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mercredi 25 août 2010

De "Juin 40 ou les paradoxes de l'honneur"...à l'Eté 2010 ou l'Etat de déshonneur.

"Naufrage, faute tragique, impardonnable défaite, on ne trouve pas de mots ou d'expressions assez désolants, aujourd'hui, pour évoquer les événements qui, entre le 10 mai et le 25 juin 1940, devaient conduire la France à un abaissement sans précédent.
A la qualité du désastre répondra celle de la reconquête".
Phillipe de Saint Robert


mardi 8 décembre 2009

Identité et nationalisme ou l'Histoire au service des idéologies.

"Une Histoire qui sert est une Histoire serve"
Lucien Febvre, 1919.

L'enseignement de L’histoire est tenue pour l’une des causes de l’explosion agressive des nationalismes qui ont conduit à la guerre: une nouvelle génération d’historiens, anciens combattants pour la plupart, s’attelle au projet de rénover l’histoire. C’est dans ce cadre qu’il faut replacer la naissance de la revue Annales d’histoire économique et sociale, qui, à partir de 1929 et sous la houlette de Marc Bloch et de Lucien Febvre, entend ouvrir de nouveaux champs à l’histoire et promouvoir une «histoire totale» qui soit en même temps une «histoire-problème», c’est-à-dire consciente que les historiens, actifs dans le processus de connaissance, construisent leur objet sur la base des hypothèses qu’ils formulent.

jeudi 16 octobre 2008

Comment le peuple juif fut inventé : De la Bible au sionisme, par Shlomo Sand

C'est la seconde fois que je présente ce livre, qui sort enfin en France et qui est un Best Seller en Israel en ce moment.
Ce "nouvel historien" d'Israel, déconstruit le mythe du Peuple-race Juif. C'est à méditer sur tous les autres mythes fondateurs de nations ou Peuples (les Gaulois, les Teutons, la Oumma Arabe etc...)

Présentation de l'éditeur

Quand le peuple juif fut-il créé ? Est-ce il y a quatre mille ans, ou bien sous la plume d'historiens juifs du XIXe siècle qui ont reconstitué rétrospectivement un peuple imaginé afin de façonner une nation future ? Dans le sillage de la " contre-histoire " née en Israël dans les années 1990, Shlomo Sand nous entraîne dans une plongée à travers l'histoire " de longue durée " des juifs. Les habitants de la Judée furent-ils exilés après la destruction du Second Temple, en l'an 70 de l'ère chrétienne, ou bien s'agit-il ici d'un mythe chrétien qui aurait infiltré la tradition juive ? Et, si les paysans des temps anciens n'ont pas été exilés, que sont-ils devenus ? L'auteur montre surtout comment, à partir du XIXe siècle, le temps biblique a commencé à être considéré par les premiers sionistes comme le temps historique, celui de la naissance d'une nation. Ce détour par le passé conduit l'historien à un questionnement beaucoup plus contemporain : à l'heure où certains biologistes israéliens cherchent encore à démontrer que les juifs forment un peuple doté d'un ADN spécifique, que cache aujourd'hui le concept d'" Etat juif ", et pourquoi cette entité n'a-t-elle pas réussi jusqu'à maintenant à se constituer en une république appartenant à l'ensemble de ses citoyens, quelle que soit leur religion ? En dénonçant cette dérogation profonde au principe sur lequel se fonde toute démocratie moderne, Shlomo Sand délaisse le débat historiographique pour proposer une critique de la politique identitaire de son pays. Construit sur une analyse d'une grande originalité et pleine d'audace, cet ouvrage foisonnant aborde des questions qui touchent autant à l'origine historique des juifs qu'au statut civique des Israéliens. Paru au printemps 2008 en Israël, il y est très rapidement devenu un best-seller et donne encore lieu à des débats orageux.

Biographie de l'auteur
Né en 1946, Shlomo Sand a fait ses études d'histoire à l'université de Tel-Aviv et à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris. Depuis 1985, il enseigne l'histoire contemporaine à l'université de Tel-Aviv. Les Mots et la terre (Fayard, 2006) est son dernier ouvrage publié en français.

Ici une critique du livre sur le blog : chroniques d'une citoyenne-ordi.com

Du Nationalisme...

"Une nation (...) est un groupe de personnes unies par une erreur commune sur leurs ancêtres et une aversion ommune envers leurs voisins"
Karl W. Deutsch
Le Nationalisme et ses Alternatives, 1969,

lundi 13 octobre 2008

Tzvetan Todorov publie"La peur des barbares: Au-delà du choc des civilisations!"

«On ne peut effacer les siècles d'histoire (...) au cours desquels les actuels “pays de la peur” (les Occidentaux) ont dominé les actuels “pays du ressentiment”(les arabo-musulmans)».


Note de l'éditeur:
"Le choc des civilisations, ce serait : les démocraties occidentales d'un côté, l'Islam de l'autre. Deux mondes, figés dans leurs différences historiques, culturelles, religieuses, et de ce fait voués au conflit. Face à la menace, plus de place pour le dialogue ou pour le mélange. Et pas d'autre alternative que la "fermeté". Voire la guerre. Par tous les moyens. Peut-on vraiment s'assurer, lorsque l'on raisonne ainsi, que la barbarie et la civilisation continueront de se trouver du côté que l'on croit ? S'il est impératif de défendre la démocratie, il est aussi crucial de ne pas se laisser dominer par la peur et entraîner dans des réactions abusives. Car l'Histoire nous l'enseigne : le remède peut être pire que le mal." T.T.

