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lundi 26 mai 2014

Les chrétiens sont-ils persécutés au Moyen-orient?

Les évêques catholiques résidant en Palestine, Israël et Jordanie ont signé un communiqué
au sujet de la persécution des chrétiens au Moyen Orient.


Persécution : Dans de nombreuses parties du monde occidental, ce mot est sur ​​toutes les lèvres. On ne cesse de dire qu’aujourd’hui les chrétiens sont persécutés au Moyen-Orient. Mais, que se passe-t-il réellement ? Comment, en tant que chrétiens et en tant qu’ Eglise, parler en toute vérité et intégrité de la souffrance et de la violence qui sévit dans la région ?

Il ne fait aucun doute que les récents bouleversements du Moyen-Orient, d’abord appelés « printemps arabe », ont ouvert la voie à des groupes extrémistes et à de nouveaux rapports de force qui, au nom d’une interprétation politique de l’islam, font des ravages dans de nombreux pays , en particulier en Irak , en Egypte et en Syrie . Il ne fait aucun doute non plus que nombre d’extrémistes considèrent les chrétiens comme des infidèles, des ennemis, ou encore des agents de puissances étrangères hostiles ou comme une cible facile à extorquer.

Cependant, au nom de la vérité, nous devons souligner que les chrétiens ne sont pas les seules victimes de cette violence et de cette sauvagerie. Les musulmans laïques, tous ceux nommés «hérétiques», « schismatiques» ou simplement « non – conformistes » sont également attaqués et assassinés dans ce même chaos. Là où les extrémistes sunnites sont au pouvoir, les chiites sont massacrés. Là où les extrémistes chiites dominent, les sunnites sont tués. Oui, les chrétiens sont parfois touchés précisément parce qu’ils sont chrétiens, parce que leur foi est différente et parce qu’ils ne sont placés sous aucune protection. Cependant, en ces temps de violence où règnent la mort et la destruction, ils sont des victimes qui viennent s’ajouter à tous ceux, très nombreux, qui souffrent et qui meurent. Comme beaucoup d’autres, ils sont chassés de leurs maisons et deviennent réfugiés, partageant la même misère noire.

Ces soulèvements ont commencé parce que les peuples du Moyen-Orient rêvaient d’un nouvel âge de dignité, de démocratie, de liberté et de justice sociale. Les régimes dictatoriaux, qui auparavant garantissaient «l’ordre et la loi», mais au prix terrible de la répression militaire et policière, sont tombés. Avec eux, l’ordre qu’ils avaient imposé s’est écroulé. Les chrétiens vivaient dans une relative sécurité sous ces régimes dictatoriaux. Ils craignaient que, une fois le pouvoir autoritaire renversé, des groupes extrémistes semant le chaos prennent le dessus et s’emparent du pouvoir, au moyen de la violence et de la persécution. Par conséquent, certains chrétiens ont eu tendance à défendre ces régimes. Au lieu de cela, la fidélité à leur foi et leur préoccupation pour le bien de leur pays, auraient du peut-être les amener à parler beaucoup plus tôt, à dire la vérité et à en appeler aux réformes nécessaires, en vue de plus de justice et de respect des droits de l’homme, et à prendre position aux côtés de nombreux chrétiens et musulmans courageux qui ont su parler.

(...)La répétition du mot «persécution» dans certains milieux (pour désigner habituellement uniquement les souffrances endurées par les chrétiens aux mains de criminels qui se déclarent musulmans), sert aux extrémistes, chez nous comme à l’étranger, dont le but est de semer la haine et les préjugés, et de monter les peuples et les religions les uns contre les autres.
(...)Nous prions pour que Dieu leur permette de voir la bonté qu’Il a mise dans le cœur de chacun. Puisse Dieu transformer chaque être humain dans la profondeur de son cœur. Qu’Il nous permette d’aimer chaque être humain comme Dieu Lui-même l’aime, Lui qui est le Créateur et qui aime chacun. Notre seule protection est en notre Seigneur et comme Lui, nous offrons nos vies pour ceux qui nous persécutent, ainsi que pour ceux qui, avec nous, prennent position pour défendre l’amour, la vérité et la dignité.
Jérusalem, le 2 Avril 2014
http://www.relations-catholiques-musulmans.cef.fr
Dossier complet sur les chrétiens d'Orient dans LA-CROIX.COM

Le principe même de cette lettre, qui est adressée aux occidentaux, interpelle!

Pourquoi les responsables de l'Eglise d'Orient souhaitent nous écrire à ce sujet, puisqu'il nous parait si évident que le "chrétien d'Orient" (entité monobloc qui regroupe si l'on creuse  mille et une facettes ) est en souffrance?
Une souffrance  historique et grandissante qui a pour conséquence l'exode. Et selon certains médias, seuls les chrétiens quitteraient un Orient terrorisé etc..... 

C'est parce que nous entendons trop cette odieuse litanie  dans nos paroisses catholiques et cathodiques  d'indignation sélectives, qui éveille des notions de peurs, de replis identitaires, sinon de violence. 
Je m'insurge à chaque fois que j'entends une intention de prière sélective, communautaire. Comme si Dieu, n'entendait que des prières de chrétiens destinées seulement aux autres chrétiens. Est-ce cela  le message des Béatitudes? 
L'immense majorité des morts en Irak , en Syrie, fut de confession musulmane. Que vaut la souffrance d'un musulman à nos yeux? Notre Christianisme s'arrête au monde chrétien? Faut il segmenter, communautariser les souffrances? 
Cette position victimaire profite à une certaine Eglise autochtone qui tient à son pouvoir local coûte que coûte, comme le patriarcat orthodoxe sous l'ère soviétique. Mais aussi à certains partis politiques occidentaux. Les "identitaires".
La dialectique populiste mensongère du Front National surfe sur ces sentiments et sucite des adhésions auprès d'un électorat catholique qui mélange, enjeux politiques, contextes géoplitiques, difficultés sociales économiques ailleurs.  Et quoi de plus facile!
D'où l'urgence de ce texte des leaders de ces communautés.
Le ressenti est plus fort que les faits, surtout à des milliers de kilomètres de ceux-ci.
La haine de l'autre est un des moteurs du néo-paganisme fasciste qu'est l'extrème Droite. L'Islam est devenu l'ennemi public numéro 1, source de tous les malheurs de la France. Alors partout sur terre où l'on peut dénicher un conflit, une violence d' un groupe identifié, apparenté, ou se référant de l'Islam est un argument de plus. Et tant pis , si nos voisins, commerçants, employés, deviennent des complices d'al Qaeda ou de Boko Aram. Ce qui compte c'est de faire le lien par le Coran, les racines idéologiques supposées communes. 

