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mardi 2 avril 2013

Trames Nomades


Un blog particulièrement riche, un véritable portail  encyclopédique sur le dialogue des cultures et la culture du dialogue.

De l'auteur:
Pourquoi « trames » ? Et pourquoi « nomades » ?

Trames ? Borges et Joubert le disent bien: tout est trame, fils tissés, fragiles fils tissés. Mais libres fils, de ces métaphores à réinventer pour s'ancrer autrement dans notre réalité, et dans ce rapport avec autrui, avec nous-mêmes...

Nomades ? Mais nous le sommes tous, d'une manière ou d'une autre... Dans un devenir de jour en jour, qui nous transforme, nous fait traverser des frontières réelles et symboliques, internes et externes. Sauf à se figer dans la peur, nous venons d'exils, de voyages, de métissages, de rencontres...

La thématique de ce blog tient en trois mots : implications, culture, questionnements.

Ici, un des derniers articles:

lundi 16 juin 2008

Hommage à Germaine Tillion, l'ethnologue résistante, humaniste, de Ravensbrück aux Aurès.


"L'asservissement ne dégrade pas seulement l'être qui en est victime, mais celui qui en bénéficie".

« Le terrorisme est la justification des tortures aux yeux d'une certaine opinion. Aux yeux d'une autre opinion, les tortures et les exécutions sont la justification du terrorisme.» (Les Ennemis complémentaires, 1960, p. 47)

C'est une grande dame qui vient de mourir. Et tout d'abord une grande résistante, qui, dès juin 1940, refusera la soumission de la France à l'Allemagne nazie. Avec le colonel Paul Hauet, elle s'engage dans l'action clandestine et rejoint le groupe du Musée de l'Homme, l'un des premiers réseaux de résistance. A 34 ans, cette intellectuelle, fille des créateurs des Guides bleus, assure des reponsabilités de premier plan (filières d'évasion, renseignement, tracts et journaux...) Elle est arrêtée le 13 aout 1942, puis déportée à Ravensbrück, comme Nacht und Nebel c'est-à-dire vouée à disparaître dans "la nuit et le brouillard".

Libérée le 23 avril 1945, elle rapportera de déportation un livre collectif Ravensbrück, qui en 1946, explique le système concentrationnaire. Et également une opérette ! Le Verfügbar aux enfers ne sera joué pour la première fois qu'en juin 2007 au Théatre du Châtelet. Engagée dans la connaissance de la déportation, elle dénonce, dès 1949, le Goulag soviétique.

Ethnologue, formée par Marcel Mauss et Louis Massignon, elle est une spécialiste des Berbères. Avant guerre, elle effectue de nombreux séjours parmi les tribus d'Algérie, mais sa thèse est perdue lors de sa déportation. Elle publiera plus tard, en 1966, "le Harem et les cousins", considéré par les spécialistes comme un classique de l'ethnologie. De retour en Afrique du nord dans les années 50, elle constate la "clochardisation" des populations indigènes et s'engagera, en 1957, contre la pratique de la torture en Algérie. Gaulliste et catholique, elle servira à plusieurs reprises de contact entre les autorités françaises et les militants algériens.

Lorsqu'en 2000 la polémique resurgît sur la torture (l'affaire "Aussaresses"), Germaine Tillion signe l'appel des Douze, soutenue par le journal communiste l'Humanité. C'est dans L'Huma qu'elle expliquera le mieux sa position humaniste: "Il faut punir les actes mais (...) il faut avoir un peu pitié des gens qui les ont commis…"
http://www.liberation.fr/culture/322126.FR.php

Son parcours détaillé:
http://www.herodote.net/articles/article.php?ID=317
Ses combats:
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/01/RIPOLL/14673

« ...Je n'ai pas « choisi » les gens à sauver : j'ai sauvé délibérément tous ceux que j'ai pu, Algériens et Français de toutes opinions. Je n'ai ni cherché ni (certes) désiré les périls représentés par l'entreprise qui me fut proposée en juillet 1957: exactement, c'est l'entreprise qui est venue me tirer par la main.
« Il se trouve» que j'ai connu le peuple algérien et que je l'aime ; «il se trouve » que ses souffrances, je les ai vues, avec mes propres yeux, et «il se trouve » qu'elles correspondaient en moi à des blessures ; «il se trouve», enfin, que mon attachement à notre pays a été, lui aussi, renforcé par des années de passion. C'est parce que toutes ces cordes tiraient en même temps, et qu'aucune n'a cassé, que je n'ai ni rompu avec la justice pour l'amour de la France, ni rompu avec la France pour l'amour de la justice.» (lettre ouverte à Simone de Beauvoir, 1964- A la recherche du vrai et du juste, p.259)

la Colonisation vue par Fellag!


