Affichage des articles dont le libellé est voile. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est voile. Afficher tous les articles

lundi 12 octobre 2009

Le voile en Islam - ce que dit le Coran!

Extraits tirés d'un entretien avec Mahmoud AZAD* publié (le 17 Avril 2004) sur le site OULALA.net.

AN : Comment le voile est-il évoqué dans le texte du Coran ?

MA : Le terme « voile » en français, celui que l’on porte sur la tête, est utilisé comme traduction du mot arabe « hijab ». Et du point de vue du linguiste, cette traduction est un glissement de sens. Le thème du hijab est abordé huit fois dans le Coran. Et pas une seule fois pour désigner l’habit dont la femme devrait se couvrir la tête.

AN : Pouvez vous nous donner les références des huit Sourates en question ?

MA : Dans la Sourate 7, verset 46, le texte, qui évoque l’au-delà dit : « Un voile épais est placé entre le Paradis et la Géhenne (.). » Là, le mot hijab en arabe prend clairement le sens de rideau de séparation, comme dans les sept autres Sourates, même si le contexte est différent.

La Sourate 17, verset 45 aborde la protection « virtuelle » que Dieu apporte à Son Prophète lorsqu’il lit le Coran : « Quand tu lis le Coran, nous plaçons un voile épais entre toi et ceux qui ne croient pas à la vie future ».

La Sourate 19 verset 17 le mot voile est utilisé pour figurer la distance géographique que l’on met volontairement entre soi et d’autres : « (V16) Mentionne Marie, dans le Livre. Elle quitta sa famille et se retira en un lieu vers l’Orient. (V 17) Elle plaça un voile entre elle et les siens.

Dans la Sourate 33, verset 53, le texte indique à ceux qui sont invités à entrer dans la demeure du Prophète et éventuellement à y prendre un repas, la conduite qu’ils doivent y avoir. La Sourate leur recommande de ne pas s’attarder après avoir mangé et de se retirer sans entreprendre de conversations familières après le repas. Et ajoute : « Quand vous demandez quelque objet aux épouses du Prophète, faites le derrière un voile. Cela est plus pur pour votre cour et pour le leur ». Là aussi, le mot hijab à le sens de rideau et non pas celui du voile que l’on veut poser sur les têtes des femmes. Et ce n’est qu’en s’adressant aux épouses du Prophète que l’on doit le faire derrière un voile.

Dans la très poétique Sourate 38, le verset 33 évoque le hijab dans le sens de « crépuscule » : « Quand un soir on lui présenta de nobles cavales, il dit : « j’ai préféré l’amour de ce bien au souvenir de mon seigneur, jusqu’à ce que ces chevaux aient disparu derrière le voile. Ramenez-les-moi. » il se mit alors à leur trancher les jarrets et le cou ».

La Sourate 41, verset 5 évoque ceux qui se détournent de l’appel du Prophète : « Ils disent : « Nos cours sont enveloppés d’un voile épais qui nous cache ce vers quoi tu nous appelles ; nos oreilles sont atteintes de surdité ; un voile est placé entre nous et toi. Agis donc, et nous aussi nous agissons » ». Nous voyons bien là combien le voile (hijab) peut être positif (pour préserver le croyant qui risquerait de succomber aux charmes des épouses du Prophète, ou négatif puisqu’il empêche certains d’entendre l’appel de la nouvelle foi.

La sourate 42, verset 51 aborde la parole que Dieu transmet à l’homme. « Il n’a pas été donné à un mortel que Dieu lui parle si ce n’est par inspiration ou derrière un voile ou encore, en lui envoyant un Messager à qui est révélé, avec sa permission, ce qu’il veut. Il est très haut et sage ».

Dans la Sourate 83 verset 15, enfin, le Texte prévient les incroyants de leur sort : « Non ! Ils seront, ce Jour-là, séparés de leur Seigneur, puis ils tomberont dans la fournaise. On leur dira alors : « Voici ce que vous traitez de mensonge ! » ». (NDLR La traduction utilise le mot « séparation » pour restituer le mot arabe lamahgouboun construit sur la base de hijab).

