Affichage des articles dont le libellé est extrème droite. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est extrème droite. Afficher tous les articles

lundi 22 avril 2013

La manifestation, les catholiques et les bonnets phrygiens!


"On lache rien!" entonnent les manifestants! Le slogan venant d'un tube d'HK et Samples Saltinbanks alter-gauchos, diffusé en boucle dans les cortèges mélanchoniens et repris sans gène aujourd'hui, de Versailles à Neuilly sur Seine! La musique est chaleureuse, entrainante, et fait vite oublier les paroles et le contexte politique d'origine!
Barjot invite à manifester aux cotés de Melanchon, le populiste d'extrème gauche, après avoir embrassé Maitre Collard, le populiste d'extrème droite hier. 
Jusque là, on n'est pas étonné des affinités politiques et populistes de ce mouvement réactionnaire et conservateur. Je pose la question aux manifestants guillerts:  sentez-vous poindre une confusion? Celle de marcher dans la rue, à droite, avec des symboles très ancrés à gauche? Celle d'une France républiquaine et démocrate appaisée mains dans la main avec des partis extrémistes et populistes?

"Nous devenons des pros de la manifestations, alors que nous n'avions jamais manifesté", entend on sur les ondes. La rue exutoire des rancoeurs (élections perdues, non représentativité proportionnelle parlementaire) devient le modèle  d'expression et d'action pour ces gens, aux visages si dociles en apparence. Cette rue criarde que  les gens de Droite, pourtant haïssait...
L'anti-parlementarisme est une forme de populisme notoire. Rejeter la légitimité de ceux qui nous représentent, les députés de notre assemblée  est inquiétant. A ce jeu l'UMP, qui à fait de ces manif un cataliseur politique et un marqueur idéologique adressé à l'électorat extrèmiste, mène le cortège, au propre comme au figuré. Ce montre aussi comme ce sujet dont on me jurait qu'il n'était pas politique est en fait hyper politisé, les organisateurs eux mêmes créant leur parti et iront proposer des listes aux cantonales! L'UMP n'est pas uniquement porté par ceux qui crient le plus fort. Ceux là, tentent d'exiter pour exister. Comme le disait Marine Le Pen, c'est bien elle qui donne le ton idéologique et les Buissons qui courent après, sans idées, ni projet, la bosse du coup de massue d'une défaite politique et idéologique derrière la tête.

Mais il y a plus étonnant, et des voix s'élèvent enfin. Même au coeur des intellectuels de droite comme l'historien, Jean Sévillia:
"On y voit apparaitre des symboles révolutionnaires. ce qui représentent la Terreur qui a tué tant de gens du clergé et de l'aristocratie:"[...] Le bonnet phrygien, devenu l’emblème du mouvement révolutionnaire en 1790, s’impose fin 1792, son usage culminant jusqu’à la réaction thermidorienne de 1794. C’est-à-dire que ce couvre-chef incarne peu ou prou la Terreur et même la Grande Terreur, qui est sans doute un des moments les plus tragiques de notre histoire.(...)
Quand je vois un bonnet phrygien, je pense à ces prêtres et à ces religieuses que Carrier, à Nantes, déshabillait et liait nus, l’un à l’autre, l’un face contre l’autre pour être précis, sexe contre sexe, avant de les noyer dans la Loire. Ce charmant adepte de l’Égalité appelait cela un « mariage républicain ». Parenthèse : détourner la symbolique du mariage n’est donc pas nouveau… 
"coeur sacré de Jésus" , symbole vendéen contre-révolutionnaire
Quand je vois un bonnet phrygien, je pense à ce curé vendéen à qui des soldats, sans doute partisans de la Fraternité, avaient tranché les deux mains avant de répandre dans l’auge à cochons le contenu du tabernacle de son église. Ce martyr a été retrouvé accroupi devant l’auge, les deux avant-bras collés contre terre afin de tenter d’arrêter l’hémorragie, et lapant dans l’auge, s’efforçant de disputer aux cochons les hosties consacrées. [...]"

"Sans bonnet phrygien, la manif est plus belle..." titre même un site catholique intégriste  visé par une enquète judiciaire  pour connaissances et avoir diffusé  des informations trop précises sur les déplacements des ministres , dans le cadre des actions quotidiennes militantes (cf, le journal du Dimanche de ce week-end).

