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lundi 26 mai 2014

Les chrétiens sont-ils persécutés au Moyen-orient?

Les évêques catholiques résidant en Palestine, Israël et Jordanie ont signé un communiqué
au sujet de la persécution des chrétiens au Moyen Orient.


Persécution : Dans de nombreuses parties du monde occidental, ce mot est sur ​​toutes les lèvres. On ne cesse de dire qu’aujourd’hui les chrétiens sont persécutés au Moyen-Orient. Mais, que se passe-t-il réellement ? Comment, en tant que chrétiens et en tant qu’ Eglise, parler en toute vérité et intégrité de la souffrance et de la violence qui sévit dans la région ?

Il ne fait aucun doute que les récents bouleversements du Moyen-Orient, d’abord appelés « printemps arabe », ont ouvert la voie à des groupes extrémistes et à de nouveaux rapports de force qui, au nom d’une interprétation politique de l’islam, font des ravages dans de nombreux pays , en particulier en Irak , en Egypte et en Syrie . Il ne fait aucun doute non plus que nombre d’extrémistes considèrent les chrétiens comme des infidèles, des ennemis, ou encore des agents de puissances étrangères hostiles ou comme une cible facile à extorquer.

Cependant, au nom de la vérité, nous devons souligner que les chrétiens ne sont pas les seules victimes de cette violence et de cette sauvagerie. Les musulmans laïques, tous ceux nommés «hérétiques», « schismatiques» ou simplement « non – conformistes » sont également attaqués et assassinés dans ce même chaos. Là où les extrémistes sunnites sont au pouvoir, les chiites sont massacrés. Là où les extrémistes chiites dominent, les sunnites sont tués. Oui, les chrétiens sont parfois touchés précisément parce qu’ils sont chrétiens, parce que leur foi est différente et parce qu’ils ne sont placés sous aucune protection. Cependant, en ces temps de violence où règnent la mort et la destruction, ils sont des victimes qui viennent s’ajouter à tous ceux, très nombreux, qui souffrent et qui meurent. Comme beaucoup d’autres, ils sont chassés de leurs maisons et deviennent réfugiés, partageant la même misère noire.

Ces soulèvements ont commencé parce que les peuples du Moyen-Orient rêvaient d’un nouvel âge de dignité, de démocratie, de liberté et de justice sociale. Les régimes dictatoriaux, qui auparavant garantissaient «l’ordre et la loi», mais au prix terrible de la répression militaire et policière, sont tombés. Avec eux, l’ordre qu’ils avaient imposé s’est écroulé. Les chrétiens vivaient dans une relative sécurité sous ces régimes dictatoriaux. Ils craignaient que, une fois le pouvoir autoritaire renversé, des groupes extrémistes semant le chaos prennent le dessus et s’emparent du pouvoir, au moyen de la violence et de la persécution. Par conséquent, certains chrétiens ont eu tendance à défendre ces régimes. Au lieu de cela, la fidélité à leur foi et leur préoccupation pour le bien de leur pays, auraient du peut-être les amener à parler beaucoup plus tôt, à dire la vérité et à en appeler aux réformes nécessaires, en vue de plus de justice et de respect des droits de l’homme, et à prendre position aux côtés de nombreux chrétiens et musulmans courageux qui ont su parler.

(...)La répétition du mot «persécution» dans certains milieux (pour désigner habituellement uniquement les souffrances endurées par les chrétiens aux mains de criminels qui se déclarent musulmans), sert aux extrémistes, chez nous comme à l’étranger, dont le but est de semer la haine et les préjugés, et de monter les peuples et les religions les uns contre les autres.
(...)Nous prions pour que Dieu leur permette de voir la bonté qu’Il a mise dans le cœur de chacun. Puisse Dieu transformer chaque être humain dans la profondeur de son cœur. Qu’Il nous permette d’aimer chaque être humain comme Dieu Lui-même l’aime, Lui qui est le Créateur et qui aime chacun. Notre seule protection est en notre Seigneur et comme Lui, nous offrons nos vies pour ceux qui nous persécutent, ainsi que pour ceux qui, avec nous, prennent position pour défendre l’amour, la vérité et la dignité.
Jérusalem, le 2 Avril 2014
http://www.relations-catholiques-musulmans.cef.fr
Dossier complet sur les chrétiens d'Orient dans LA-CROIX.COM

Le principe même de cette lettre, qui est adressée aux occidentaux, interpelle!