Dans une réflexion qui nous fait traverser des siècles d'histoire européenne, Tzvetan Todorov éclaire les notions de barbarie et de civilisation, de culture et d'identité collective, pour interpréter les conflits qui opposent aujourd'hui les pays occidentaux et le reste du monde. Une magistrale leçon d'histoire et de politique - et une véritable "boîte à outils" pour décrypter les enjeux de notre temps


Commentaire d'Hubert VEDRINE, paru dans LE FIGARO du 19/09/08

L'ancien ministre des Affaires étrangères s'interroge sur cette notion de «barbares» souvent utilisée pour qualifier certains acteurs de conflits dans le monde et dont l'essayiste Tzvetan Todorov estime qu'elle est étrangère à la culture européenne.

Tzvetan Todorov voudrait que les Français, les Européens, les Occidentaux cessent d'alimenter ce fameux «choc des civilisations» qu'ils prétendent récuser, s'en libèrent, et voient au-delà. Il met tout son talent qui est grand, sa conviction qui se sent à chaque page, sa culture philosophique qui n'est jamais lourde, à exorciser cette «peur» des «Barbares» (1) qui a envahi les États-Unis, et de là l'Occident tout entier à cause, ou sous le prétexte, du 11 Septembre. Elle a conduit au manichéisme et aux amalgames simplistes de la «guerre contre la terreur», à ne voir les musulmans qu'à travers l'islam, à réduire l'islam à l'islamisme, et l'islamisme au terrorisme, à n'envisager que des réponses en force, à s'interdire toute analyse et riposte politique. Au même moment, l'analyste américain Fareed Zakaria, dans son ouvrage The Post-American World, s'étonne de voir le pays le plus puissant du monde vivre dans la peur de tout et des autres.

Todorov a beau jeu, auprès de tout lecteur de bonne foi, de démonter l'usage historiquement fantasmatique du mot «barbares» - on est toujours le barbare de quelqu'un - d'expliquer que les «identités collectives» ont certes un cœur, mais qu'elles ont toujours été mobiles et n'ont jamais cessé d'échanger et de s'enrichir mutuellement ; que la guerre des mondes, qui paraît fatale, peut être évitée, surtout si l'on sait, s'agissant de la relation incandescente Islam/Occident, «naviguer entre les écueils» .

Pour lui, l'idée européenne - qu'il évoque avec des accents inspirés proches de Jorge Semprun, de Bronislaw Geremek jusqu'à sa mort, et d'Elie Barnavi encore récemment - contient l'antidote à toutes ces dichotomies dangereuses. Elle est fondée sur l'acceptation de la pluralité, non comme un héritage historique handicapant qu'on se résigne à assumer, mais comme un principe politique d'avenir et un atout.
(...)
À ses yeux, «le préalable serait que les élites occidentales cessent de se considérer comme une incarnation du droit, de la vertu et de l'universalité (…) et de se mettre au-dessus des lois et des jugements des autres». Mais cela leur est consubstantiel ! «Le droit d'ingérence militaire, insiste-t-il, risque de faire percevoir les idéaux défendus par les Occidentaux - liberté, égalité, laïcité, droits de l'homme - comme un camouflage commode de leur volonté de puissance, et donc, de les déconsidérer.» Au contraire, recommande-t-il, «pour que la population musulmane des pays (arabes) puisse tourner son attention vers les causes internes de ses déboires, il faut supprimer les causes externes les plus voyantes - celles dont l'Occident est responsable». Et de citer la Palestine, l'Irak, l'Iran, l'Afghanistan. (cf "LA HAINE DE l'OCCIDENT, de Jean Ziegler, 2008)

Même si les réalistes républicains et démocrates essaient de repenser une politique étrangère américaine après les fiascos de l'Administration Bush, pourront-ils aller jusqu'à une telle remise en cause des a priori américains à l'heure où le monde émergent défie la Rome occidentale ? Cela supposerait au moins un rapport Baker-Hamilton pour l'ensemble de la région, pour dire comment réintégrer les réalités et traiter avec tous les «barbares». (chose que le gouvernement français vient d'admettre, alors qeu les Britaniques le font depuis longtemps, en Afghanistan avec les talibans par la voix de M Kouchner et qui contredit les leçons de morale de M Sarkozy).

Quant à la réponse européenne, Todorov a le courage de le reconnaître : même pensée comme une force, la pluralité ne suffit pas. L'angélisme qui consiste à projeter la situation de l'Europe sur le reste du monde est «inadéquat». L'Europe doit devenir une «puissance tranquille». Elle ne peut exclure par principe le recours à la force armée. Todorov est donc plus réaliste que ceux qui rêvent d'une Europe se contentant de son «soft power» (ses normes, son aide, ses conditionnalités, ses discours) et rayonnerait par son exemple démocratique et celui de son modèle social. Reste à en convaincre les Européens. Peut-être l'été 2008 aura-t-il descillé les yeux de beaucoup sur la réalité du monde, bien loin encore de constituer une «communauté internationale» ?

lundi 4 août 2008

Comment fut inventé le peuple juif, par Shlomo Sand

Les Juifs forment-ils un peuple ? A cette question ancienne, un historien israélien apporte une réponse nouvelle. Contrairement à l’idée reçue, la diaspora ne naquit pas de l’expulsion des Hébreux de Palestine, mais de conversions successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au Proche-Orient. Voilà qui ébranle un des fondements de la pensée sioniste, celui qui voudrait que les Juifs soient les descendants du royaume de David et non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de cavaliers khazars.(...)