 Le raccourcis et l'imposture intellectuelle d'analyse sont flagrantes. Les grandes figures spirituelles qui ont été elles-mêmes victimes du terrorisme comme Christian de Chergé  ont réfuté de la plus grande force ce regard dégradant, humiliant pour leurs frères d'Islam.

En voici un extrait  sublime de sa prière testamentaire:
"L'Algérie et l'islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit-fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Eglise, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : "Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense !" Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l'islam tels qu'il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences."
Christian de Chergé - Alger, 1er décembre 1993. Tibhirine, 1er janvier 1994  
http://www.citeaux.net/wri-av/cherge-islam.htm
http://www.ocso.org/
http://www.netforgod.tv/s/perm.php?dt=09_10&lg=DE
http://oumma.com/Une-lecture-musulmane-du-Testament

Site identitaires:
http://www.islamisme.fr/marine-le-pen-inquiete-des-persecutions-anti-chretiennes/
http://www.fdesouche.com/459437-marine-le-pen-inquiete-des-persecutions-anti-chretiennes
http://fninfos.fr/?tag=chretien

lundi 15 avril 2013

Le Harem Politique: Le Prophète et les Femmes par Fatima Mernissi

الحريم السياسي النبي والنساء

Une lecture féministe, du Coran,  de l'interprétation de la Chariâ, et des Hadiths.



Une femme peut-elle gouverner un État musulman, commander une armée, participer à la guerre , au même titre que les hommes ? Une femme mariée peut-elle prendre l'initiative sur le plan sexuel, répudier son mari ? Un mari a-t-il le droit de battre sa femme ? Pourquoi les femmes portent-elles le voile ? 



L'objectif de l'auteure est de montrer d'abord que les fondements religieux, établis au tout début de l'islam, sur lesquels repose la discrimination exercée à l'endroit des femmes dans le monde musulman sont la fabrication des hommes et le résultat des luttes de pouvoir entre réformistes et conservateurs, de montrer aussi que les actions des hommes étaient guidées par les intérêts économiques et, qu'à l'époque, les femmes ont pris une part active autant dans les débats politiques que dans les luttes idéologiques et militaires. 

L'hypothèse de l'auteure - un très grand nombre de Hadiths, utilisés aujourd'hui à des fins discriminatoires, ont été inventés de toutes pièces par les hommes, surtout avant la période de leur consignation écrite, c'est-à-dire près de deux siècles après la mort de Mohammed 