AN : Vous nous dites donc que les musulmans qui utilisent le mot « hijab » pour désigner le voile qui couvre la tête des femmes commettent un contre sens ?

MA : Oui. Ils commettent un contre sens linguistique par rapport au vocabulaire coranique. Et les femmes musulmanes qui disent que le hijab est cité dans le Coran se trompent sur le sens du mot. Elles doivent comprendre le sens donné au mot.

AN : Au delà de ce contre sens de mot, ceux qui incitent les femmes à se voiler, ne commettent-ils pas d’autres contre sens ?

MA : Au contre sens linguistique, il faut ajouter un contre sens de but.

Le contre sens de but est le suivant : le voile devait désigner les femmes libérées de l’esclavage , parce qu’elle rejoignent la nouvelle religion. La communauté prendra désormais en charge les besoins de celles qui ne parviennent pas à subvenir à leurs propres besoins seules. C’est donc une « libération » à l’époque. J’insiste sur le mot « à l’époque ». parce qu’aujourd’hui, dans beaucoup de cas, le voile apparaît comme un asservissement de la femme. Ainsi donc il produit un effet contraire à celui qu’il doit atteindre. Que faut il alors privilégier ? Le voile coûte que coûte ou sa portée symbolique ? Faut il vouloir la forme plus que la liberté ?

La question que nous posons en réalité est celle de l’historicité du texte. La révélation se fait tout de même sur vingt trois ans de vie prophétique. Durant cette période, le Prophète fait bien entendu appel à sa raison pour mettre en adéquation la révélation, qu’il ne conteste pas !, avec la réalité.

AN : Est-ce que le Coran recommande à toutes les femmes de se couvrir la tête et les épaules ? Et dans quel vocabulaire le fait-il ?

MA : Le Coran ne traite les habits de la femme que dans le large contexte de la vie sociale, de l’éducation et de la famille. Il incite à la « pudeur ».

AN : Vous dites « pudeur », et ce mot, très employé notamment par les femmes qui portent le voile, à aujourd’hui une nette connotation sexuelle. N’y a t il pas en français une mauvaise traduction du sens du mot « ihticham » ? Ne faut-il pas plutôt parler de la « bienséance » plutôt que de la pudeur ?

MA : Vous avez probablement raison. Le Coran vise d’abord à la préservation sociale. Et dans cette lecture, il invite plus à la bienséance qu’à la pudeur avec sa connotation sexuelle, du moins lorsqu’il traite des habits. Mais les injonctions qui visent à la bienséance vestimentaire ne concernent pas que la femme ! Et c’est là une erreur majeure commise par les interprètes qui n’ont pas assez étudié. A chaque fois que le Coran parle de la tenue vestimentaire, il parle aux deux sexes.

AN : Par exemple ?

MA : Sourate 24, versets 30 et 31 : Dis aux croyants de baisser leur regards, d’être chastes, ce sera plus pur pour eux. Dieu est bien informé de ce qu’ils font. Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leur atours, de rabattre leurs « voiles » « sur leurs poitrines », de ne montrer leurs atours qu’à leurs époux ou à leurs pères, ou aux pères de leurs époux, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs époux, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs (.). Les lectures du texte, aujourd’hui, doivent nous éclairer sur un point essentiel : le lien entre le(s) but(s) et le(s) moyen(s), ou encore apprendre à distinguer entre le stable et le variable, le stable étant l’objectif et le variable étant le moyen mis en ouvre pour atteindre l’objectif. Dans le cas présent de la Sourate 24, le but est que les hommes et les femmes soient libres et chastes. C’est la part stable du message, son intention spirituelle. Le moyen est donc secondaire.

AN : Pourquoi les femmes musulmanes, dans les pays musulmans, se voilent - elles ?