Le comble de l'ironie et la confusion des symboles poussée au paroxysme est le  bonnet phrygien rose. Rose "gay friendly" attitude. S'attirer la sympathie des téléspectateurs. Camoufler le rouge sang du bonnet par une couleur guimauve,  enfantine, naïve. C'est camoufler le réel d'une violence de l'inégalité en droite et devoir et c'est camoufler l'inversion des symbôles.
Aussi, Barjot invite l'UOIF à manifester. Là aussi, il y a pour l'opinion des manifestants, une confusion incroyable. Marcher à coté de femmes en Niqab? Les inviter dans la rue? (alors que la veille on les interdisait de prier dans la rue et exigeait d'enlever leurs voiles pour être conformes  aux traditions françaises et de  notre laïcité... Belle intégration! Conforme finalement avec les opinions qui se ressemblent...

Avec les appels au sang de la "Rigide Fardeau"(regrettés après, mais est-ce  responsable et suffisant?), on se demande si les cathos utiliseront la guillotine comme symbole de leur combat en Mai prochain!
Le mélange des symboles vendéens et révolutionnaires est inquiétant. Pauvreté des slogans, arguments, une confusion des symboles qui révèle une perte de sens et donc des valeurs.

C'est une régression civilisationnelles que de voir des gens de valeurs catholiques utiliser des arguments et des symbôles païens révolutionnaires. Inviter l'extrème droite c'est inviter des valeurs du néo-paganisme occidental, dans toutes ses composantes contradictoires (régionalistes, nationalistes (avec ou sans l'Europe) sociales nationalistes, royalistes avec Maurras).
Le rassemblement de la "Nouvelle Droite" et de "l'Ancienne Droite", sur les braises de la Révolution, catarsis de la perte de sens et des valeurs de cette partie des français.

Documents:

Perversion homophobe de la démocratieEric Fassin(Sociologue, université Paris-VIII) Paru dans LeMonde du 24 Avril 2013.


(...)On assiste donc à l'inversion rhétorique de la démocratie pour expliquer, voireexcuser l'homophobie, qui sort avec virulence du placard républicain.
(...)Une deuxième explication renvoie à la droite. Sous prétexte de contenir le Front national, elle en reprend les thématiques xénophobes et islamophobes. En réalité, au lieu de toucher à l'empire des marchés, c'est l'interprétation qu'elle offre au peuple de sa colère. La lutte contre l'immigration subie fut ainsi la réponse donnée par Nicolas Sarkozy au rejet par référendum du traité constitutionnel européen en 2005. L'identité nationale n'est donc que l'autre face de la politique néolibérale. C'est d'ailleurs faute d'avoir rompu avec les options économiques de la droite que la gauche reconduit sa politiqued'immigration.
Quel rapport avec le mariage pour tous ? La racialisation de la nation qu'entraîne la course vers l'extrême droite a pour corollaire la biologisation de lafamille. C'est une même bataille pour la naturalisation de l'ordre social qui se joue dans les deux registres. Selon le code civil, la filiation ne définit-elle pas à la fois la parenté et la nationalité ? Le langage des origines s'y déploie simultanément ; et comme pour compenser ce lexique de la "souche" ou du "sang" français, de la "vérité" biologique ou de la "vraisemblance", jamais la droite n'a tant parlé de démocratie.
La troisième raison tient à l'ordre sexuel. Pourquoi l'Eglise catholique s'est-elle engagée dans cette croisade, déjà amorcée en 2011 contre la "théorie dugender(sic) ? L'enjeu, c'est la "démocratie sexuelle" – soit l'extension du domaine démocratique, avec ses revendications de liberté et d'égalité, aux questions de genre et de sexualité. L'ordre social est-il tout entier sujet à la délibération démocratique, ou bien peut-on encore y préserver un fondement qui échappe à l'histoire et à la politique ? Pour les Eglises, la question est d'importance : si la société ne se définit plus par une autorité transcendante, mais s'institue elle-même en proclamant son immanence, quel contrôle leur concédera-t-elle ?
Aussi la nature biologique devient-elle le refuge de la transcendance : contre le mariage pour tous, l'ancien grand rabbin Gilles Bernheim avait emprunté (sans guillemets) l'expression "écologie humaine" à Benoît XVI ; en retour, celui-ci l'a cité au moment de défendre les "forêts tropicales" du mariage hétérosexuel. Sans doute cette contre-attaque, qui confond Dieu avec la nature, est-elle paradoxale : si on la croit naturelle, pourquoi redouter l'effondrement de l'hétérosexualité dès lors qu'elle ne serait plus instituée par l'Etat ? Et qu'est-ce qu'une institution naturelle ?
La hiérarchie catholique aurait pu s'engager dans des combats moins partisans. Ainsi, la persécution des Roms est indifféremment menée par la droite et la gauche ; pourtant, nonobstant la charité chrétienne, il n'en est pas question dans les manifestations et prières de rue. Privilégier la lutte contre la démocratie sexuelle, c'était choisir l'alliance avec l'opposition. Or, en l'absence de discours alternatif à gauche, c'est contribuer à saper la démocratie elle-même : la dérive de l'Eglise légitime celle de la droite qui la cautionne en retour. "Agonie de la démocratie" ? Espérons que la farce de l'inversion ne se répétera pas en tragédie.