Mernissi entreprend donc une relecture des textes sacrés, du Coran, du Hadith et des œuvres des grands commentateurs. Pour se prémunir contre les attaques des théologiens orthodoxes musulmans et des conservateurs, elle s'appuie sur le principe, reconnu par le Coran, de l'obligation faite à tout musulman de recourir à la raison (al Aql) pour décoder cet ensemble de signes qu'est le Coran . Mernissi fait également appel aux données des sciences modernes comme la psychanalyse, la sémiotique, la linguistique et l'analyse politique. 
Dans Le harem politique Mernissi s'attaque, entre autres, à des Hadiths misogynes authentifiés et à certains versets du Coran qui ont et continuent d'avoir un important poids dans la détermination de la place réservée aux femmes dans les sociétés musulmanes. Deux exemples suffiraient à illustrer son analyse.Ainsi, Boukhari (-808-870), l'un des fondateurs, au IXe siècle, de la science de l'lsnad (la chaîne de transmission des Hadiths depuis le Prophète), a interviewé 1 080 personnes et, parmi les 600 000 Hadiths qu'il a recueillis,seulement 3 275 ont été reconnus comme authentiques . C'est Abu Bakra qui aurait entendu le Prophète dire : "Ne connaîtra jamais la prospérité le peuple qui confie ses affaires à une femme ". Ce Hadith figure parmi les deux ou trois mille Hadiths authentifiés méticuleusement par Boukhari et ses disciples. Dans quelles circonstances ce Hadith a-t-il été rapporté et quelle crédibilité peut-on accorder à son narrateur ?
(...)Le port du voile n'a pas été édicté par un Hadith, mais imposé par un verset coranique qui fut révélé à Mohammed à la suite de longues tractations et luttes idéologiques - dont les bases économiques sont bien soulignées par Mernissi - entre les promoteurs de l'égalité des sexes, représentés par le Prophète Mohammed, sa femme Aicha et Abu Bakr, le père d'Aïcha, d'un côté et, de l'autre, ceux, nombreux et puissants, qui tenaient à sauvegarder les coutumes et les lois de la société préislamique leur garantissant la domination des femmes. Si « Les idées de Mohammed sur l'octroi aux femmes des mêmes droits que les hommes privaient les Abdallah B. Ubayy des ressources financières importantes provenant de l'esclavage des femmes » (p. 230), on saisit mieux pourquoi seules les femmes de l'aristocratie devaient, du moins au début de l'islam, porter le voile. Les autres, esclaves, prostituées et sans statut, n'étaient plus protégées contre la violence et l'exploitation des hommes, après la descente du verset coranique imposant le voile : « Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants de revêtir leurs mantes [voiles] : sûr moyen d'être reconnues (pour des dames) et d'échapper à toute offense » .
Fatima Mernissi
La société musulmane, celle que Mohammed a voulu instaurer au début de sa vie de Prophète et de chef politique, n'est pas génératrice d'inégalités entre les hommes et les femmes. Elle les a, tout au plus, reproduites et, parfois, atténuées. Les alliances qui se sont établies entre des hommes politiques de tendance conservatrice, ceux surtout que l'Islam avait privés des prérogatives dont ils jouissaient dans la société préislamique - esclavage des femmes capturées durant les guerres entre tribus, déshéritement, proxénétisme, etc. - ont fini par avoir raison de la tendance réformiste défendue par Mohammed. Et Naïma Tabet, philosophe marocaine, résume bien les influences auxquelles devait faire face Mohammed et la précarité de sa position en tant que chef politique devant la subsistance des idéologies tribales préislamique:
   "Mohammed devait d'une part mener une lutte acharnée contre la résistance des mentalités conservatrices imprégnées d'idéologies liées aux structures tribales, comme il devait, d'autre part, compter avec ces mêmes idéologies, ce qui ne pouvait que nécessiter des reculs [sur ses principes égalitaires], de temps à autre, afin de maintenir un certain équilibre sans lequel sa mission aurait été dès son début vouée à l'échec".(Naïma Tabet)
Si les lecteurs et lectrices du Harem politique ont, parfois, l'impression que l'auteure voulait réhabiliter le Prophète Mohammed, ce n'était pas là son but explicite. Mernissi réussit cependant à donner un visage humain à ce réformiste que l'histoire et les hommes ont mythifié. De la même façon elle restaure l'image de la femme : on n'est plus devant des êtres pétrifiés subissant sans broncher les actions des hommes, mais devant des femmes militantes qui ont tout fait pour défendre leur cause. Aicha n'a-t-elle pas participé aux débats politiques et fait des pressions sur Mohammed pour qu'il ne cède pas à la demande des tradionalistes exigeant de lui l'imposition aux femmes du port du voile ? N'a-t-elle pas chevauché à la tête d'une armée pour combattre Ali, ce conservateur farouchement opposé à l'établissement de l'égalité entre les hommes et les femmes ? Et Sukaïna l'arrière-petite-fille de Mohammed, pour conclure sur cet autre exemple du militantisme féminin mis en évidence par Mernissi, n'a-t-elle pas toujours refusé, afin de sauvegarder son autonomie - participer au conseil de la tribu et recevoir chez elle les poètes etc. -, de consentir l'obéissance, clef du mariage musulman, à aucun des cinq maris qu'elle a eut ? N'est-elle pas allée jusqu'à inclure dans l'acte de mariage une clause les obligeant à renoncer à la polygamie, pourtant acceptée par l'islam, et à intenter et gagner un procès contre celui parmi eux qui n'avait pas respecté cette clause ?(...)

Extrait de la fiche de lecture de M’hammoud MelloukiDépartement d'administration et politique scolaires
Université Laval, Qebec
Recherches féministes,  publié sur le site ERUDIT.ORG vol. 4, n° 2, 1991, p. 159-164.

Son blog: MERNISSI

"La Femme dans trois œuvres d’adab andalouses," par Nadia Lachiri,
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Meknès, Maroc.

" Femme et Islam ", (Approches), collection dirigée par Aïcha Belarabi. Editions Le Fennec, Casablanca,
Un blog culturel, féministe marocain: ETUDES MAROCAINES

Un article paru dans l'hebdomadaire marocain TELQUEL sur le féminisme islamique

Un livre présenté sur un autre blog: "Religions d'Hommes, Regards de Femmes"

mardi 9 avril 2013

Le vertige des Guides et la Sagesse d'Omar al-KHayyam


"Prends garde de perdre le bout du fil de la Sagesse, car les Guides eux-mêmes ont le vertige!"
Omar al-Khayyam



"Dieu est trop immense pour être enfermé dans un Crédo", Ibn 'Arabî

Prends garde à ne pas te limiter à un credo par­ticulier en reniant tout le reste, car tu perdrais un bien immense [... ]. Que ton âme soit la sub­stance de toutes les croyances, car Dieu est trop vaste et trop immense pour être enfermé dans un credo à l'exclusion des autres. Il a dit en ef­fet : 
« Où que vous vous tourniez, là est la face de Dieu » (Coran, II, 115), sans mentionner une direction plutôt qu'une autre.


image-10.jpg
Les religions révélées ne sont diverses qu'à cause de la diversité des « rela­tions divines ». Si la « relation divine » qui demande qu'une chose particulière soit per­mise dans la loi révélée était la même que celle qui demande qu'elle soit interdite, cela impli­querait que les décisions divines ne peuvent changer, or il est établi qu'elles changent. Si ce n'était pas le cas, cela signifierait que cette pa­role divine est incorrecte : « À chacun de vous, Nous avons donné une loi et une voie » (Coran, V, 48). Or il est vrai que chaque communauté a une loi et une voie apportées par son prophète ou son messager. [...]


Nous savons de façon certaine que la relation de Dieu à Mahomet dans la religion qu'Il lui a révélée est différente de la relation qu'Il a éta­blie avec tout autre prophète. Si ce n'était pas le cas, et si la relation qui demande la révéla­tion d'une loi spécifique était unique, alors les religions révélées seraient une.
Les Illimunations de La Mecque (Futûhât Makkiyya), I, 265

Les doctrines religieuses divergent en fonction de la divergence des regards qui sont portés sur Lui. Or, chaque personne qui regarde ainsi n'adore et ne professe que ce qu'elle a amené à l'exis­tence dans son propre cœur. Elle n'a donc amené à l'existence qu'une chose créée, et non le Dieu réel. Mais c'est pourtant dans cette forme doc­trinale qu'Il Se manifeste à elle. L'Essence en tant que telle est unique, mais tu ne peux Le perce­voir qu'ainsi [dans le monde de la relativité].
Ibid., IV, 211