MA : Il faut effectuer cette recherche à plusieurs niveaux : fouiller l’histoire, les traditions, les cultures des peuples. Lorsqu’on se trouve dans un champs strictement religieux, au niveau du « sacré », lorsqu’on recherche les devoirs des croyants, le licite et l’illicite, la punition, nous devons absolument rechercher « l’esprit du texte », c’est à dire la part stable de celui ci.

En ce qui concerne le voile, il y a une tendance aujourd’hui à tout vouloir mélanger. C’est un comportement souvent lié à l’ignorance et à lecture du texte à un seul niveau, c’est à dire sans lui accorder de profondeur historique. Le message de l’Islam est intemporel. Comme d’ailleurs celui des deux autres religions monothéistes. Mais il n’est compréhensible que s’il l’on se reporte au contexte dans lequel le Coran à été délivré. C’est exactement ce que ne font pas (ne font plus), les musulmans aujourd’hui. Ainsi, certains fous, certains fondamentalistes, mus par des mobiles qui n’ont rien à voir avec la foi, présentent aux masses ignorantes et analphabètes une lecture limitée et orienté du texte. Pour avoir le courage de la discuter, il faut avoir la culture de la discussion et du débat. Cela s’apprend dans les familles et dans les écoles et ce n’est pas le cas dans la très grande majorité des pays musulmans (et non musulmans !) aujourd’hui. Alors les femmes se voilent. Les hommes cherchent refuge dans un ailleurs meilleur que leur environnement immédiat qui est celui de la misère économique et l’indigence sociale et culturelle. Et progressivement, cet ailleurs s’est transformé en un « après » marchandé. Comme la vie ici bas est difficile et misérable, l’on se réserve un après meilleur. Et l’on donne à Dieu « des gages » de sa bonne conduite sur terre, et appliquant ce qui est présenté par les manipulateurs et les hypocrites comme étant la foi musulmane, déviée de son sens initial et « vendue » aujourd’hui sous la seule lecture de l’intégrisme qui voile les femmes et hurle sa haine de « l’Occident » en particulier et de « l’autre » en général. La lutte des classes qui se déroulait au sein d’un même pays, au sein d’une même société, est devenue une lutte des régions au sein d’un même monde globalisé. Et cela s’exprime, entre autres, par le biais d’un Islam détourné de son sens, sous l’influence d’ignorants riches et marchands de pétrole, dans le monde musulman et ailleurs.

AN : Que dites-vous aux femmes et aux filles musulmanes qui se voilent en France ?

MA : D’abord, si elle veulent se dire musulmanes, je leur demande de bien connaître leur religion. C’est à dire le texte et son histoire. Connaître avant de choisir. Connaître et débattre. ET choisir lorsqu’elles sont adultes, en âge et en savoir. Ensuite, je les invite à dire leur liberté.

La liberté ce n’est pas de se voiler si elles le veulent. C’est de s’affirmer comme libre dans une société qui leur ouvre les voies de la liberté. Elles sont françaises. Elles sont donc une partie de la société française. Si le voile est un obstacle à leur liberté, c’est à dire à leur immersion totale dans leur société, alors elles doivent réfléchir et chercher à s’approprier les valeurs de la société française qui est la leur. Les filles musulmanes doivent chercher et parler des valeurs coraniques qui s’adressent à l’humanité toute entière. Elles ne doivent pas se focaliser sur le voile ou d’autres sujets semblables qui dépendent plus d’un contexte variable que d’une vision sttable du monde.

*Après des études à l’université d’Al Azhar au Caire, Mahmoud Azab obtient en France un Doctorat en études sémitiques (Sorbonne 1978). Il a été professeur de langues sémitiques à l’université d’Al Azhar au Caire. Il a été professeur coopérant chargé de l’enseignement bilingue au sein de nombreuses universités africaines (Niger, Tchad.). Il a également été délégué de l’Université d’Al Azhar aux conférences internationales de dialogues interculturels. Il a été nommé en 1996 à Paris comme professeur associé d’arabe classique (langue et littérature) à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (langues « O ») où il est professeur titulaire d’islamologie depuis 2002.