La radicalisation s'enracine-t-elle à droite? (Dossier paru dans LeMonde.fr)


Le "printemps français", une voie entre FN et UMP
(...)C'est la démocratie représentative fondée sur le contrat social. Dans la critique ci-dessus énoncée, la gauche est attaquée la première mais la droite modérée ne l'est presque pas moins, tant la pensée contre-révolutionnaire et organiciste d'inspiration catholique voit les deux familles politiques comme résultant de la même erreur doctrinale : le libéralisme. C'est pourquoi les groupuscules d'extrême droite, loin d'être les initiateurs et les penseurs du mouvement en cours, ne font que profiter d'un effet d'aubaine pour gagner des militants et de l'exposition médiatique.(...)Nombre d'acteurs de la radicalisation en cours ne pensent pas autrement. Ils se croient en guerre contre la subversion qu'incarne, selon eux, la gauche. Ils répondent avec le langage et, chez les plus exaltés, les velléités d'action propres à la doctrine de contre-subversion que l'ex-Cité catholique a laissée en héritage. Leur fascination pour la déstabilisation du gouvernement, voire de l'Etat montre qu'une certaine droite n'accepte toujours pas que la gauche, même démocratiquement élue, gouverne. Comme si, malgré l'existence d'une alternance depuis 1981, une frange de notre pays continuait à se voir comme seule détentrice de la légitimité nationale, et rejouait sans cesse le combat des "deux France".

 Un climat politique qui rappelle la fin du XIXe siècle, non les années 1930

D'où viennent ces militants qui, à coups de tweets et de SMS, se réunissent et se dispersent comme des volées de moineaux, quand ils ne cherchent pas à dresser leurs tentes devant l'Assemblée nationale ? Parmi eux, quelques nervis de la mouvance identitaire, sans doute, mais beaucoup plus sûrement les lointains descendants d'un catholicisme de combat né à la fin du XIXesiècle en réaction à l'anticléricalisme d'Etat.
DEUX FAMILLES DE PENSÉE
Cette tendance a donné naissance à deux familles de pensée dont on retrouve les héritiers parmi les durs de l'opposition au mariage pour tous. D'une part, le rameau du catholicisme social, d'abord fortement identifié au royalisme et finalement rallié à la forme républicaine du régime – par fidélité au mot d'ordre de Léon XIII, le pape du ralliement en 1892 : " Accepter la Constitution pour changer la législation." Sensibilité dont Christine Boutin pourrait aujourd'hui se revendiquer.
L'autre obédience prend son essor dans les années 1900 avec les royalistes de l'Action française, chantres du nationalisme intégral théorisé par Charles Maurras. Aisément endossé par la mouvance intégriste, cet héritage est représenté au sein du Printemps français par sa figure de proue, Béatrice Bourges.
Cette dernière a subi la forte influence d'Ichtus, émanation de l'association maurrassienne la Cité catholique. Son appel à une " résistance à la Gandhi éventuellement illégale" peut se décoder comme une allusion au célèbre distinguo, cher à Maurras, entre pays légal et pays réel.
Un feu de paille, le Printemps français ? Possible. En jouant la carte de la radicalité, en instrumentalisant la diabolisation médiatique dont elle est l'objet, cette galaxie catholique espère bien électriser et libérer de ses inhibitions une partie de la droite parlementaire.
Les passerelles existent, comme en témoignent les quelques députés UMP venus apporter leur soutien aux "campeurs" appréhendés le 14 avril devant l'Assemblée nationale. Avant de crier au retour des années 1930, ne faut-il pas d'abord y voir le signe d'une radicalisation politique comparable à l'exaspération antilaïque de la fin du XIXe siècle, lorsque la "République des Jules" luttait contre l'emprise du religieux sur le politique ?

lundi 25 mars 2013

Sophia Aram - ou comment dialoguer avec les opposants au "mariage pour tous".


Sophia Aram par franceinter le 21 11 2012

"Ya pas d'ovaire dans le frigidaire!"
Un peu d'humour  avec les opinions  et slogans  réels des manifestants!