Premiers commentaires paru dans Haaretz en Mars dernier:
Shattering a 'national mythology'
Of all the national heroes who have arisen from among the Jewish people over the generations, fate has not been kind to Dahia al-Kahina, a leader of the Berbers in the Aures Mountains. Although she was a proud Jewess, few Israelis have ever heard the name of this warrior-queen who, in the seventh century C.E., united a number of Berber tribes and pushed back the Muslim army that invaded North Africa. It is possible that the reason for this is that al-Kahina was the daughter of a Berber tribe that had converted to Judaism, apparently several generations before she was born, sometime around the 6th century C.E. (...)

article paru dans Le Monde en 2002:
Israël : notre part de mensonge,
Nous savons depuis le XIXe siècle avec Ernest Renan que, pour édifier une nation, il faut non seulement se souvenir, mais aussi oublier.(...)


L'anthropologie des peuples et des religions demandent efforts et courages...
L'unicité mystifiée des peuples, la sacralisation des livres religieux et des terres sont des "mystères" quand on a pas les réponses et des "vérités" quand on a besoin de s'y appuyer pour s'affirmer, posséder, convertir. Ce livre était attendu depuis des mois. Il aurait été préférable symboliquement qu'il sorte pour le Salon du Livre de Paris... mais sa publication lors de l'anniversaire de la création de l'Etat d'Israël est déjà un symbole fort.
Le mouvement des "Nouveaux Historiens" en Israël s'enrichit d'un recueil fondamental. Il poursuit tous le travail sur l'histoire moderne d'Israël d'Ilan Pappé et bien d'autres.
Ces travaux sont politiquement très sensibles car la fragilité et la courte histoire mouvementé de ce pays peut souffrir de l'effritement de ses mythes fondateurs.




dimanche 15 juin 2008

Le Canada présente ses excuses aux indiens

Le Canada apres l'Australie en début d'année font ce travail de justice et de mémoire. Notre ambassadeur de France en Algérie à reconnu le massacre de Sétif de 1945. C'est un début. Le pays dit des Droits de l'Homme a le devoir de montrer l'exemple. Tout dépendra de notre regard à l'égard de nos anciens "indigènes" et des relations économiques que nous souhaitons poursuivre avec ceux-ci.

Le Premier ministre canadien doit présenter mercredi, devant le Parlement des excuses solennelles aux peuples autochtones du pays. Cela fait des années que les 1 300 000 Indiens et Inuits que compte le Canada réclament la reconnaissance du « génocide culturel » dont ils estiments avoir été victimes. Stephen Harper devrait notamment concentrer son mea culpa sur les « pensionnats autochtones », ces établissements spécialisés créés à la fin du XIXe siècle. Ses excuses marquent l'aboutissement d'un long processus de réhabilitation des communautés autochtones, plus défavorisées que la moyenne des Canadiens.
Stephen Harper a promis des excuses « détaillées et exhaustives », plus approfondies encore que celles adressées en février par le chef du gouvernement australien aux aborigènes de son pays.

Le Premier ministre canadien devrait concentrer son mea culpa sur les « pensionnats autochtones », ces établissements spécialisés créés à la fin du XIXème siècle. Cent cinquante mille enfants indiens, métis et inuits ont été enrôlés de force dans ces écoles tenues par des églises chrétiennes, dont l'objectif était de leur faire oublier leur langue et leur culture.

Les excuses solennelles du gouvernement doivent marquer le couronnement d'un long processus de réhabilitation des communautés autochtones, plus défavorisées que la moyenne des Canadiens. L'alcoolisme et le taux de suicide y sont plus élevés, l'espérance de vie inférieure. Il y a deux ans, 5 milliards de dollars de réparations ont été versés aux 80 000 anciens pensionnaires de ces établissements, qui disent avoir été victimes d'abus physiques et sexuels.

Une commission de vérité et réconciliation a débuté ses travaux le 1er juin, pour tenter de faire la lumière sur ce qui est présenté comme le chapitre le plus sombre de l'histoire canadienne.

A l'ONU, Triomphe symbolique pour les autochtones:
http://www.rfi.fr/actufr/articles/093/article_56466.asp

mercredi 28 mai 2008

Rome et les Barbares, pas si barbares!

Perte des valeurs traditionnelles, immigration massive, apparition de croyances religieuses nouvelles, ambitions exacerbées, goût du lucre, insécurité, guerres. Il ne s'agit pas là d'un portrait poussé au noir de l'Occident en ce début du XXIe siècle, mais de l'image du premier millénaire européen, transmise par les historiens classiques, du Britannique Gibbon au Français Ferdinand Lot en passant par le Russe Rostovtzeff, pour expliquer "le déclin et la chute de l'Empire romain".