Mais que font nos imams en France?

On m'a posé la question sur le silence des imams de France à relayer un Islam "modéré" ou des décisions "progressistes" telle celle du Cheickh Tantaoui sur le port du voile (lire le post précèdant).

Réponse:

Pour ce que sont les imams de France, J'irai meme dire pour tous les imams du monde.

La structure du clergé quasi inexistante en est la première explication (chacun prèchant pour sa paroisse dans l'Islam sunnite....).

Ensuite, peu d'imams aujourd'hui sont nés en France. Et culturellement, cela change beaucoup l'approche Il fautdra attendre les nouvelles générations avec bienveillance pour véritablement sentir une apporche sécularisée liée à notre culture.
Puis, ceux ci-ont probablement du mal à savoir parler aux jeunes hyper integrés et leurs parents qui revent encore d'etre enterrés au "bled" (ce qui est humainement respectable). Comment parler du voile par exemple à des paysans quasi analphabetes et en parler en même temps à leurs filles, cadres, diplomées etc... (pour faire simple)? C'ets un travail pédagigque très complexes. Comment réunir les générations satisfaire les besoins , répondre à des problèmatiques de vie très différentes....?
Puis L'islam de France, en voulant le séculariser par le CFCM, à en fait été syndicaliser ( à la française) et envahit par les mouvements de types "Frères Musulmans". Il était évident que les extrèmistes feraient le plein de vote et que les autres n'irait pas voter (un immigré algérien ne voudra pas que sa vie religieuse soit chapeauté par les Aalouites du Maroc etc...).Quand on voit que même dans des petites villes, chaque mosquée correspond à une commmunauté (algérienne, turque, africaine...) ou chaque courant de pensée ( tidjania, alévite etc...).

Ensuite, certains imams ou leaders religieux prennent la parole.
Comme le Cheikh Bentounes ( plus grande confrerie soufie d'Europe et fondateur des Scouts Musulmans de France), Soheb Bencheikh ( ex recteur de la mosquée de Marseilles), Tareq Oubrou ( imam à bordeau qui vient de publier un livre étonnant "Profession Imam"Albin Michel, 2009) s'expriment! Sans compter les francs-tireurs indépendants comme Abdennour Bidar, Rachid Benzine, Malek Chebel etc...Mais le relai média reste confidentiel.

Par comparaison, combien d'élites catholiques sont elles audibles dans nos médias?

Seule la polémique ou les extrèmes font vendre et nos voisins musulmans subissent le meme sort (d'où mon intérêt pour le papier de Caroline Fourest posté précedement).
Autre exemple: Frere Tarik Ramadan, que je n'apprécie pas pour son regard communautariste a pourtant été très "moderne" sur la question du voile dans la tradition coranique. (utilisant la même explication que le professeur Mahmoud Azab dont je prendrai des extraits prochainement). Double langage ou" hyper-pédagogie segmentée"? en attendant de répondre il fait recette dans les médias.
dictature télévisuelle....

Pour en finir avec le sujet imam, il me semle que nous héritons d'un Islam arabo-berbère qui devient très minoritaire dans le monde et a perdu de son aura théologique et culturelle. Les élites spirituelles expatriées en France ou Occident ont du mal à exister dans une religion toujours organisée d'Alger ou de Rabat en direct (au dela du CFCM boycotté par tous). Et nous français "de souche" ne les aidons pas du tout.
Et les mouvements progressistes musulmans aux USA ou en Indonésie font un travail incroyable. Mais pareil. On en parlera jamais en France, car personne ne se sentira concerné ou n'acceptera d'etre bousculé par un regard nouveau (qui aussi ne servira pas les intérêts électoralistes de droite).

Enfin, concernant le voile il me semble que ce problème ne concerne finalement pas les musulmans même en France dans leur immense majorité.
Sinon on verrait des grosses manifs pour le port du niqab ou hijab. ou sinon ils partiraient tous devant tant de péché et d'impossibilité de vivre leur Islam!
On ne vit qu'une fois! ( quelques familles seulement émirgent en Egypte dans des villes-guetto à l americaine entièrement "hallal" si j'ose dire...)