Petit extrait video corrosif sur la vision de la colonisation par Fellag. L'auto-dérision à son paroxisme!

Voir aussi sur son site la présentation de son nouveau spectacle: "Tous les Algériens sont des mécaniciens".
http://www.fellag.fr/

"Dans la rue, il suffit qu’un chauffeur ouvre le capot de sa voiture pour que des dizaines de passants s’agglutinent autour et pointent leur nez dans le moteur pour voir ce qui ne tourne pas rond là-dedans. Pendant que quelques-uns demandent au propriétaire malchanceux ce qui s’est passé exactement et se renseignent sur l’indice qui a précédé la panne, d’autres se penchent pour déterminer la provenance de la faille. Ils passent en revue les différents composants du moteur et instaurent un débat riche et contradictoire sur les origines et les raisons de l’incident.
Le moteur d’une voiture est le seul endroit du pays où la démocratie s’exerce en toute liberté, égalité, fraternité. Chaque citoyen quelle que soit sa tendance politique ou religieuse est libre d’émettre, sans risque, son avis et le confronter à ceux des autres. Vous pouvez être démocrate, apostat, islamiste, évangéliste, athée, hindouiste, scientologue, blanc, jaune, noir, un idiot international, un imbécile du Djurdjura ou un crétin des Alpes… devant un carburateur grippé, une batterie à plat, un radiateur qui fuit, la nature humaine renoue avec la fraternité originelle."

L'Algérie, les Chrétiens et la politique.


"Peut-on encore être chrétien en Algérie ? "(paru dans La Vie le 11,06,08). Question provocatrice d'actualité après le procès de plusieurs chrétiens accusés de "prosélytisme".
Réponse dépassionnée du Père Christian Delorme, incluant toutes les dimensions humaines, sociales, historiques et politiques souvent omises par les islamophobes.
Je précise qu'ayant rencontré et vécu 3 semaines avec les moines rescapés de Thibarine, ayant rencontré le biographe de Monseigneur Claverie (évèque d'Oran assassiné) ainsi que le Père Serge de Beaurecueil après ses années en Afghanistan, je partage les propos de Christian Delorme. Ils correspondent assez bien à ces expériences et témoignages vécu et/ou entendu par ces grands acteurs du 20ieme siécle de la rencontre et du partage de la vie avec l'Autre et ce, même en condition extrème (conflits, occopations guerre civiles, pauvreté etc...).

(...)Enfermer l’Algérie dans une image de société «anti-chrétienne» me paraît dangereux, parce que les attitudes d’hostilité aux chrétiens n’appartiennent pas à l’histoire de ce peuple ni au comportement de la majorité de sa population actuelle. Il peut paraître démesuré que les quelque trente-quatre millions d’Algériens puissent se sentir menacés dans leur identité et leur unité nationales, par l’existence de quelques centaines ou milliers de nouveaux chrétiens algériens, mais cela est exprimé. Nous devons l’entendre. Nous ne pouvons pas ignorer que l’Algérie est une nation neuve et encore fragile, même s’il y a une «histoire algérienne» qui a préexisté à la constitution de l’État-nation né de la résistance de l’émir Abd el-Kader puis de la lutte pour l’indépendance. Cette nation reste marquée par des particularismes régionaux très forts. Elle a encore connu ces dernières années des déchirements terribles qui ont causé, dit-on, quelque deux cent mille morts en moins de quinze ans. Outre la mémoire de la colonisation et celle de la lutte pour l’indépendance, qu’est-ce qui constitue, actuellement, le «ciment» fondamental de la nation algérienne, sinon l’islam ? Je ne crois donc pas qu’on puisse faire fi de la psychologie de toute une partie de l’opinion algérienne, du pourquoi de l’incompréhension qui entoure les chrétiens. Et je n’ignore pas davantage que ces peurs peuvent être utilisées facilement par certains secteurs du pouvoir algérien qui sont liés au fondamentalisme musulman, puisque le gouvernement actuel est une coalition de plusieurs partis différents. J’espère, bien entendu, de tout mon coeur que la société algérienne finira par accepter pleinement la liberté de conscience pour chaque individu, et que les chrétiens algériens ne seront plus regardés comme des «ennemis de l’intérieur», mais je mesure que cela ne va pas de soi. Loin de moi en tous cas l’idée que les Algériens qui ont fait une découverte particulière du Christ qui les a conduits à la foi chrétienne seraient «coupables» de la répression qu’ils connaissent !
Se pose aussi la question de la légitimité du prosélytisme, c’est-à-dire la légitimité de campagnes d’évangélisation dans des sociétés musulmanes. Cette question n’est pas facile. L’évangélisation est certainement un ordre du Christ Jésus. Le christianisme ne s’est-il pas diffusé grâce au «prosélytisme» et grâce au sang versé de milliers et de milliers de martyrs ? Si je regarde le Christ, je m’aperçois, cependant, qu’il n’annonce pas toujours «à temps et à contretemps» (pour reprendre une expression de saint Paul dans sa deuxième lettre à Timothée). Parfois il demande à ceux qui le confessent (notamment les démons !) de se taire. Et, au cours de l’histoire, les façons d’annoncer l’Évangile ont connu des visages extrêmement différents. En Algérie justement, durant la colonisation française puis après l’indépendance, les Églises (d’abord sous la pression du pouvoir politique français) ont renoncé au prosélytisme afin de sauvegarder la paix sociale, car la Paix est un des grands dons de Dieu. En ce qui concerne l’islam, de surcroît, peut-on ignorer que les musulmans ont déjà une connaissance du Christ, quand bien même celle-ci est en contradiction avec l’annonce chrétienne du Crucifié et du Ressuscité ?
Enfin, la cohabitation de plus en plus fréquente des chrétiens et des musulmans dans notre grand «village planétaire» va faire qu’il y aura de plus en plus des «passages» d’une foi à une autre, du christianisme à l’islam et de l’islam au christianisme. Puissions-nous apprendre à vivre tout cela paisiblement et positivement, en croyant que l’oeuvre de Dieu s’accomplit de façons multiples et même contradictoires !