Tout ce qui est autre que Dieu est fabriqué, et les dieux des croyances sont fabriqués. Abso­lument personne n'adore Dieu tel qu'en Lui­même. Il n'est adoré qu'en tant qu'Il est fabri­qué par l'adorateur.
Ibid., IV, 229

Celui qui professe une foi dogmatique loue uni­quement la divinité incluse dans sa profession de foi et à laquelle il se rattache. Les œuvres qu'il accomplit lui reviennent, et en définitive il ne fait que se louer lui-même. [...] L'éloge qu'il adresse à ce qu'il professe est donc un éloge qu'il s'adresse à lui-même. C'est pourquoi il blâme ce que professe autrui, ce qu'il ne ferait pas s'il était équitable. Celui qui se limite à cet objet d'adoration particulier est de toute évidence un ignorant, du fait même qu'il s'oppose aux convic­tions d'autrui au sujet de Dieu. S'il connaissait, en effet, la parole de Junayd : « La couleur de l'eau est celle de son récipient », il accepterait de chacun sa propre croyance ; il connaîtrait Dieu en toute forme et en toute profession de foi. De lui n'émane qu'une opinion, et non une science. C'est pour cela que Dieu a dit : « Je suis auprès de l'opinion que Mon serviteur a de moi» ; Je ne Me manifeste à lui que dans la forme de sa croyance. Ainsi, la divinité des convictions dog­matiques est prisonnière des limitations ; c'est donc la divinité que contient le cœur de Son ser­viteur. La Divinité absolue, quant à Elle, ne peut être contenue par rien, car Elle est l'essence des choses et l'essence d'Elle-même.
Les Chatons de la sagesse (Fusûs al-hikam)
Traduction, Eric GEOFFROY


IBN ‘ARABÎ (1165-1241)

Prestigieuse figure du soufisme, et l’un des plus grands visionnaires de tous les temps, Ibn ‘Arabī est le théoricien du monisme ontologique et théologal, le grammairien de l’ésotérisme musulman. 
Son influence a marqué aussi bien ses partisans que ses adversaires ; son lexique technique représente la forme achevée du vocabulaire gnostique en langue arabe, et les penseurs musulmans postérieurs, qu’ils soient arabes, iraniens ou turcs, ont tous repris sa terminologie. Ainsi Ibn ‘Arabī apparaît-il véritablement comme le pivot de la pensée métaphysique en Islam.

Œuvre paradoxale que la sienne : chaque jour davantage étudiée et traduite, source d'ins­piration pour beaucoup de non­-musulmans après avoir fait l'ob­jet de polémiques séculaires en terre d'islam, elle n'est pas à la portée du premier venu. On peut évoquer la complexité métaphysique, la formulation allusive et la profusion de la terminologie, mais en défini­tive c'est le caractère initiatique de l'œuvre qui explique qu'elle reste hermétique au plus grand nombre. Une doctrine aussi subtile peut troubler même les apprentis soufis, et c'est pour­quoi, en pays musulman, les cheikhs interdisaient souvent à leurs disciples de lire l'œuvre d'Ibn `Arabî par eux-mêmes. Cette doctrine accorde pour­tant une attention rigoureuse à la lettre du Coran mais elle dérange le conformisme reli­gieux en explorant les possibi­lités de la Révélation. Ibn `Arabî fut certes l'héritier de la tradi­tion soufie, mais il lui a offert une formulation à la fois plus ample et plus précise. Le sou­fisme postérieur est donc lar­gement débiteur de l'homme et de son œuvre.

Les passages ci-contre sont ex­traits des Futûhât makkiyya, somme spirituelle exhaustive, et des Fusûs al-hikam, ouvrage plus concis qui récapitule sa doctrine métaphysique. Les vers, enfin, proviennent du re­cueil de poèmes mystiques Tar­jumân al-ashwâq. Ils témoignent de l'universalisme et du plura­lisme qui animent la doctrine d'Ibn `Arabî, universalisme de la Révélation énoncé par le Co­ran dans la notion de « Religion immuable » et que le Prophète a illustré maintes fois, lui qui affirmait que 124.000 prophètes, depuis Adam jusqu'à lui, avaient été envoyés à l'humanité.


Sur ces bases, certains soufis ont professé « l'unité trans­cendante des religions », thème auquel Ibn `Arabî a fourni un cadre doctrinal ; toutes les croyances et donc toutes les religions sont vraies car cha­cune répond à la manifestation d'un Nom divin. Il y a ainsi une unité fondamentale de toutes les lois sacrées, et chacune dé­tient une part de vérité. La di­versité des religions est due à la diversité des « relations » que Dieu entretient avec le monde, et à la multiplicité des mani­festations divines. Puisque Dieu est conforme à l'opinion que le fidèle se fait de Lui, Ibn `Arabî en conclut d'abord que les croyances sont conditionnées par les différentes manifesta­tions de Dieu perçues par les êtres et par la conception frag­mentaire que chacun se fait de Dieu ; ensuite que Celui-ci ac­cepte toutes les croyances - pas au même degré, bien sûr - car les conceptions humaines ne sauraient limiter l'être divin. Enfin, quel que soit le destina­taire du culte (Dieu dans ses diverses dénominations, mais aussi la nature ou les idoles), c'est toujours Dieu que l'homme adore, même s'il n'en est pas conscient.

lundi 8 avril 2013

"La femme n’est pas un symbole religieux " par Mongia Souahi Islamologue

Dr Mongia Souaïhi, Tunisienne, est l’une des rares islamologues femmes dans le monde arabo-musulman.
Source: http://everitte.org/