Ce thème est le sujet de l'exposition "Rome et les barbares", organisée au Palazzo Grassi de Venise. Une ville prédestinée pour accueillir un tel sujet puisqu'elle fut créée au VIIe siècle, à l'abri de la lagune, par les habitants d'une cité romaine voisine fuyant les envahisseurs lombards. Sur les trois niveaux du palais, 1 700 pièces, spectaculaires ou modestes, sont présentées, prêtées par 200 musées ou collectionneurs. Ces armes, peintures, bijoux, manuscrits, mosaïques et parures, ces bustes d'empereur, ces plaques d'ivoire, ces vestiges de plusieurs religions et tout le matériel que les archéologues peuvent trouver dans les tombes racontent l'histoire de cette "décadence", toujours présente dans notre mémoire. Le Déclin de l'Empire américain, le film du Canadien Denys Arcand, y faisait encore référence.

Pourtant, les conclusions du commissaire de cette exposition, l'ancien ministre de la culture Jean-Jacques Aillagon, rejoignent celle de Paul Veyne, le grand historien de la romanité, qui écrivait : "La décadence de Rome, thème de délectation morose où se complaisent encore, de nos jours, de précoces vieillards, n'est rien d'autre que le passage d'un style courtois de domination à un style brutal, sublime, hiérarchique, celui du Bas-Empire. Il s'agit de changement, non de décadence." C'est cette longue période de transition, du principat de l'empereur Marc Aurèle (160-180) jusqu'au couronnement d'Etienne Ier, premier roi chrétien de Hongrie en l'an mil, que la manifestation entend couvrir. Un millénaire au cours duquel une civilisation nouvelle, celle de l'Europe, se met en place.

Effectivement, à travers tous ces objets, présentés dans la chronologie, le visiteur ne percevra pas une rupture, mais un lent mouvement, à travers les formes qui changent, s'influencent, se métissent, avant d'aboutir à un nouveau modèle original. L'esthétique héritée des Grecs, toujours à l'oeuvre quand les légions romaines s'enfoncent à l'intérieur des territoires "barbares" pour les conquérir, évolue à partir du IIIe et du IVe siècle.

La représentation de l'homme change : la figure se simplifie, on passe du naturalisme à la silhouette. Sans doute parce que les populations germaniques, venues de l'est, qui franchissent le limes - la frontière - véhiculent avec elles une autre vision du monde, même si elles sont fascinées par le modèle romain.

Les soutiens de Rome, portant la toge ou la cuirasse, sont désormais goths, francs ou burgondes. Et les sculptures, les parures, les armes qui sont réalisées dans l'empire désormais éclaté n'ont plus rien à voir avec les canons néo-grecs. Les dieux locaux se mêlent au panthéon classique. Bientôt, le christianisme - au départ "une secte pour une élite d'âmes sensibles", selon Paul Veyne - va s'imposer, avec une nouvelle religiosité.

Si les tableaux des peintres d'histoire du XIXe siècle exposés à Venise, de Jean-Paul Laurens à Evariste Luminais, rappellent la vulgate de la décadence et des brutales invasions, les objets "d'époque" montrent la lente mutation qui amalgame les apports germaniques, puis ceux de la steppe asiatique (les Huns, les Avars), avant les témoignages des derniers envahisseurs - Vikings scandinaves et Hongrois venus de l'Oural et de la Volga.
(...)
L'Eglise, qui constitue l'armature administrative des nouveaux royaumes, unifie lentement le continent. Certains perçoivent dans une tête rustique de Saint-Pierre-aux-Nonnains (VIIIe siècle) les prémisses de l'art roman. C'est à travers cet intense et lent métissage que va naître la civilisation européenne. Celle-ci va s'exporter sur toute la planète. Avec le temps du reflux et l'arrivée des immigrés issus des anciens pays colonisés, l'aventure, à l'aube du troisième millénaire, semble recommencer. Déclin ou renouveau ? L'exposition du Palazzo Grassi nous donne des raisons d'espérer.
Emmanuel de Roux, Le Monde, 01.02.08