Pourquoi les responsables de l'Eglise d'Orient souhaitent nous écrire à ce sujet, puisqu'il nous parait si évident que le "chrétien d'Orient" (entité monobloc qui regroupe si l'on creuse  mille et une facettes ) est en souffrance?
Une souffrance  historique et grandissante qui a pour conséquence l'exode. Et selon certains médias, seuls les chrétiens quitteraient un Orient terrorisé etc..... 

C'est parce que nous entendons trop cette odieuse litanie  dans nos paroisses catholiques et cathodiques  d'indignation sélectives, qui éveille des notions de peurs, de replis identitaires, sinon de violence. 
Je m'insurge à chaque fois que j'entends une intention de prière sélective, communautaire. Comme si Dieu, n'entendait que des prières de chrétiens destinées seulement aux autres chrétiens. Est-ce cela  le message des Béatitudes? 
L'immense majorité des morts en Irak , en Syrie, fut de confession musulmane. Que vaut la souffrance d'un musulman à nos yeux? Notre Christianisme s'arrête au monde chrétien? Faut il segmenter, communautariser les souffrances? 
Cette position victimaire profite à une certaine Eglise autochtone qui tient à son pouvoir local coûte que coûte, comme le patriarcat orthodoxe sous l'ère soviétique. Mais aussi à certains partis politiques occidentaux. Les "identitaires".
La dialectique populiste mensongère du Front National surfe sur ces sentiments et sucite des adhésions auprès d'un électorat catholique qui mélange, enjeux politiques, contextes géoplitiques, difficultés sociales économiques ailleurs.  Et quoi de plus facile!
D'où l'urgence de ce texte des leaders de ces communautés.
Le ressenti est plus fort que les faits, surtout à des milliers de kilomètres de ceux-ci.
La haine de l'autre est un des moteurs du néo-paganisme fasciste qu'est l'extrème Droite. L'Islam est devenu l'ennemi public numéro 1, source de tous les malheurs de la France. Alors partout sur terre où l'on peut dénicher un conflit, une violence d' un groupe identifié, apparenté, ou se référant de l'Islam est un argument de plus. Et tant pis , si nos voisins, commerçants, employés, deviennent des complices d'al Qaeda ou de Boko Aram. Ce qui compte c'est de faire le lien par le Coran, les racines idéologiques supposées communes. 

 Le raccourcis et l'imposture intellectuelle d'analyse sont flagrantes. Les grandes figures spirituelles qui ont été elles-mêmes victimes du terrorisme comme Christian de Chergé  ont réfuté de la plus grande force ce regard dégradant, humiliant pour leurs frères d'Islam.

En voici un extrait  sublime de sa prière testamentaire:
"L'Algérie et l'islam, pour moi, c'est autre chose, c'est un corps et une âme. Je l'ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j'en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit-fil conducteur de l'Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Eglise, précisément en Algérie, et, déjà, dans le respect des croyants musulmans. Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m'ont rapidement traité de naïf, ou d'idéaliste : "Qu'il dise maintenant ce qu'il en pense !" Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité. Voici que je pourrai, s'il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l'islam tels qu'il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de sa Passion, investis par le don de l'Esprit dont la joie secrète sera toujours d'établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences."
Christian de Chergé - Alger, 1er décembre 1993. Tibhirine, 1er janvier 1994  
http://www.citeaux.net/wri-av/cherge-islam.htm
http://www.ocso.org/
http://www.netforgod.tv/s/perm.php?dt=09_10&lg=DE
http://oumma.com/Une-lecture-musulmane-du-Testament

Site identitaires:
http://www.islamisme.fr/marine-le-pen-inquiete-des-persecutions-anti-chretiennes/
http://www.fdesouche.com/459437-marine-le-pen-inquiete-des-persecutions-anti-chretiennes
http://fninfos.fr/?tag=chretien

lundi 24 mars 2008

Le 11 Septembre 2001, la guerre de Civilisation, la guerre contre la terreur...

