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jeudi 15 mai 2008

Des marxistes sur les pas de St Paul

Plusieurs penseurs d'extrême gauche, dont le Slovène Slavoj Zizek, en quête de références universelles, en viennent à s'inspirer du christianisme. Une démarche paradoxale.
(...)
Badiou et Agamben réinterprètent la notion de personne dont le christianisme a consacré la dignité inaliénable, à la suite de saint Paul prêchant qu'il n'y a plus ni juifs ni païens, ni maîtres ni esclaves. Pour eux, la dernière façon de fonder le sujet libre en vérité est de provoquer la révolution. Or, quand le prolétariat, classe messianique par excellence pour Marx, a failli à sa mission, reste à convoquer les fondateurs de la seule internationale qui tienne, le christianisme, pour en politiser à l'extrême les propos.
Un passionnant ouvrage de Slavoj Zizek, Fragile absolu, réactualise aujourd'hui cette relation. Psychanalyste et philosophe, ce Slovène ne se lasse pas de convoquer l'histoire juive et la théologie chrétienne pour battre en brèche le relativisme contemporain. Dans un court essai, il oppose au « global » du cosmos païen, où le bien consiste en un équilibre des principes, l'universalisme du christianisme, qui introduit dans cet ordre répétitif « un principe, qui lui est totalement étranger, selon lequel chaque individu a un accès direct à l'universalité ». L'amour de Dieu commande de « haïr » sa communauté, car, écrit Zizek,
« seul un manque, un être vulnérable est capable d'amour : le mystère dernier de l'amour est donc que l'incomplétude, en un sens, est supérieure à la complétude ».
Ce que montrent à leur corps défendant Agamben, Badiou et Zizek, en définitive, c'est que la seule résistance à l'ordre global, c'est l'agapè rendue possible par la vie et la mort du Christ, et formalisée par saint Paul. Un paradoxe ? Une expression populaire dit que « Le Diable porte pierre ».

mercredi 12 mars 2008

JESUS le Rouge! de Slavoj Zizek


«Pourquoi l'héritage chrétien vaut-il d'être défendu?», comme s'interroge le sous-titre de ce puissant essai. Exactement pour les raisons inverses qui voient aujourd'hui un président français s'en réclamer tapageusement.
Ainsi le paradoxal Zizek revendique-t-il l'héritage chrétien comme geste d'absolue rupture par rapport à toute substance ethnique imaginable.
La puissance subversive du christianisme, c'est sa confrontation à 1 idéologie dominante des «droits de l'homme» qui la révèle le mieux.
Entre autres dommages collatéraux analysés par l'auteur, le fait que l'idée de «catastrophe» ait progressivement acquis au cours du XXe siècle un rôle si crucial. L'«épuisement de la capacité à sublimer», voilà ce qui a peu à peu conduit à transformer tout événement effroyable en seule source envisageable de sacré. Zizek écrivait cela peu avant le 11-Septembre, il n'a pas été démenti.


Le coeur subversif de l'héritage chrétien est bien trop précieux pour être abandonné aux intégrismes et à la multitude des spiritualismes New Age. Christianisme et marxisme doivent combattre main dans la main, agripper le principe de charité, et défendre cette Altérité utopique dont toute position révolutionnaire devrait s'inspirer.

Zizek met en place une discussion théologique qui confronte le Décalogue avec les droits de l'homme. Il retrace la genèse de l'Absolu, tant sur le plan philosophique (Schelling, Hegel, ou Heidegger) que théologique (saint Paul) et psychanalytique (Freud), à la lumière du paganisme, du néopaganisme, du judaïsme et du christianisme. Puis il démontre la vocation révolutionnaire de l'agapè paulinien qui tend moins à suspendre la Loi que son cercle vicieux, induit par le désir de transgression. Et si le pari chrétien n'était pas la rédemption, mais cette forme de «haine» prescrite par le Christ quand il appelle l'homme à se «débrancher» de la communauté ? Et si le dépassement de cette Loi même plaidait pour son abandon ?

Un essai qui relance, dans une perspective passionnante, les enjeux ontologiques et anthropologiques de la religion.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Slavoj_Žižek

Une ouverture qui me fait rappeler Abdennour BIDAR, avec son livre Self Islam.
Le monothéisme amènerait à la fin des pratiques religieuses collectives.
http://oumma.com/Abdennour-Bidar-Il-nous-faut-ni