Traduction des versets coraniques au féminin
Professeur en Sciences islamiques et exégète coranique, Mongia Souahi a fait une recherche sur tous les versets coraniques qui parlent de la femme. Dans toute l’histoire de l’Islam, l’homme a toujours interprété les versets coraniques en donnant une dimension masculines du divin » dans tous les versets. (...)
Déconstruire les mythes qui relèguent la femme dans le religieux
Dans le hadith Nabawi et dans le comportement du prophète et de ses amis, les femmes étaient professeurs, Khadija elle même était professeur, c’était une femme d’affaires une politique, Oum Salma aussi. Il y a eu des femmes qui se sont opposées à Omar Ibn El Khattab. Il y a eu des femmes qui se sont élevées contre Mouaawi Abousofiene ; elles étaient activistes et elles ont parlé des problèmes qui taraudaient leur société et leur pays. Rien dans les écrits ne prouve véritablement » que la femme est la moitie de l’homme » explique l’islamologue. Mais cet état d’esprit a perduré depuis le premier et second siècle de l’Islam et cela a été la décadence pour le monde arabe. Les exégètes du 18e et du 19 es ont malheureusement largement abondé dans ce sens, rares sont les exégètes qui ont pris la défense des femmes à l’exception du tunisien Mohamed Tahar Ibn Achour.
Islam égal violence à l’encontre des femmes ?
(...) Déjà du temps du prophète, à la Mecque on exhortait les femmes à rendre les coups qu’elles recevaient » si ton époux te gifle, rends la lui » a dit le prophète Mohamed aux femmes de la Mecque. Frapper n’est pas le fait de la religion, du temps de la vie du prophète ce dernier n’a jamais frappé ni une femme, ni une domestique ni un animal!
« On doit revenir aux mots du Prophète » affirme l’islamologue. Si aujourd’hui les Sakineh du Monde continuent de mourir sous la lapidation, c’est simplement parce qu’on a mal interprété l’Islam et que l’on s’en sert à tort et à travers pour exercer des vendettas personnelles. Les conditions économiques, la mauvaise éducation, la perdurance de certaines coutumes qui font que l’on donne toujours le meilleur à l’homme, et au jeune garçon dès son plus jeune âge et on banalise la petite fille, c’est tout cela qu’il faut déconstruire.
La femme et le voile
« je suis catégorique: je suis contre le voile, il n’existe pas dans le coran! C’est uniquement culturel et environnemental, je l’ai écrit dans un article. C’est un fait historique avant tout! En Occident, la problématique du nikab ce n’est pas sérieux » la femme musulmane doit respecter la loi du pays hôte! Pourquoi provoquer et choquer l’autre? Pourquoi donner à l’Occident à l’image d’une femme soumise et victime?! Il ne faut pas imposer le signe religieux et cela pour toutes les religions. A l’inverse » ce qui me choque par exemple en Allemagne c’est que l’on accepte le signe religieux des juifs ou des chrétiens mais s’agissant de l’Islam c’est non! S’il y a droit de l’Homme c’est pour tout le monde et c’est sans exception!!! L’Occident doit réviser sa vision du Monde arabo-musulman également!
Il faut cesser de faire de la femme un symbole religieux de l’instrumentaliser au gré des politiques du Nord et du Sud » on est en tant que Femme un homme au grand H »
Réformer la pensée arabe s’agissant des femmes
Il faut un gros travail des mentalités car la modernité ne sera jamais prise en faveur de la femme sinon. (...)
Pour s’en sortir, il faut des femmes qui interprètent le coran à leur façon » … je suis une révolutionnaire dans le milieu, en Tunisie (...). Il y a un nouveau souffle on le trouve en Tunisie et en Syrie, voire en Egypte où l’on voit peu à peu des exégètes femmes interpréter les textes.
(...)
Par Elyssa Souissi

Chrétiens et Musulmans sur les pas de Marie, Marche à Chartre le 25 Mai 2013

Nous cheminions ensemble, mus par le même Souffle! 

 « Oh ! quel plaisir, quel bonheur de se trouver entre frères ! ... Là, le Seigneur a décidé de bénir : c’est la vie pour
toujours ! » Ps. 133, 1 et 3

«...et rappelez-vous la grâce de Dieu quand - d’ennemis - Il a fait de vous des frères, par Sa grâce, en mettant vos cœurs à l’unisson » Coran, s. 3, v. 103

Itinéraires Spirituels » à Chartres, le samedi 25 mai 2013
Chrétiens et Musulmans sur les pas de la Vierge Marie
Marche ouverte à toute personne respectueuse des convictions d’autrui

Organisé par le GAIC, Groupe d'amitié islamo-chrétienne.



dimanche 7 avril 2013

Abed Azrié, Musicien et Magicien de la Rencontre Arabo-Andalouse!



SUERTE

Su mirada es vino
Su mejilla un huerto
Su boca es coral
Attayan su cuerpo
Su palabra es cierta
Su amour paraiso

 Como en  un ollar en su cintura
Engarzan mil joyas de hermosura
Ramo, sol de suerte, media luna
Ramo, sol de suerte, media luna

Funde las miradas cuando sale
El manto del sol de su semblante
Alba que jamas muere en la tarde


Son regard est ivresse, 
Ses joues, un verger.
Sa bouche est corail,
Son corps, basilic.
Sa parole est véritable, 
Son amour, paradis.

Tel un collier, sa taille
Est ciselée de beautés:
Rameau, croissant de lune, 
Soleil de bonne fortune.
Visage revêtu de soleil, 
Il apparaît
Et éblouit les vivants:
Matin qui n'a jamais de soir.

(texte andalous du XIe siècle)

           De cette suite arabo-andalouse datant du XIe siècle, le musicien franco-syrien a déjà livré deux versions, dont celle, en 1998, avec le chanteur Serge Guirao. L’arrière-pensée fondatrice de cette œuvre est de rétablir le dialogue interrompu entre les mondes musulman, juif et chrétien en remontant par le chant à l’âge d’or de la convivance religieuse, philosophique et artistique que fut l’Andalousie médiévale des Almoravides et des Almohades.