article paru dans Le Monde du 03,06,08 par Christian Delorme:

Longtemps terre de convivialité interreligieuse, l'Algérie est en train de se retrouver, chez nous, au banc des accusés, à la suite de différentes mesures qui ont restreint, dans ce pays, l'exercice du droit de vivre pleinement sa religion pour les chrétiens de différentes dénominations.
Les récents procès intentés à Tiaret contre des personnes d'origine musulmane qui ont embrassé le christianisme de tendance évangélique valent désormais à l'Algérie d'être considérée, dans les pays occidentaux, comme un pays où les chrétiens sont persécutés. Cette situation est au moins autant dramatique pour l'Algérie, dont l'image se trouve ainsi salie, que pour les chrétiens en question.
(...)
Connaissant l'utilisation à son profit du christianisme évangélique que la puissance impériale américaine fait en divers pays du monde, les Algériens sont nombreux à craindre qu'existe une stratégie qui viserait à créer une minorité chrétienne dans leur pays, qui pourrait devenir un jour prétexte à des interventions militaires. Il y a certainement, derrière les difficultés faites actuellement aux chrétiens, des pressions exercées par certains Etats du Golfe ou de la péninsule Arabique, afin que l'Algérie affiche davantage son islamité aux portes de l'Europe. Mais il y a, également, ces peurs algériennes et une sensibilité particulière du peuple d'Algérie qui ne doivent pas être traitées par le mépris.

Dans cette situation, l'urgence se fait sentir d'une réflexion sereine sur la légitimité, ou non, du prosélytisme chrétien en terre d'islam. Car si l'on ne peut que défendre le droit de chaque individu à aller librement vers la foi de son choix, en revanche il peut paraître moins sûr que soient permises les tentatives de ramener à soi, par des techniques diverses, des hommes et des femmes appartenant à la foi musulmane. L'Evangile, certes, demande aux chrétiens d'annoncer le Christ, mais pas au prix du déchirement d'un peuple, pas au prix de l'engendrement de situations de violence. Ce furent, d'ailleurs, jusqu'à aujourd'hui, le "credo" et la pratique de Mgr Teissier comme du cardinal Duval, tous les deux des constructeurs de l'Algérie contemporaine.

Christian Delorme est prêtre du diocèse de Lyon, engagé de longue date dans le dialogue islamo-chrétien.
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/03/non-l-algerie-n-est-pas-antichretienne-par-christian-delorme_1053102_3232.html

mercredi 14 novembre 2007

Guy Môquet, Ahmed Zabana et les autres

(...)Guy Môquet, exécuté en 1941, n’a pas vécu les lendemains de la chute du nazisme. Pour autant, serait-il si hasardeux d’avancer qu’il aurait sans doute cheminé de conserve avec Lucie et Raymond Aubrac et les autres résistants qui ont lutté et luttent encore pour la fin de toutes les injustices, y compris quand leur propre pays y a une part ? Non, sans doute. Sans doute aurait-il reconnu comme un frère de combat Ahmed Zabana [1], militant de l’indépendance algérienne, premier résistant à mourir guillotiné en 1956, aux termes d’un simulacre de procès conduit par un tribunal colonial. Il aurait reconnu comme un frère celui qui déclarait, du fond de la sinistre prison Barberousse d’Alger : « Le savoir, c’est la vie la plus noble et l’ignorance, la plus longue mort ». Et comment n’aurait-il pas vu un écho de sa lettre émouvante dans cette dernière missive qu’adressa Ahmed Zabana à ses parents, à la veille de son exécution ?