Quand on entend ce mardi 26 mars sur RMC  les propos menaçants de Christine Boutin, dans ce "Printemps francais"ou l'on preparait  un sit-in(voir l'article sur LeMonde.fr) :"« S'il y a une prochaine manifestation, j’y serai, et il y aura du monde, la mobilisation sera là, prévient la présidente du PCD. Et cette fois-ci, il n'y aura pas de poussettes, il n’y aura pas d’enfants. Ceux qui viendront seront peut-être moins nombreux, mais ce seront des gens beaucoup plus déterminés »....." Avant de conclure par un "ca va péter!" 

Il y a là une vraie question sur la pertinence, la tournure que prend ce combat et ses représentants. 
Exciter des foules aux convictions religieuses très ancrées, n'est pas très responsable.
 

lundi 25 juillet 2011

Dénoncer le terrorisme islamophobe

"Les gens doivent savoir ce que les merveilleuses doctrines multiculturalistes ont fait à l'Europe : la destruction systématique de la chrétienté européenne, des traditions, de la culture, de l'identité nationale, et de la souveraineté. Ces mécanismes politiques n'ont pu conduire qu'à l'islamisation de l'Europe"
Anders Behring Breivik, Oslo, 93 morts.

Ce carnage, appelle à des reflexions profondes. je met en copie celles-ci, trouvé sur le site de Médiapart, (ecrit par Y.M & A.V sont militants du MRAP et animent le site Differences-larevue)

- cet acte montre le danger que représentent l’extrême droite et la banalisation d’un discours islamophobe qui gangrène les sociétés européennes et qui facilite des passages à l’acte aussi monstrueux,

- il montre en clair le défaut de surveillance exercé sur des groupes d’extrême droite et autres officines néo-nazies et islamophobes de la part des autorités obnubilées par la mouvance de l’islamisme radical,

- il contredit tout le discours sécuritaire et la doctrine de lutte antiterroriste mise en place après les attentats du 11-Septembre et qui ciblent de façon quasi exclusive les groupes islamistes,

- Enfin, il rappelle que le terrorisme représente également une tradition des groupes d’extrême droite.

Cet acte ne peut être considéré comme celui d’un déséquilibré. Au contraire, il doit interpeller nos responsables pour qu’ils exercent une surveillance accrue des groupes d’extrême droite et la mouvance identitaire, d’autant plus qu’à l’approche de l’élection présidentielle, les événements d’Oslo risquent de trouver en France des émules passant à l’acte de façon individuelle ou par petits groupes d’autant plus dangereux qu’ils fonctionnent en vase clos.

En ce sens, il est grand temps que le gouvernement français réagisse plus vigoureusement contre les discours développés par les groupes d’extrême droite sur la Toile. Il est grand temps que le gouvernement prenne conscience des dangers que comporte le discours islamophobe et qu’il interdise des meetings semblables aux Assises contre l’islamisation de l’Europe tenues à Paris en décembre dernier .


dimanche 24 juillet 2011

Oslo, ou Le prix à payer des idées totalitaires d'extrème droite

"Dès que les hommes décrètent que tous les moyens sont bons pour lutter contre le mal, leur notion du bien se confond avec le mal qu'ils cherchent à détruire"
Christopher Dawson

Christopher Dawson (1889-1970) était un sociologue britannique qui écrivit plusieurs livres sur l'histoire culturelle et le christianisme. Il était considéré comme "le plus grand historien catholique de langue anglaise du XXe siècle"

Cette citation fait écho à la pensée d'Anna Arendt sur les totalitarismes (voir plus loin dans ce blog).
Selon les polices européennes, la menace terroriste d'extrème droite n'avait pas augmentée (voir le Nouvel Obs du 27/07/2011 ). Erreur fatale d'analyse : "Les yeux braqués sur Al-Qaïda, les renseignements européens ont fait passer les radicaux au second plan. Tout en notant un activisme bien vivant" nous y ecrit Laura Thouny. Ce constat accablant est repris aussi dans une tribune de Mediapart.

Le terroriste norvégien fonda son action sur des opinions que nous trouvons aisément sur les réseaux internet comme les "blocs identitaires" sur lesquels une partie de l'opinion va s'informer, qui buzzent et obtiennent une très bonne couverture média (voir les "apéros saucissons-pinard"). En augmentation selon un rapport publié par le monde cet été (voir la cartographie de Linkfluence). Internet est une des stratégies de communication du Front National, notamment par sa présence sur Facebook.
Islamophobie, xénophobie, ethnicisme, choc des civilisations, nationalismes révolutionnaires, catholiques intégristes, toutes ces idéologies y sont présentes (voir sur lemonde.fr, famille par famille un référencement de ces sites).