mercredi 21 mai 2008

Grecs et Arabes : déjà d’antiques complicités

Youssef Seddik est philosophe et anthropologue. Il est notamment l'auteur de Qui sont les barbares ? (L'Aube) et de L'arrivant du soir : cet islam de lumière qui peine à devenir (L'Aube). Il répond, dans cette tribune, à l'historien Sylvain Gouguenheim qui a déclenché une violente polémique et la fronde de dizaines d'universitaires avec son livre, Aristote au Mont Saint-Michel (Seuil), déniant le rôle des Arabes dans la transmission, au Moyen Age, du savoir grec à l’Europe.
« Ce répugnant dessein de raturer les Arabes de la surface visible de l’Histoire n’est ni nouveau ni original : le grand Saladin, icône en Occident médiéval du « preux chevalier », n’était pas arabe mais kurde. Târîq Ibn Ziâd, l’hyponyme de Gibraltar, auteur d’une victoire éclair en Ibérie sur les Wisigoths, était berbère. Ishâq Ibn Huneyn, immense traducteur des œuvres grecques en arabe n’était que syriaque, chrétien qui plus est. Voilà parmi tant d’autres exemples ce qui tend à réduire à néant la notion même d’arabité. Il s’agit tout au plus, et surtout dès l’avènement de l’islam, d’établir l’idée que ces « gens-là » n’étaient qu’une poussière de bédouins dont la gestion de l’espace et du temps se reconnaît de l’éphémère et ne peut donc ni bâtir ni instituer ni rien avoir à transmettre au monde. Ces hommes n’avaient même pas droit pendant des siècles à se faire nommer par ce vocable d’Arabes qu’ils se donnaient à eux-mêmes : ils n’étaient que « Sarrasins » ou « païens » pour ces hordes de croisés qui allaient leur disputer une sépulture du Christ dont ils avaient toujours protégé et défendu la sacralité. Car, la réplique à Sylvain Gouguenheim et à son fumeux pamphlet devrait commencer bien avant la querelle qu’il ramène sur la transmission à l’Europe renaissante d’Aristote et de l’hellénité du savoir. D’abord par la dénonciation de cette réduction raciste de l’Arabe au bédouin. Une telle dénonciation est inscrite à plusieurs reprises à même le Coran. Le geste de baptiser la première capitale de l’islam, du vivant même du prophète, par le vocable « Médine » ( La Cité), montre à quel point l’idée d’une « polis » constituait l’horizon du projet islamique. Mieux : le touriste, aujourd’hui, à travers les vestiges de la ville d’al-Hijr, au nord-ouest de l’Arabie Saoudite (ville qui donne son nom à la sourate XIV du Coran), peut admirer des édifices à frontons et colonnes dans la pure tradition architecturale grecque.
« ll est stupide qu’un historien s’engage à asséner ces vérités comme si son sujet venait à la pensée tout habillé d’un ex nihilo historique »

L’heureuse et profonde complicité des espaces grecs et arabes est bien plus étonnante et beaucoup plus ancienne dans l’énorme puzzle de l’histoire ancienne, très loin aujourd’hui d’être reconstituée et dont historiens, archéologues et épigraphistes ne disposent que de rares pièces. Avant de contester aux Arabes leur rôle de médiateurs et de passeurs, il convient pour la sérénité et l’humilité du savant de se poser des questions auxquelles l’état des matériaux et des recherches dont l’humanité dispose ne permet pas de répondre. Comment se fait-il en effet que, aussi loin que la mémoire puisse remonter, ce que les orientalistes appellent « le domaine arabe » ne connait en matière de monnaie que deux entités désignées de deux mots grecs : le dinar (qui donne denier en français) pour la pièce d’or, et le drachme pour la pièce d’argent, dirham, deux mots qui se trouvent dans le Coran ? Et comment expliquer ces nombreux emprunts coraniques au lexique grec, tels que « sema » (signe ou marque d’où « sémantique »), ou « zukhruf, » encore une fois l’intitulé d’une sourate (de « zoghrophiô », « je peins », « je décore », « j’enjolive »). Et puis, comment lire cette inscription en grec sur un ex-voto de l’île de Délos où il est dit qu’un commerçant arabe et son ami grec ont offert une libation, le premier à Appolon et le second à Wadd, l’équivalent du Dieu hellène dans le panthéon arabique, divinité curieusement citée dans la bouche du très biblique Noé dans le Coran ? Enfin, et toujours à titre seulement d’exemple, par quel « miracle » les Dioscures (ces dieux dynamiseurs du monde, venus tout droit de la tradition védique) se voient porter dans les temples de Samothrace le nom de « Cabires », mot qui signifie en arabe depuis toujours et aujourd’hui encore, les « grands » ?
Il est stupide qu’un historien, même quand il est spécialiste d’une époque ou d’une période, s’engage à asséner ces vérités comme si son sujet venait à la pensée et à la lisibilité, tout habillé de vérité et d’un ex nihilo historique. Par ailleurs, l’entreprise de ce médiéviste est frappée d’une amnésie bien plus dangereuse quand il s’agit d’un historien contemporain. Sylvain Gouguenheim oublie en effet, ou feint d’oublier, que l’espace du savoir arabe dont il parlait n’était pas régi par les normes et les frontières des nationalités et des appartenances territoriales, ethniques ou religieuses. La grande majorité des théoriciens de la grammaire arabe étaient persans. Les jurisconsultes qui ont fait passer les prescriptions coraniques dans les sommes juridiques venaient de tous les horizons du vaste empire. Médecins, chimistes et alchimistes, géographes, philosophes et théologiens de Fès, Kairouan, Alexandrie, Moussoul ou Bagdad ne se reconnaissaient que d’une appartenance commune, celle qui leur faisait consigner en arabe leur pensée et leurs découvertes. Peu importe qu’ils aient été musulmans ou chrétiens, sabéens ou juifs. Dès le début de l’islam, un des pères fondateurs de l’Eglise, Saint Jean Damascène (676-749), de son vrai nom Mansour Ibn Sarjûn, était tout à la fois vizir auprès du calife Marwân et grand pourfendeur de ce qu’il appelait l’hérésie islamique, sans que cela l’ait conduit au bûcher, comme il était d’usage en Europe jusqu’aux époques chantées par Sylvain Gouguenheim, et pour beaucoup moins que cela ».

dimanche 17 février 2008

Mémoires sélectives, la dérive communautariste qui fait trembler la République.