Avec l’effondrement hautement symbolique des tours du commerce et la destruction partielle du Pentagone, ce sont deux grandes illusions qui sont parties en fumée mardi 11 septembre. Illusion d’un sanctuaire américain imperméable à des attaques militaires ou terroristes menaçant ses centres vitaux. Illusion, surtout, d’un nouvel équilibre mondial sous le contrôle de la super puissance américaine. Depuis la chute du mur de Berlin, beaucoup vivaient en effet dans le sentiment euphorique que le monde occidental avait triomphé de son dernier adversaire et que ses valeurs - la démocratie, l’économie de marché - l’avaient définitivement emporté. C’était oublier que nous vivons assis sur un volcan : celui de l’incroyable inégalité des richesses entre les pays du Nord et les pays du Sud, celui de la rancune et des séquelles issue de l’ère coloniale, celui de la tragédie du conflit israélo-palestinien et du sentiment légitime de révolte qui habite de nombreux arabes solidaires des palestiniens.
Sommes nous dès lors entrés dans la troisième guerre mondiale, comme on le lit un peu partout, entre le bloc occidental chrétien et le bloc arabe musulman ? Il me paraît aujourd’hui plus juste de parler d’un conflit sans merci entre la quasi totalité des Etats du monde et des réseaux terroristes islamistes d’autant plus radicaux qu’ils se sentent de plus en plus isolés au sein même du monde musulman, dont tous les Etats - à l’exception de l’Irak - ont condamné les attentats du 11 septembre. Faut-il rappeler aussi que le pays qui souffre le plus avec Israël de la barbarie du terrorisme islamiste est un pays à très forte majorité musulmane : l’Algérie, dont la population subit quotidiennement les attaques atroces du GIA. La grande question qui se pose maintenant, et qui pourrait modifier profondément l’équilibre actuel du monde, c’est la nature et l’ampleur de la riposte américaine. Une réponse militaire ciblée qui éliminerait les principaux responsables des attentats et qui s’accompagnerait d’un effort diplomatique intense vis à vis des pays arabes et notamment des palestiniens, éloignerait les risques de nouveaux attentats aussi meurtriers. Mais une réponse trop brutale et disproportionnée, qui s’accompagnerait de surcroît d’un abandon des palestiniens à une politique totalement répressive du gouvernement Sharon aurait un effet désastreux : il ressouderait les divers pays arabes contre les Etats-Unis et, alors seulement, on pourra parler du danger d’un conflit généralisé entre l’Occident et le monde musulman. C’est évidemment ce qu’espèrent les auteurs de ces attentats. Ne tombons pas donc aujourd’hui dans une troisième illusion : celle d’une riposte militaire susceptible d’éradiquer le mal sur la terre et de nous mettre à l’abri de toute nouvelle menace terroriste d’envergure. Lorsqu’il parle d’une grande croisade « des forces du bien contre les forces du mal », G. Bush utilise le même langage naïf et manichéen que celui de l’Ayatollah Khomeiny ou de Ben Laden. Puisque nous parlons d’un combat de la civilisation contre la barbarie, prouvons que nous sommes civilisés, c’est à dire capables de dépasser un sentiment de colère légitime devant une telle atrocité et un désir de vengeance aveugle pour analyser les causes profondes du problème, acceptant aussi de remettre en question un modèle de développement profondément injuste. Tant que nous ne nous attaquerons pas à la racine du mal, nous serons toujours menacés par des kamikazes qui n’ont rien à perdre, vouant à l’Occident - non sans raison - une haine mortelle, convaincus que leur geste sert Dieu et leur fera gagner le paradis des justes.
Le Monde, 13 Septembre 2001.

jeudi 14 février 2008

L'Iran, le Moyen-Orient, par Pascal Boniface

Quelles réponses pour une meilleure sécurité dans la région méditerranéenne ? Chaque spécialiste a apporté la réponse en fonction de sa culture et de ses propres engagements. Pascal Boniface, directeur de l'IRIS, a traité de la crise iranienne, ses origines, ses enjeux et ses solutions. Il nous a accordé l'entretien suivant.