Sa valeur proprement artistique tient à la fusion entre trois entités musicales de haute tenue, l’une arabe, l’autre espagnole, la troisième française, et à l’accord parfait réalisé entre la voix à l’austérité passionnante d’Azrié et celle de la cantatrice Ana Felip. Au cœur d’un répertoire qui louvoie entre le galant et le mystique, et par-delà les différences de langues et de nuances musicales où se mêlent intimement flamenco et muwashshah, se dénude alors comme un désir sensuel la conscience que l’unité de l’un n’est possible qu’avec l’autre.

Dans la composition de 'Suerte' l'objectif d'Abed Azrié était de saisir la montée fortuite de cette énergie mystérieuse qui traverse le corps au moment musical, phénomène connu dans la culture espagnole sous le nom de "duende" et dans la culture arabe sous celui de "tarab". L'effet s'exprime dans une approche intérieure et dense de la civilisation arabo-andalouse, née de la fusion des mondes antiques et médiévaux, des cultures chrétienne, juive et musulmane.

En quête de l'âme andalouse, la musique met en scène deux voix d'homme et deux langues. Les traditions orales et écrites se confondent et se conjuguent en reliant trois instrumentations : arabe, flamenco et occidentale. Fusion du temps d'autrefois avec le présent absolu, l'univers évoqué par Suerte - «La bonne fortune» - est aussi une célébration de l'amour, la danse, la joie et surtout la femme.

La musique d'Abed Azrié retrouve ses sources venant du passé afin d'arriver à une synthèse entièrement moderne. Abed Azrié a sélectionné pour les paroles des chants une série exquise et raffinée de muwash'shahât, poèmes andalous du XIe siècle, dont la plupart sont anonymes. Cette forme multirime et multimètre est née en Espagne vers le IXe siècle et signifie au départ «mantille brodée symétriquement de perles et de bijoux dont la femme se pare». Création souvent populaire en langue arabe, élaborée dans un style simple, transparent et spontané, le muwash'shah est contemporain des chants des troubadours et de trouvères de l'Occident médiéval, dont il partage la délicatesse et les thèmes. Traduit en espagnol, il exalte la dualité des cultures et fournit l'occasion de transcender le sens par la pure musicalité. Bernard Moussali, historien des musiques orientales.

Qui est Abed Azrié:

« Ne lui demandez pas sa nationalité ! Abed Azrié a passé toute sa vie à se débarrasser d’être d’ici ou d’ailleurs. Il est musicien. Ses partitions sont sa seule identité ; les textes qu’il chante, les instruments de sa propre quête. »

« Pour la musique, le chant, fidélité d’en deçà et de toujours, merci Abed Azrié. »
René CHAR.


Un  très bon site sur la musique Flamenco et andalouse, vous trouverez:


Pour aller plus loin:

Le muwash'shahât, poèmes andalous du XIe siècle, expliqué par le professeur Saadane Benbabaali, Maître de conférences à l' Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle où il enseigne la littérature classique arabe.

Persistance et évolution du Muwashshah, article de S. Benbabaali


Poetic License - Lyrical Forms and Syncretic Fusion in al-Andalus, By Daniel Harvey Pedrick

vendredi 5 avril 2013

"Dieu sait que l'Homme choisira la Liberté!"

"Qu'est-ce que l'Homme?
Il est cette force qui finit toujours par balancer les Tyrans et les Dieux".
Albert CAMUS
Je vous renvoie à un article précédent du blog sur un poème d'Omar al-Khayyam dont le thème est la liberté d'action de L'homme devant son Créateur. Cette Citation  complète ma réflexion.

Il n y a aucune opposition  ou contradiction, même si au premier degré elle est tentante à faire, entre ces réflexions et la foi ou non en Dieu. Croyants et non croyants s'entendront très bien sur ces mots, à première vue.
Dans sa foi, son regard à Dieu et ses actions. le croyant connait sa liberté, ce dilemme, terrible parfois et merveilleux souvent,
(Explications. Par Mohamed-Sghir Janjar. Le Courrier de l'Atlas, Mars 2008)
Parce qu'Il Connait Sa Création!
Parce qu'Il Aime Sa Création!

Il ne peut donc y avoir autrement qu'une Miséricorde infinie à l'égard de la Création. Au dela de toute perception humaine.
Il n y a que l'Homme pourtant qui refuse parfois de choisir sa liberté, ou celle d'autrui. Et la religion peut leur devenir un refuge obscur. 

Jusqu'où ira l'Homme dans sa Liberté, relative ou absolue, avec ou sans conscience de Dieu?
Il y a tant à méditer sur cela.




lundi 1 avril 2013

La Justice , la Prière et le Prophète


"Une heure de justice vaut mille mois de prière"

Hadtih du Prophète Mohammed

Calligraphie de S. Al-Moussawy
Style coufique ornemental
Edition Bachari


Le hadtih complet est:
"L'hommage des gouvernants envers Dieu est d'observer la justice, car une heure de justice vaut mieux que mille mois de prières"

L'internet francophone répertorie 2 pages dont la calligraphie est présente:
http://genienet.lastre.org/liban/lb-chouf.htm


Toute contribution arabophone  et précision sur ce hadith  est bienvenue!

L'Orient, l'Occident et la Rencontre dans le Coran





















Orient et Occident ne sont que les deux faces d’une même pièce:
« l’Orient et l’Occident appartiennent à Dieu, quelque soit le côté vers lequel vous vous tournez, la face de Dieu est là. Dieu est présent partout et Il sait !"
Coran II, 115


Une même terre pour un seul Peuple, celle des serviteurs de Dieu:
Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur Terre et qui, lorsque des ignorants s'adressent à eux, disent: "Paix".
Coran 25, 63


Respect des différences, culture de l'excellence de la rencontre:
« … Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il a voulu vous éprouver Par le DON qu’il vous a fait. Cherchez à vous surpassez les uns les autres dans les bonnes actions. Votre retour à tous, se fera vers Dieu ; Il vous éclairera, alors, au sujet de vos différends. »
Coran, V, 48


La Lumière de Dieu au delà de nos frontières mentales, géographiques et culturelles:
"(...)l’olivier qui ne provient ni de l’Orient, ni de l’Occident et dont l’huile est près d’éclairer sans que le feu la touche. Lumière sur lumière ! Dieu guide, vers Sa Lumière(...)"
Coran, XXIV, 35


D'où la petite sagesse du mystique Yunus Emre:
"Quand tu cherches Dieu, cherche-le dans ton coeur. Il n'est pas à Jérusalem, ni à la Mecque, ni dans le hajj".
Yunus Emre

Réédition d'un post publié en 2007

vendredi 22 mars 2013

Dieu, l'Homme et le péché, par Omar Khayyam

Quel homme n'a jamais transgressé Ta Loi, dis?
Une vie sans péché, quel goût a- t- elle, dis?
Si Tu punis le mal que j'ai fais par le mal,
Quelle est la différence entre Toi et moi, dis?