M. Nicolas Sarkozy, la mémoire et l’histoire
“Travail de mémoire” “devoir de mémoire” Une réflexion analytique de Dominique Vidal
vendredi 15 février 2008

La première question concerne la classe choisie. Les réactions de leurs syndicats et associations le confirment : la plupart des enseignants et des psychologues estiment que les écoliers de CM2, à dix ou onze ans, sont beaucoup trop jeunes pour porter affectivement et comprendre intellectuellement le destin d’un enfant disparu dans les camps de la mort nazis. Il serait à la fois plus éthique (pour éviter tout reproche de manipulation) et plus efficace (pour garantir une pédagogie sérieuse) d’attendre que les jeunes soient plus avancés dans leur scolarité.

La deuxième question porte sur le rapport entre émotion et raison. L’expérience montre que la transmission de la mémoire des pages les plus noires de l’humanité ne peut s’effectuer sur le seul terrain des sentiments : elle suppose qu’on en appelle à la réflexion sur les leçons conjoncturelles et universelles des événements. Comme l’écrivait Jean Baudrillard, « la commémoration s’oppose à la mémoire : elle se fait en temps réel et, du coup, l’événement devient de moins en moins réel et historique, de plus en plus irréel et mythique… (2) » Bref, sans le « travail de mémoire », le « devoir de mémoire » se transforme en routine inutile, voire contre-productive.

une troisième question surgit : de quelle(s) mémoire(s) est-il question?

Quatrième question : revient-il au chef de l’Etat, qui plus est à l’occasion d’une manifestation communautaire, de décider ce que doit faire l’Education nationale en matière historique ?
http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-02-15-M-Nicolas-Sarkozy-la-memoire-et-l

Rajoutons aussi les critiques de proches de Sarkozy issues de hautes personnalités de la communauté juive:

Elie Wiesel : « Il ne faut ni politiser ni banaliser la mémoire » - La Croix
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2329151&rubId=786
Simone Veil: L'ancienne présidente du Parlement européen juge l'idée d'un parrainage des enfants juifs déportés «insoutenable et injuste». "On ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort", indique l'ancienne déportée, au sujet de la volonté du président de confier la mémoire d'une victime de la Shoah à chaque élève de CM2.
http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/02/16/01001-20080216ARTFIG00066-shoah-simone-veil-denonce-l-initiative-presidentielle-.php
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/20080215.OBS0740/memoire_de_la_shoah__simone_veil_fustige_lidee_de_nicol.html
L'historien Jean-Pierre Azéma, spécialiste de l'histoire de Vichy, et membre du comité d'historiens "Liberté pour l'Histoire", a jugé cette initiative "scandaleuse, à tous égards". "C'est scandaleux", a-t-il déclaré vendredi à l'AFP, "d'embrigader des élèves pour le culte de la mémoire des enfants juifs martyrs".
Il juge cette "obligation, imposée sans la moindre concertation par le pouvoir politique en place, insupportable et qui plus est, dangereuse et contreproductive".
"Cela", a-t-il ajouté, "risque de déchaîner une concurrence victimaire, et, bien loin de réduire l'antisémitisme, de déclencher des réactions tout à fait opposées. Comme pour la loi de 1905 sur la laïcité, Sarkozy nous met la pagaille et ouvre la boîte de Pandore!"
"Tout cela a été fait à la va-vite", a-t-il remarqué, en soulignant, pour preuve, que M. Sarkozy "n'est même pas capable de dire la vérité historique": "Les 11.000 petites victimes juives - auxquelles fait allusion le président -, nées pour la plupart de parents étrangers, n'étaient pas toutes française.

L'écrivain Pascal Bruckner estime que la décision du président Sarkozy "n'ajoute rien, hormis du pathos". "C'est une initiative dangereuse", a-t-il déclaré au Figaro, "qui va faire dire, une fois de plus: +Y'en a que pour les Juifs+".
"La compassion, c'est dangereux", dit-il, soulignant que l'"on confond mémoire et histoire" et que "ce qui doit s'enseigner à l'école, c'est l'histoire". "Le devoir de mémoire défini par Primo Levi est l'obligation faite aux survivants, aux témoins, de raconter. Pas celle de commémorer."
http://fr.news.yahoo.com/afp/20080215/tfr-politique-education-histoire-shoah-f56f567_1.html

L'association Liberté pour l'histoire, qui regroupe plusieurs centaines d'historiens et enseignants, comme Mona Ozouf, Pierre Nora ou Jean-Pierre Azéma, a également fait part de sa réserve. Pour l'association, "quelque respectable que soit l'intention" de M. Sarkozy, cette initiative "substitue une démarche purement émotive à un apprentissage critique de l'histoire qui demeure le premier devoir des éducateurs".

L'Union des étudiants juifs de France (UEJF) a accueilli "de manière réservée" l'annonce de Nicolas Sarkozy, jugeant que la mémoire "ne se transmet pas par un processus d'identification."
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/02/16/memoire-de-la-shoah-associations-et-historiens-critiquent-l-annonce-de-m-sarkozy_1012103_823448.html#ens_id=861150
L'Union Juive Francaise pour la Paix:
Nicolas Sarkozy rejoue la manipulation de la mémoire qu'il avait inaugurée avec Guy Môquet et demande aux instituteurs de se soumettre à sa volonté.
Mais ici l'effet mémoire, dont Nicolas Sarkozy semble friand, relève d'une triple manipulation : manipulation des instituteurs obligés de jouer le jeu morbide du devoir de mémoire, manipulation de jeunes élèves auxquels on demande un jumelage tout aussi morbide avec un enfant juif victime de la barbarie nazie, manipulation de la mémoire qui apparaît ici comme une insulte aux victimes du génocide.
L'appel à la célébration de la Shoah n'est plus qu'une forme abjecte de clientélisme.
Les Français juifs devraient comprendre que cet appel, qui tend à les présenter comme des privilégiés, va à l'encontre de l'égalité des droits des citoyens français et ne peut que favoriser l'antisémitisme. Les Juifs y apparaissent comme les amis d'un Etat xénophobe, oubliant qu'ils ont été eux aussi les victimes de la xénophobie et de la chasse aux métèques. On voit ici se rejoindre judéophilie et judéophobie.
On ne peut accepter qu'un Président de la République se livre à de telles pratiques, lesquelles ne peuvent que contribuer à renforcer les clivages communautaires. Mais on sait que ces clivages sont, pour Sarkozy, un moyen d'asseoir son pouvoir.