Georges Bush est devenu président et on assiste en janvier 2002 au discours sur l'axe du mal qui désigne nommément l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord comme le mal absolu et dont les régimes devaient être abattus. Comment ont réagi les Iraniens ?
La société iranienne était dans une profonde mutation. Les restrictions sociales et celles aux libertés individuelles dans ce pays où 50% de la population a moins de 25 ans étaient mal acceptées. Les Iraniens sont extrêmement bien formés, en contact avec le monde extérieur. Ils aspirent à des changements de régime de l'intérieur mais certainement pas imposés par les Etats-Unis qui, avec George Bush, apparaissaient comme les ennemis du monde musulman.Le discours américain a eu pour effet de renforcer le camp des durs en Iran et de rapprocher les différentes composantes politiques au gouvernement quels que soient les reproches que l'on pouvait lui faire. Les menaces extérieures ont eu pour effet de ressouder les Iraniens. La guerre contre l'Irak avaient déjà agi dans ce sens sur la société iranienne et personne, dans ces cas de figure, ne voulait apparaître comme complice des Américains Dans la dernière guerre de l'Irak, c'est l'Iran et le camp des durs, les partisans d'un durcissement, qui ont gagné en pariant sur la menace extérieure. C'est ainsi que l'Iran s'est radicalisé mais les Iraniens ont tenté un rapprochement avec l'Occident en proposant des négociations globales aux Etats-Unis. Ces derniers ont refusé en disant que si les Iraniens voulaient négocier c'est parce qu'ils étaient en position de faiblesse. La question qui se posait en fait était de savoir quel pays, la Syrie ou l'Iran, qui allait être attaqué après l'Irak. Quand la situation en Irak s'est dégradée, la position des Américains a été de demander à l'Iran de négocier soit sur le dossier irakien, soit sur le dossier nucléaire mais pas de façon globale. On demandait en fait aux Iraniens, qui ne sont pas néophytes, de négocier sur leurs deux atouts et de ne pas négocier globalement notamment sur les restrictions commerciales, le rétablissement des relations diplomatiques et l'arrêt des menaces.

Une dernière question sur le désastre du Moyen-Orient ?
Dans la plus grande indifférence générale. On parle toujours du droit à la sécurité d'Israël, certes, mais il y a aussi le droit à la sécurité des Palestiniens qui vivent dans une immense prison à ciel ouvert. Même si l'on déplore le tir des roquettes dans la ville d'Eron ou les actes desdits terroristes, quand on compare le nombre des morts, il est nettement plus important du côté palestinien. Nous sommes dans une situation, après la rencontre d'Annapolis, où il y a une absence de volonté israélienne d'avancer, un soutien américain qui ne s'est jamais démenti et le même silence des pays européens et des pays arabes.