Omar Al khayyam.


Toute la provocation dans ce mélange de sagesse et d'impertinence d'un des plus grand poète et savant perse.  

Mon interprétation sur ce poème est très paradoxale vis à vis de l'approche de Khayyam lui-même  sur l'Islam (dans un monde chiite et non sunnite). Mon inspiration en est donc très personnelle et libre.
Cette méditation (qu'en est il du sens en perse?), exprime de façon sous-jacente, selon moi  un espoir une foi en la certitude d'une Miséricorde au delà de l'Homme

L'Homme interpelle Dieu et lui demande de tenir son rôle de Dieu: être au dessus des lois des Hommes.  Dieu ne doit pas réagir comme le ferait un homme, au risque de ne plus croire en Lui et de briser cette Espérance du croyant en une transcendance et une Justice au delà des Hommes.
 Quand à chaque prière, un musulman implore le Clément et le Tout Miséricordieux il s'agit de se mettre sous ce regard céleste d'infinie clémence et pardon. Au delà de toute imagination et logique humaine. (voir cette page de Hadiths et Versets du Coran au sujet de la Miséricorde)


L'Homme interpelle l'Homme! et lui demande de ne pas se contenter de son jugement  humain, de ses réactions "primitives", mais de tendre vers  cette Miséricorde infinie, comme exemple. De s'arracher à sa condition.
 
Aussi, l'homme, Khayyam, s'interpelle lui-même sur le sens de sa vie  en tant qu' Homme et sur sa liberté envers Dieu  et envers les Hommes.
Par cette remarque sur le goût du péché, telle une saveur typiquement, pleinement humaine, sub-céleste, Khayyam, demande la Miséricorde divine à un Dieu (le considérant Créateur) qui nous Connait pleinement dans notre Humanité collective et pleinement intimement, dans nos petites humanités
Il ne peut nous demander d'être d'une autre nature (des anges).  D'une certaine manière,  et là est l'insolence merveilleuse, il lui demande d'assume ce qu'Il a crée!

Khayyam, bon vivant, dirons nous,  invite à une miséricorde envers nous-même (voir combien il peut être impossible de ne pas "pêcher". Et  voir  combien, même,  il peut être savoureux, tentant ou soulageant de "pêcher").
Il demande à l'Homme d'assumer pleinement son rôle d'Homme.

je précise, que j'ignore ici l'étendue de la définition du mot "péché" chez Khayyam. La langue perse  est pleines de subtilités et sa poésie très complexe (écoutez un jour Charles-Henri de Fouchécour, un des plus grands savant mondiaux de la langue perse,  nous en expliquer la saveur et la profondeur).
J'utilise alors ici le mot de façon très générique. Chaque lecteur aura sa propre définition de ce qui est bon/mauvais pour soi même et pour autrui.

Khayyam invite l'Homme à ne pas juger l'autre, ni soi-même. A devenir Miséricordieux tout comme son Dieu.
Et il adjure Dieu de tenir sa position de Tout Miséricordieux!
 
En 4 vers, Khayyam  arrive à exprimer  toute  le paradigme d'un croyant: Sa relation à Dieu, aux autres. Son aspiration, son cri!
Un formidable Crédo que croyants ou non  peuvent tous autant apprécier!


samedi 30 juillet 2011

La Vie en Iran!

De Téhéran à Yazd, Shiraz, Ispahan, Qom puis enfin Suze : 60 voyageurs sont partis avec La Vie du 5 au 16 mars pour un tour inédit de l'Iran, placé sous le signe de la rencontre et de la culture. Une plongée dans une population persane mal connue en Europe et perçue trop souvent à travers des images réductrices. De ce voyage accompagné par Christian Delorme, prêtre de Lyon et fin connaisseur du chiisme, notre rédactrice en chef a rapporté quelques images glanées au fil des rues et des rencontres:
extraits:

Un peuple de mollahs, d’ayatollahs et de femmes en tchadors, ainsi voyais-je, en bonne Occidentale, du haut de ma douce France laïque, la société iranienne.

C’est d’ailleurs la première question que l’Iranien de la rue pose à l’étranger de passage : "Comment nous imaginez-vous en Europe ? Avez-vous changé d’avis depuis que vous êtes ici ?" Et de fait, la première surprise est bien là : le peuple iranien que nous rencontrons est globalement peu pratiquant dans la vie quotidienne.

On ne prie guère dans les mosquées ou dans les lieux publics et quand l’appel du muezzin retentit - je l'ai entendu tout au plus deux fois par jour - personne ne semble vraiment concerné. La prière du vendredi ne recueille pas non plus une forte adhésion, sauf quand elle prend, comme en août dernier sur le campus de l’université de Téhéran, un tour politique.

Si ce n’étaient les portraits omniprésents des grands ayatollahs Khomeini et Khamenei, il serait difficile de se croire en République islamique ! Les mollahs, ces clercs iraniens (turbans noirs quand ils descendent du prophète, blancs quand ils sont citoyens ordinaires) interviennent bien dans la vie privée pour les grands passages comme le mariage ou le deuil. Mais il est alors difficile de démêler ce qui tient du religieux ou de la coutume traditionnelle.