http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=341


Boris Cyrulnik, Une "gentillesse" trop brutale, Lemonde du 19.02.08

Notre dignité, c'est de faire quelque chose de la blessure passée, ne pas nous y soumettre et surtout ne pas entraîner d'autres enfants dans la souffrance.
Ma première réaction fut une crispation désagréable, comme si j'avais pensé : "C'est une gentillesse criminelle !" J'ai alors cherché autour de moi des cas où des adultes bien intentionnés avaient fait porter à un enfant le poids d'un autre enfant disparu. Dans mon expérience de praticien, quand un bébé est mis au monde afin de remplacer un aîné qui vient de mourir, on appelle ça un "enfant de remplacement". Ces cas ne sont pas rares, et ces enfants souffrent d'un difficile développement affectif. Ils disent : "Pendant toute mon enfance, j'ai dû aller sur ma propre tombe puisque je portais les vêtements et le nom du mort dont je voyais la photo sur le marbre de ma tombe. Je n'étais pas aimé pour moi-même puisque l'autre était idéalisé donc mieux que moi. Dans ma famille, on n'aime que les morts. Si je veux être aimé, je dois me suicider." Le poids d'une telle mémoire est un lourd fardeau pour un enfant de 10 ans.

Beaucoup de petits ne réagiront pas de cette manière. Si leurs parents soupirent d'un air excédé "encore la Shoah", comme beaucoup de gens l'ont fait dès la fin de la guerre, les écoliers réciteront la mort du disparu comme une corvée ennuyeuse, une punition peut-être ? La banalisation de la Shoah leur mettra en mémoire que l'assassinat de sept adultes sur dix et de neuf enfants sur dix n'est qu'un détail de l'histoire. Beau cadeau pour les négationnistes. Dans certains groupes religieux qui composent notre société, on réagira avec colère : "Il n'y en a que pour les juifs, nous aussi on a souffert", diront certains immigrés. Ils nous expliqueront que dans leurs pays d'origine on a tué beaucoup moins de juifs. "La persécution des juifs d'Europe ne fait pas partie de notre histoire", diront-ils, exaspérés. D'autres déclareront, et ce sera justice, que les Arméniens aussi ont le droit de se plaindre et les Cambodgiens et les Rwandais et pas seulement le lobby juif. (Tiens, il y aurait donc un droit de se plaindre ?) J'en prévois même qui seront heureux d'ajouter que la mémoire des petits Palestiniens tués devra, elle aussi, être citée dans les écoles.
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/02/19/une-gentillesse-trop-brutale-par-boris-cyrulnik_1013187_3232.html


autres sites:
http://www.crif.org/
http://www.juif.org/
http://www.a7fr.com/

jeudi 14 février 2008

l'Australie présente ses excuses aux Aborigènes

Dans ce texte, toute ressemblance entre les Aborigènes et les "indigènes"de notre ex-Empire colonial n'est que forfuite...
La France demandera-t-elle un jour pardon au peuple Algérien, aux peuples sub-sahariens? L'Espagne en Amerique du Sud, les USA et la conquète de l'Ouest, ont-ils demandé pardon pour leurs massacres des indiens, les habitants historiques de ces terres?
Encore là un vrai choc de civilisation de notre part...allant des fautes du passé au mépris d'aujourd'hui.

Moment historique ce mercredi matin 13 février, au parlement de Canberra. Le premier ministre australien Kevin Rudd a exprimé son pardon aux Aborigènes pour ce qu'il convient d'appeler la «génération volée». De 1910 à 1969, l'Etat australien a mené une politique d'assimilation forcée autorisant à retirer des enfants aborigènes de leurs parents pour les placer dans des familles de Blancs ou dans des institutions religieuses. Certains ont subi des abus sexuels, d'autres ont été utilisés comme main-d'œuvre gratuite.

«Arrêtez-vous, regardez et faites partie de l'Histoire.» Les mots de la déclaration ont été soigneusement pesés avec les leaders de la communauté aborigène, qui compte quelque 450000 âmes sur une population de 21 millions d'habitants. L'ex-premier ministre conservateur John Howard, qui, au cours de ses onze ans de pouvoir, avait toujours refusé d'accorder son pardon aux Aborigènes, n'a pas participé à la cérémonie.

