doctorat en études sémitiques (Sorbonne 1978). Il a été professeur de langues sémitiques à l’université d’Al Azhar au Caire. Il a été professeur coopérant chargé de l’enseignement bilingue au sein de nombreuses universités africaines (Niger, Tchad.). Il a également été délégué de l’Université d’Al Azhar aux conférences internationales de dialogues interculturels. Il a été nommé en 1996 à Paris comme professeur associé d’arabe classique (langue et littérature) à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (langues « O ») où il est professeur titulaire d’islamologie depuis 2002.