Le voile en société vu par le Cheickh Tantaoui

Quel média a relayé l'info de l'AFP? Pourquoi cette info qui alimenterait de façon si positive un sujet que les xénophobes ou islamistes de toute bord reprennent à leur compte est absente? Occultée?

L'imam d'Al-Azhar ordonne à une lycéenne d'ôter son niqab
LUNDI 05 OCTOBRE 2009
En visite dans un lycée égyptien, le cheikh Mohamed Tantaoui, plus haute autorité de l'islam sunnite, a ordonné à une élève d'ôter son niqab. Il veut en interdire le port dans les lycées qui dépendent de la mosquée d'Al-Azhar.
FP - L'imam de la prestigieuse mosquée cairote d'Al-Azhar a ordonné à une collégienne d'ôter son niqab, se disant déterminé à interdire le port du voile intégral dans les lycées dépendant d'Al-Azhar, a rapporté lundi le quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom.
Le cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui effectuait samedi une tournée dans des lycées dépendant d'Al-Azhar, pour s'assurer de l'application des mesures anti-grippe H1N1.
Dans un lycée pour jeunes filles de Madinet Nasr, en banlieue du Caire, le cheikh "a été surpris (...) de voir l'une des collégiennes en niqab alors qu'elle était en cours", selon le journal.
Il s'est alors "emporté" et lui a demandé d'enlever son voile, affirmant: "le niqab n'est qu'une tradition, il n'a pas de lien avec la religion ni de près ni de loin".
L'adolescente a dû ôter le voile cachant son visage, même si l'une des enseignantes présentes a pris sa défense en affirmant que la jeune fille enlevait d'ordinaire son voile au sein de cet établissement non mixte et ne l'avait remis qu'en voyant arriver le cheikh.
L'imam a réagi en demandant à la collégienne de ne plus jamais porter le niqab, affirmant en outre être déterminé à interdire officiellement à toute personne portant le niqab d'entrer dans les lycées dépendant d'Al-Azhar, d'après Al-Masri Al-Yom.
Par ailleurs, toujours selon le journal, le ministre de l'Enseignement supérieur Hani Helal a décidé d'interdire l'accès des cités universitaires aux étudiantes portant le niqab.
Une grande majorité d'Egyptiennes musulmanes portent le hijab, un foulard cachant les cheveux et le cou mais laissant le visage à découvert. Le nombre d'Egyptiennes arborant le niqab est toutefois en augmentation depuis quelques années.
Le niqab, voile intégral complété par une étoffe ne laissant apparaître qu'une fente pour les yeux, s'est répandu dans les pays arabes sous l'influence de l'islam wahhabite en provenance d'Arabie saoudite.

jeudi 14 février 2008

L’islamisation de la Turquie est loin d’être en marche

Aux Cassandres, turcophobes et/ou islamophobes, cet article de l'IRIS montre un autre regard que l'image d'un "fascislamisme" conquérant qui, après avoir conquis le pouvoir turc, déferlerait sur nos terres "blanches et chrétiennes".....
Le manichéisme, l'essentialisme, les traits de la dérive conservatrice et xénophobe de nos penseurs et élus en Occident actuellement, sont le vrai choc des civilisations.