Dans le quotidien The Australian, la championne olympique de 400 mètres, Cathy Freeman, 35 ans, salue le geste des autorités australiennes: «Pour ma famille, il va permettre une certaine guérison. [...] Dire pardon, c'est comme donner une chance de nous réunifier.» La profondeur du témoignage révèle une histoire familiale douloureuse que Cathy Freeman n'a découverte que récemment, après sa retraite sportive. Quand elle était petite, sa mère fut placée de force dans une institution religieuse. On lui interdisait de parler sa langue. L'ex-championne olympique ajoute: «Mon arrière-arrière grand-père [...] a combattu durant la Première Guerre mondiale pour ce pays.» On ne lui paya jamais la solde. Il avait combattu en homme libre, mais était retourné en Australie en esclave.
Spécialiste des questions du pardon*, Pierre Hazan estime que les excuses telles que celles présentées au peuple aborigène font partie d'un rituel important. Elles contribuent à construire une identité nationale. Elles permettent de réécrire l'Histoire d'un pays. Les Etats écrivent désormais leur propre histoire de manière infiniment moins héroïque que par le passé. Il y a eu un transfert de sacralité. Ce ne sont plus la nation ou l'Etat qui sont sacrés, ce sont les victimes qui bénéficient de ce redoutable privilège. Un redoutable privilège, car elles risquent elles-mêmes de se retrouver prisonnières de ce nouveau rôle.»
Ce mercredi est à marquer d'une pierre blanche dans les livres d'histoire australiens. Un juste retour du sort pour ce groupe ethnique le plus pauvre d'Australie. Les Aborigènes sont surreprésentés dans les prisons, ils comptent le plus grand nombre de chômeurs, d'alcooliques et d'illettrés. Leur espérance de vie est de 17 ans inférieure à la moyenne nationale. Le pardon les aidera peut-être à ne plus appeler la fête nationale australienne le «jour de l'invasion», en référence aux Britanniques, qui, à partir de 1788, avaient contribué à décimer 80% de la population aborigène.

L'Australie demande pardon aux Aborigènes (Fevrier 2008):
http://www.rfi.fr/actufr/articles/098/article_62742.asp


*«Juger la guerre, juger l'Histoire, du bon usage des commissions vérité et de la justice internationale», PUF, 2007.
http:/www.letemps.ch/template/international.asp?page=4&contenuPage=&article=225539&quickbar=

lundi 14 mai 2007

RESISTANCE CITOYENNE. Où Bayrou cite Aragon.

Le sens du mot résistance ici n'est pas utilisé pour opposer les Hommes dans leurs différences sociales ou politiques. Bien au contraire. Il le fut pour montrer l'exemple d'une force qui rassemble les Français et particulièrement ces trois résistants, cités dans le poème de Louis Aragon, par leurs actions héroïques pour leur pays.
L'unité dans l'altérité. Le don de soi pour les Autres, tous les Autres...

C'est à l'inverse même des valeurs de M. Sarkozy dans ses récupérations mémorielles sélectives (voir article plus bas).

Cependant, dans ce Président qui dit tout et son contraire, il se peut que dans son fort intérieur il ait bien entendu le discours de M Bayrou, à l'écoute des rumeurs de la formation de son gouvernement d'ouverture....Qui vivra verra!


..."C'est ainsi que, pour comprendre, pour reconstruire, il faut réunir. C'est exactement aujourd'hui, comme c'était dans la Résistance. Je n'emploie pas ce mot par hasard. Je pense que le pays est en danger d'épuisement, de révolte, de fracture. Dans la Résistance, je le dis aux sectaires des deux bords qui refusent que l'on puisse tendre la main par-dessus les frontières et qui nous expliquent que cette France là et l'autre France sont inconciliables, on ne refuse pas les mains qui se tendent. Dans la Résistance, si l'on se met à refuser celui qui ne pense pas exactement comme vous, alors, ce n'est plus du sectarisme, c'est de la trahison de l'intérêt national. Le pays est si menacé, si fragile, que je suis du côté de Louis Aragon dans "La Rose et le Réséda" :

"Celui qui croyait au ciel,
Celui qui n'y croyait pas,
Tous deux adoraient la belle prisonnière des soldats,
C'est la France.
Celui qui croyait au ciel,
Celui qui n'y croyait pas,
Tous les deux adoraient la belle prisonnière des soldats.
Lequel montait à l'échelle et lequel guettait en bas ?
Celui qui croyait au ciel ?
Celui qui n'y croyait pas ?
Qu'importe comment s'appelle cette clarté sur leur pas,
Que l'un fut de la chapelle et l'autre s'y déroba,
celui qui croyait au ciel, celui qui n'y croyait pas.
Tous les deux étaient fidèles des lèvres, du coeur, des bras,
Et tous deux disaient :
Qu'elle vive et qui vivra verra ! "...

Vous savez à qui ce poème est dédié ?
Écoutez bien, il est dédié à quatre jeunes hommes qui sont morts
fusillés.
Ce poème est dédié à Gabriel Péri, député communiste, fusillé en 1941.
Il est dédié à Honoré d'Etienne d'Orves, Action française, nationaliste, fusillé.
Il est dédié à Guy Moquet, jeune lycéen de dix-sept ans, communiste, fusillé.
Et, enfin, il est dédié à notre camarade Gilbert Dru, philosophe, étudiant
philosophe de vingt-quatre ans, chrétien, fusillé le 27 juillet 1944, place Bellecourt, à Lyon."...
http://www.bayrou.fr/evenements/download/bayrou-paris-180407.pdf