lundi 12 novembre 2007

"Orient-Occident, la fracture imaginaire",Georges Corm

Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York, les discours sur le choc à venir des civilisations orientale et occidentale, inspirés des écrits du professeur Samuel P. Huntington, se multiplient. Le débat se focalise également sur l’évolution du rôle et du statut des Etats-Unis dans les relations internationales contemporaines et tend à se polariser de façon schématique autour de deux axes : un axe « pro-américanisme/anti-américanisme », d’une part, un axe « déclin américain/hyperpuissance américaine », d’autre part. Si la pertinence de la polarisation des recherches actuelles autour de ces deux axes est légitime et nécessaire en raison de l’évolution apparente des relations internationales et de son indéniable capacité explicative liée à la lecture binaire qu’elle donne de la réalité, elle pose néanmoins deux problèmes majeurs : d’une part, elle induit implicitement l’acceptation comme postulat préalable de la théorie « huntingtonienne » du choc de civilisations à venir ; d’autre part, elle a tendance, au regard du foisonnement des discours s’inscrivant dans cette polarisation, à devenir globalisante et à laisser peu de place aux écrits qui s’inscrivent en rupture par rapport à cette explication de la réalité contemporaine. Tel est le cas de l’ouvrage de Georges Corm.
Economiste international et ancien ministre des Finances du Liban, Georges Corm est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés au problème de développement et, plus particulièrement, au monde proche-oriental, parmi lesquels il faut retenir Le Proche- Orient éclaté, 1956-1991 (1983), Géopolitique du conflit libanais (1986), L’Europe et l’Orient (1989), Le Proche-Orient éclaté II, 1991-1996 (1997) et La Méditerranée, espace de conflit (2001). Praticien et spécialiste érudit du monde méditerranéen, Georges Corm s’interroge dans cet essai sur les origines historiques, religieuses, philosophiques et politiques de la revivification, depuis le 11 septembre 2001, de ce mythe ancien toujours en construction, de la fracture entre Orient et Occident, fracture selon lui imaginaire.
Le livre de Georges Corm se caractérise par le fait que, comme l’écrit lui-même l’auteur, il n’a pas pour ambition de démonter les mécanismes, les stratégies et les carences qui ont provoqué la réalisation de ces attentats, ni de s’interroger directement sur l’évolution du rôle des Etats-Unis sur la scène mondiale. Pour G. Corm, les attentats terroristes du World Trade Center, plus que par le nombre des victimes et l’ampleur des dégâts provoqués, ont marqué les esprits par la symbolique des images qu’ils ont forgées et des mythes qu’ils ont contribués à renforcer. Ainsi, sur la base de ce constat, le but de l’auteur est de tenter « d’inverser la symbolique négative du 11 septembre qui domine jusqu’ici », symbolique négative dont il convient de « démystifier certains des comportements ou des postures intellectuelles que les événements du 11 septembre ont cristallisés dans les psychologies collectives ».
Les causes de cette fracture imaginaire trouvent leurs origines, selon G. Corm, dans la conjonction de différents discours qui aboutissent à la construction d’une réalité apparente qui se structure sur cette dichotomie Orient/Occident. Cette lecture en termes d’oppositions et de ruptures se nourrit tout d’abord d’une approche intellectuelle occidentale du monde, structurellement binaire et réductrice, fondée sur les oppositions « Est contre Ouest », « Bien contre Mal », « nature contre culture », « sacré contre profane », « individuel contre collectif », « monde primitif contre monde civilisé », « Orient contre Occident ». Le renouveau, au tournant du XXIe siècle, d’une lecture binaire et simplificatrice du monde, que l’on croyait dépassée depuis la disparition de l’URSS, traduit également l’échec de la notion de « Tiers monde », concept qui, forgé durant les années soixante, induisait la complexité du monde en s’opposant à la lecture binaire qui en était faite. De plus, la fracture repose, pour Georges Corm, sur une approche géopolitique du bassin méditerranéen envisagé comme « épicentre de la fracture entre Orient et Occident ». Cependant, la réalité géographique, historique et culturel est plus complexe, car s’il fut et reste un lieu d’opposition, le bassin méditerranéen a été et demeure surtout un creuset, un lien, un pont inter-civilisationnel, au sens saint-simonien du terme, entre Orient et Occident.
G. Corm insiste également sur l’importance fondamentale d’une autre opposition binaire, fondatrice dans l’élaboration intellectuelle de la rupture imaginaire entre Orient et Occident, à savoir le mythe de la division du monde entre Aryens et Sémites. Ce mythe, forgé à l’origine par les linguistes occidentaux, puis porté à son paroxysme, suite à un long processus de recherches et de vulgarisation scientifique, sous la forme de l’idéologie nazie, traduit la volonté de purifier et couper les liens historiques, généalogiques et religieux avec une région et des populations dont une part importante de l’identité occidentale est pourtant originaire.
De même, depuis la chute de l’Empire soviétique et la disparition des idéologies communistes, l’Occident fait fausse route en instrumentalisant, dans son aspect le plus négatif et le plus réducteur, la philosophie des Lumières. L’occidentalisation du monde provoque un attrait souvent proche de la fascination et une répulsion souvent proche de la haine chez les populations non occidentales, notamment chez les populations arabo-musulmanes. Ce processus aboutit à la célébration d’un individualisme lui aussi mythifié, qui ne définit d’ailleurs pas la réalité autant que la prégnance idéologique et médiatique de ce mythe dans nos sociétés pourrait le laisser supposer. Il en résulte le développement d’un narcissisme ethnocentrique, qui induit un sentiment de supériorité paradoxalement et parallèlement lié à la perte, par l’Occident, du sens à donner à l’utilisation de sa puissance qui la confronte au spectre du mythe de sa décadence. Cette évolution se traduit par le renouveau du fait religieux au sens wébérien, qui aboutit à la réincarnation de ces archétypes religieux dans les idéaux laïques. Il s’agit en réalité d’une « laïcité en trompe-l’oeil », qui fait de l’islam « le nouveau paria du monothéisme », en raison de son refus de la laïcité occidentale, alors que cette dernière est pourtant elle-même irriguée de christianisme.
Ce discours paradoxal et quasi paranoïaque de l’Occident sur lui-même lui fait quitter peu à peu les rivages de la Raison et de l’esprit critique, Raison et esprit critique qui ont fait et font sa force véritable. L’Occident semble vouloir, ou devoir, s’imprégner d’irrationalité, ce qui, avec le soutien et le concours des extrémistes musulmans, rend la fracture Orient-Occident de moins en moins imaginaire. Les moyens de combattre et de lutter contre ce processus de construction de la réalité existent pourtant : il s’agit de retourner avec humilité aux sources de la Raison des Lumières et de l’esprit critique, en les adossant à une laïcité véritable et revivifiée. Georges Corm tente ainsi « de calmer les fièvres et les peurs cachées » en luttant contre l’irrationalité par la Raison. Un problème majeur se pose néanmoins : celui de l’instrumentalisation de l’irrationalité potentialisée par la symbolique du 11 septembre, non pas par la Raison des Lumières, mais par la raison d’Etat. Une utilisation rationnelle de l’irrationnel par la raison d’Etat au service de la puissance de ces mêmes Etats. C’est sans doute l’une des mises en garde majeure de l’ouvrage de G. Corm, qui prend tout son sens dans le contexte international actuel et à venir.