Ne nous méprenons pas : si le peuple iranien - et particulièrement les jeunes générations - ne semble guère pratiquant dans la rue, il est à coup sûr mystique et spirituel dans le privé. Mystique et même, oserais-je dire romantique, quand il vénère jusque dans les larmes ses martyrs et ses poètes. Spirituel quand il égraine au quotidien son chapelet de grains translucides et colorés ou avoue, comme cette jeune femme rencontrée au cœur d’un jardin de Shiraz, que "pour nous la prière est personnelle. Même si je ne suis pas très religieuse, si on ne prie pas en famille, cela ne m’empêche pas d’avoir à la maison mon 'package prière' !"

Un Coran, un tchador blanc, un petit tapis, un chapelet, le tout enveloppé dans un pan de tissu et gardé à portée de main, voilà le fameux "package", qu'on trouve dans chaque chambre d'hôtel, dans chaque maison. "Au cas où, précise notre témoin, une grand-mère de passage ou une amie en visite voudrait faire sa prière…"

Une pratique collective en recul, une dévotion privée, cela vous rappelle quelque chose ? Et si nous avions, amis chiites iraniens, des choses à nous dire ?


La suite est tout autant instructive et a le mérite de casser des vieux mythes sur la société iranienne. A lire!

vendredi 26 février 2010

Bariza Khiari, sénatrice: "la burqa, les minarets, l’identité nationale… ça suffit"

Née en 1946, Bariza Khiari est la première sénatrice musulmane de France (PS), juge à la Haute Cour de Justice de la République, et chevalier de l’Ordre national du mérite. Elle raconte son expérience.

"J’ai envie de vous parler d’un islam que vous ne connaissez pas. D’un islam familial, tranquille, plus attaché à l’essence des choses qu’à l’observance des dogmes, un islam fait d’amour, de culture, de poésie, de musique, d’enchantements. J’appartiens à une famille confrérique soufie, venue en France depuis l’Algérie quand j’étais encore bébé. Je suis donc une musulmane sunnite de rite malékite et de tradition soufie. Et notre islam, comme celui de la grande majorité des musulmans, est un islam complètement apaisé, ouvert, tolérant, en cohérence avec la tradition laïque française.

C’est pourquoi je ne me reconnais pas dans les discours actuels. Il y a tant de méconnaissance... Le grand penseur soufi Ibn Arabi disait : "Les hommes sont les ennemis de ceux q’ils ignorent". Pour masquer cette ignorance, certains affichent le plus grand mépris pour l’islam. On parle de culture judéo-chrétienne, en oubliant, en excluant le troisième pilier du socle abrahamique qu’est l’islam. Quand on sait qu’il y a maintenant 5 ou 6 millions de musulmans en France et qu’on ne parle de leur religion que sous l’angle d’une idéologie à combattre alors qu’elle est une spiritualité, je me sens mal, très mal. Répétons-le, l’islam fait partie de la tradition d’Abraham, l’islam n’est pas en rupture avec le judaïsme et le christianisme, il en est le continuum. Mais on ne parle que des choses qui divisent, jamais de ce qui rassemble. Il ne faut pas s’étonner ensuite, qu’il y ait des crispations, des conflits, des incompréhensions. Je témoigne aujourd’hui, parce que l’on doit retourner cette stigmatisation de l’islam en occasion pour les musulmans qui vivent leur foi paisiblement de s’exprimer.

Suis-je une citoyenne à part ? Non, je suis une citoyenne à part entière. L’islam n’a rien à voir avec mon identité française. Pour plagier la célèbre phrase de Raymond Aron interrogé sur sa judéité, je dis « je suis française, citoyenne française, et je reste en fidélité avec la tradition qui m’a portée ». Je revendique mes origines arabo-musulmane et je les assume parce que l’inverse serait faire injure à toute la chaine de mes ancêtres. C’est une richesse pour moi, ma colonne vertébrale. Et je suis aussi profondément laïque, en considérant que la laïcité est la matrice qui surplombe nos identités multiples, notre maison commune. L’acceptation de la diversité ethnique culturelle ou cultuelle est le test de crédibilité de la laïcité. L’islam est parfaitement compatible avec cette extraordinaire République, j’en suis la preuve concrète. Ce n’est du reste pas la religion qu’il faut combattre mais le pacte républicain qu’il faut rétablir de toute urgence.

Comment voulez-vous que les jeunes des quartiers aient un sentiment d’appartenance quand ils envoient 900 C.V. et qu’on ne leur répond même pas, alors que la loi sur le C.V. anonyme a été votée par les deux chambres mais que les décrets ne sont toujours pas prêts ? Quand à la frontière de sa cité, on est arrêté dix fois par jour pour un contrôle au faciès? Quand il y a une justice à deux vitesses, et que les exactions commises par les forces de l’ordre aboutissent à des non-lieux faciles? Quand on devient l’otage du système politique dès qu’une élection se profile à l’horizon ? Quand les uns prétendent incarner les Lumières et le primat de la raison sur la foi et où les autres sont renvoyés aux ténèbres et à l’aveuglement religieux ? Quand dans l’armée, au moment de recevoir leur grade, quelques méritants musulmans, engagés sous les drapeaux pour risquer leur vie pour la France, voient leurs supérieurs tremper leurs galons dans la bière et les obliger à boire avant de leur remettre, comme cela a eu lieu récemment ?

Les discours sur la burqa, les minarets, l’identité nationale… ça suffit ! La question de la religion est seconde par rapport aux questions majeures que sont le logement, le travail, l’éducation. A-t-on vu les quartiers flamber au moment de l’affaire des caricatures du Prophète ? Non, parce que les jeunes, eux, ne se trompent pas de sujets. Aujourd’hui, j’en appelle à cesser ce débat à visée électoraliste. Il ne sert qu’à cacher la question sociale et alimente l’islamophobie comme l’islamisme."