"Mes chers parents, ma chère mère, Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu’il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin, et la mort pour la patrie n’est qu’un devoir. Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l’être le plus cher pour vous. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi.

Enfin, recevez les salutations d’un fils et d’un frère qui vous a toujours aimés et que vous avez toujours aimé. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu’à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheïra, Salah, Dinya et à toi, mon cher frère Abdelkader ainsi qu’à tous ceux qui partageront votre peine.

Allah est Le Plus Grand et Il est seul à être équitable.

Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur. Hmida (Surnom affectueux d’Ahmed Zabana.) .
"

Saluer la mémoire de Guy Môquet est nécessaire, à condition de ne pas l’inscrire dans une histoire exclusivement nationale mais dans celle du combat sans cesse renouvelé de l’humanité tout entière contre l’injustice, dans sa tension vers un avenir de dignité, d’égalité et de fraternité.
Le Quotidien d’ Oran, mardi 30 octobre 2007.
Brahim Senouci.

mardi 13 novembre 2007

Christian de Chergé, un testament d'Amour pour ses frères en Islam

Sept lumières dans la nuit de l'Atlas. Sept vies pour Dieu et l'Algérie. Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines de Notre-Dame-de-l'Atlas sont enlevés puis égorgés...Leur mort a bouleversé tout homme Parmi eux le frère Christian de Chergé, prieur de la communauté, 59 ans, moine depuis 1969, en Algérie depuis 1971....
http://www.touslespodcasts.com/annuaire/radio-tv/web-radios/339-episode239994.html

TESTAMENT DE DOM CHRISTIAN DE CHERGÉ:

Quand un A-DIEU s'envisage...

S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui -
d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant
tous les étrangers vivant en Algérie,
j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille,
se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.
Qu'ils acceptent que le Maître Unique de toute vie
ne saurait être étranger à ce départ brutal.
Qu'ils prient pour moi :
comment serais-je trouvé digne d'une telle offrande ?
Qu'ils sachent associer cette mort à tant d'autres aussi violentes
laissées dans l'indifférence de l'anonymat.
Ma vie n'a pas plus de prix qu'une autre.
Elle n'en a pas moins non plus.
En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance.
J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal
qui semble, hélas, prévaloir dans le monde,
et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.
J'aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité
qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu
et celui de mes frères en humanité,
en même temps que de pardonner de tout coeur à qui m'aurait atteint.
Je ne saurais souhaiter une telle mort.
Il me paraît important de le professer.
Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir
que ce peuple que j'aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.
C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la "grâce du martyre"
que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit,
surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'Islam. Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.
Je sais aussi les caricatures de l'Islam qu'encourage un certain idéalisme.
Il est trop facile de se donner bonne conscience
en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.
L'Algérie et l'Islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme.
Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu,
y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l'Évangile

appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église,
précisément en Algérie, et déjà, dans le respect des croyants musulmans.
Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison
à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste :
"qu'Il dise maintenant ce qu'Il en pense !".
Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.
Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu,
plonger mon regard dans celui du Père
pour contempler avec lui Ses enfants de l'Islam
tels qu'ils les voient, tout illuminés de la gloire du Christ,
fruit de Sa Passion, investis par le Don de l'Esprit
dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion
et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.
Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,
je rends grâce à Dieu qui semble l'avoir voulue tout entière
pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.
Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie,
je vous inclus bien sûr, amis d'hier et d'aujourd'hui,
et vous, ô amis d'ici,
aux côtés de ma mère et de mon père, de mes soeurs et de mes frères et des leurs,
centuple accordé comme il était promis !
Et toi aussi, l'ami de la dernière minute, qui n'aura pas su ce que tu faisais.
Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet "A-DIEU" en-visagé de toi.
Et qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux,
en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux. AMEN !
Insha 'Allah !

Alger, 1er décembre 1993
Tibhirine, 1er janvier 1994
Christian
(soit quelques semaines avant sa mort)

les 7moines de Tibhirrine
http://www.ocso.org/HTM/7atls-fr.htm
Eglise catholique d'Algerie:
http://www.ada.asso.dz/index.htm