contradiction:
http://www.soufisme.org/site/article.php3?id_article=163

mardi 7 août 2007

Les choix de l'Occident au Moyen-Orient: corruption et occupation

Les ambiguité des politiques menées par les occidentaux au Moyen-Orient .
Lire l’aticle de Robert Fisk(qui ecrit régulièrement pour The Independant) intitulé :

Le salaire de la corruption et de l’occupation
mardi 19 juin 2007

Qu’ils sont pénibles ces musulmans du Moyen-Orient! D’abord, nous demandons aux Palestiniens d’adopter la démocratie et ils élisent le mauvais parti - le Hamas -, puis le Hamas gagne une mini guerre civile et il préside sur toute la bande de Gaza. Et nous, les Occidentaux, nous tenons toujours à négocier avec le Président déconsidéré Mahmoud Abbas. Aujourd’hui, la « Palestine » - gardons les guillemets - a deux Premiers ministres. Bienvenue au Moyen-Orient.

←-Ismaël Haniyeh du hamas- Avec qui pouvons-nous négocier ? A qui parler ? Evidemment, nous aurions dû parler avec le Hamas depuis des mois. Mais nous n’avons pas aimé le gouvernement démocratiquement élu du peuple palestinien. Celui-ci était censé voter pour le Fatah et sa direction corrompue. Mais il a voté Hamas, lequel refuse de reconnaître Israël ou de respecter les accords d’Oslo complètement discrédités.

Personne - de notre côté - n’a demandé quel Israël, précisément, le Hamas était supposé reconnaître. L’Israël de 1948 ? L’Israël dans les frontières de l’après 1967 ? L’Israël qui construit - et continue de construire - d’immenses colonies pour juifs, et juifs seulement, sur la terre arabe, engloutissant toujours plus les 22% de la « Palestine » qui restent à négocier ?

←- Mahmoud Abbas- Et aujourd’hui, nous devons parler avec notre fidèle policier, Mr Abbas, notre leader palestinien « modéré » (comme la BBC, CNN et Fox News l’appellent), un homme qui a réussi à écrire un livre de 600 pages sur Oslo sans mentionner une seule fois le mot « occupation », qui se réfère toujours au « redéploiement » d’Israël plutôt qu’à son « retrait », un « leader » en qui nous pouvons avoir confiance car il porte une cravate et il est reçu à la Maison Blanche, et qui dit de bonnes choses. Mais les Palestiniens n’ont pas voté Hamas parce qu’ils voulaient une république islamique - comme telle sera présentée la victoire sanglante du Hamas - mais parce qu’ils en avaient assez de la corruption du Fatah de Mr Abbas, et de la nature malsaine de l’ « Autorité palestinienne ».

Je me souviens, il y a des années de cela, avoir été appelé chez un officiel de l’AP dont les murs venaient juste d’être transpercés par un obus de char israélien. C’était vrai. Mais ce qui m’avait frappé, c’était les robinets plaqués or de sa salle de bain. Ce sont ces robinets - ou tout autre chose du même genre -, qui ont coûté les élections au Fatah. Les Palestiniens voulaient que cesse la corruption - le cancer du monde arabe -, alors ils ont voté Hamas et nous, les vrais sages, les bons Occidentaux, nous avons alors décidé de les punir et de les priver de nourriture, et de les impressionner pour avoir exercé un vote libre. Peut-être proposerions-nous l’adhésion de la « Palestine » à l’Union européenne si elle était assez aimable de voter pour les bonnes personnes ?

Dans tout le Moyen-Orient, c’est pareil. Nous soutenons Hamid Karzai en Afghanistan alors qu’il garde des seigneurs de la guerre et des barons de la drogue dans son gouvernement (à propos, nous sommes vraiment désolés pour tous ces civils afghans innocents que nous tuons dans notre « guerre contre le terrorisme », dans les déserts de la province Helmand).

Robert Fisk
http://revoltes.free.fr/spip.php?article1387
http://www.counterpunch.org/fisk06162007.html