Barah MIKAÏL par Bérénice Rocfort-Giovanni (Nouvel Obs.com, 7 février 2008)
Le Parti républicain du peuple estime qu'une levée de l'interdiction du voile à l'université est un premier pas vers un régime islamique. Sa crainte est-elle justifiée ?
Absolument pas. Il faut demeurer conscient de ce que le Parti républicain du peuple continue à surfer sur la vague qui fut la sienne avant les élections législatives de juillet 2007, à savoir accuser l’AKP d’être derrière un projet d’islamisation à tous niveaux de la Turquie qui s’inscrirait nécessairement en faux avec la notion de laïcité. Or, cet argument, à mes yeux totalement infondé, occulte une série de faits fondamentaux. D’une part, toute jeune fille turque n’est pas nécessairement porteuse du voile. Et d’autre part, si les seuls adeptes du port obligatoire du voile islamique avaient voté en faveur de l’AKP, ce parti n’aurait tout simplement pas gagné les législatives de juillet 2007. Quant à l’amendement constitutionnel relatif à cette question, il n’oblige personne à endosser le voile ; il permet tout simplement à celles qui le veulent de le faire au sein des universités. En déduire une imposition de la charia à l’ensemble du pays revient ainsi, ni plus ni moins, à faire un procès d’intention à l’AKP.

Quelle a été la réaction de l'armée après le vote du Parlement ? Quel poids a le camp des laïcs dans le pays ?
L’armée a fait preuve, pour l’heure, d’une assez grande discrétion, qui ne fait d’ailleurs que confirmer l’attitude discrète à laquelle elle s’était tenue ces derniers jours. Ainsi, si Yasser Buyukanit, le chef des armées, a suggéré à demi-mots son opposition à cet amendement, il s’est néanmoins borné à rappeler qu’il n’avait pas de commentaires à faire en la matière. Cela reste dans le droit fil de la conjoncture positive qui s’est installée entre l’armée et l’AKP depuis les élections de juillet 2007, et plus manifestement encore ces dernières semaines. L’AKP a, de son côté, la force des urnes, et il a d’ailleurs laissé toute latitude à l’armée pour développer la stratégie qu’elle estime être adéquate concernant le Kurdistan irakien, ce dont celle-ci lui sait apparemment gré aujourd’hui. Mais il ne faut pas se laisser tromper par l’argument pour autant : les cadres de l’armée turque sont profondément hostiles à cet amendement, et certains politiques attachés au rôle de cette institution ne manquent pas pour leur part de le faire entendre.
Quant au poids des laïcs dans le pays, il est tout simplement majoritaire, et c’est là que l’on a tout à fait tort de vouloir considérer que les seuls adeptes de cet amendement sont – ou seraient – des religieux et/ou des conservateurs. Certes, le Parti républicain du peuple (CHP) fait valoir son attachement à l’héritage de Moustafa Kemal Ataturk, et partant à une forme de laïcité qui prônerait notamment l’interdiction du port du voile, à tout le moins dans les administrations publiques. Mais cela reviendrait à considérer, par exemple, que le Parti d’action nationaliste (MHP), qui a soutenu cet amendement, serait pour sa part composé de religieux convaincus de la nécessaire application de la Charia. C’est là oublier pourtant l’attachement à la laïcité que le MHP a prôné dès sa création, ce qui ne l’empêche pas pour autant de pouvoir composer avec des tenants du respect des pratiques religieuses tant que cela ne se fait pas par la coercition.

La levée de l'interdiction à l'université risque-t-elle d'accentuer la pression sur les filles pour qu'elles se voilent ?
Il convient d’en douter. Pour ce, il faudrait en effet que l’AKP fasse du port du voile la condition sine qua non pour l’obtention de certains postes précis ou l’obtention de promotions diverses. Si cela venait à se vérifier, on assisterait sans doute à une forme de révolution en Turquie, et soit à une chute de l’AKP, soit à sa sanction lors des prochaines législatives. Le tout sans oublier que l’armée turque elle-même pourrait dès lors trouver matière à faire valoir ses conceptions. L’islamisation de la Turquie est donc loin d’être en marche, et même si certaines exceptions prévaudront forcément à tel ou tel autre endroit, dans la globalité, c’est le respect du choix fait par les unes et les autres qui aura le plus de chances de prévaloir. La laïcité est en effet loin d’être incompatible avec le port du voile dès lors que des personnes le portent avec conviction. Ca semble antithétique vu de l’Occident ; mais c’est tout simplement conforme à la logique des choses vu des pays musulmans en général.