Cet attentat justifie, modestement, l'existence de ce blog, qui depuis 2007, est un outil de réflexion contre cette idéologie nihiliste et destructrice de notre "Civilisation". Et particulièrement, il tente de déconstruire le mécanisme intellectuel pervers d'appropriation des valeurs chrétiennes, laïques, grecquo-romaines ou celtiques, entre autres,  de ces courants de pensées. Aussi, il tente de rectifier des idées fausses sur l'Islam, un des grands boucs émissaires supposés des maux de notre Société.
Enfin, il cherche à atténuer cette peur de l'Autre, l'Etranger, l'Inconnu.
Transformer l'idée du Choc des Civilisation en Rendez vous des Civilisations.
Car après tout, l'Histoire est le fruit du choix que nous faisons chacun d'entre nous.


vendredi 26 février 2010

Bariza Khiari, sénatrice: "la burqa, les minarets, l’identité nationale… ça suffit"

Née en 1946, Bariza Khiari est la première sénatrice musulmane de France (PS), juge à la Haute Cour de Justice de la République, et chevalier de l’Ordre national du mérite. Elle raconte son expérience.

"J’ai envie de vous parler d’un islam que vous ne connaissez pas. D’un islam familial, tranquille, plus attaché à l’essence des choses qu’à l’observance des dogmes, un islam fait d’amour, de culture, de poésie, de musique, d’enchantements. J’appartiens à une famille confrérique soufie, venue en France depuis l’Algérie quand j’étais encore bébé. Je suis donc une musulmane sunnite de rite malékite et de tradition soufie. Et notre islam, comme celui de la grande majorité des musulmans, est un islam complètement apaisé, ouvert, tolérant, en cohérence avec la tradition laïque française.

C’est pourquoi je ne me reconnais pas dans les discours actuels. Il y a tant de méconnaissance... Le grand penseur soufi Ibn Arabi disait : "Les hommes sont les ennemis de ceux q’ils ignorent". Pour masquer cette ignorance, certains affichent le plus grand mépris pour l’islam. On parle de culture judéo-chrétienne, en oubliant, en excluant le troisième pilier du socle abrahamique qu’est l’islam. Quand on sait qu’il y a maintenant 5 ou 6 millions de musulmans en France et qu’on ne parle de leur religion que sous l’angle d’une idéologie à combattre alors qu’elle est une spiritualité, je me sens mal, très mal. Répétons-le, l’islam fait partie de la tradition d’Abraham, l’islam n’est pas en rupture avec le judaïsme et le christianisme, il en est le continuum. Mais on ne parle que des choses qui divisent, jamais de ce qui rassemble. Il ne faut pas s’étonner ensuite, qu’il y ait des crispations, des conflits, des incompréhensions. Je témoigne aujourd’hui, parce que l’on doit retourner cette stigmatisation de l’islam en occasion pour les musulmans qui vivent leur foi paisiblement de s’exprimer.

Suis-je une citoyenne à part ? Non, je suis une citoyenne à part entière. L’islam n’a rien à voir avec mon identité française. Pour plagier la célèbre phrase de Raymond Aron interrogé sur sa judéité, je dis « je suis française, citoyenne française, et je reste en fidélité avec la tradition qui m’a portée ». Je revendique mes origines arabo-musulmane et je les assume parce que l’inverse serait faire injure à toute la chaine de mes ancêtres. C’est une richesse pour moi, ma colonne vertébrale. Et je suis aussi profondément laïque, en considérant que la laïcité est la matrice qui surplombe nos identités multiples, notre maison commune. L’acceptation de la diversité ethnique culturelle ou cultuelle est le test de crédibilité de la laïcité. L’islam est parfaitement compatible avec cette extraordinaire République, j’en suis la preuve concrète. Ce n’est du reste pas la religion qu’il faut combattre mais le pacte républicain qu’il faut rétablir de toute urgence.

Comment voulez-vous que les jeunes des quartiers aient un sentiment d’appartenance quand ils envoient 900 C.V. et qu’on ne leur répond même pas, alors que la loi sur le C.V. anonyme a été votée par les deux chambres mais que les décrets ne sont toujours pas prêts ? Quand à la frontière de sa cité, on est arrêté dix fois par jour pour un contrôle au faciès? Quand il y a une justice à deux vitesses, et que les exactions commises par les forces de l’ordre aboutissent à des non-lieux faciles? Quand on devient l’otage du système politique dès qu’une élection se profile à l’horizon ? Quand les uns prétendent incarner les Lumières et le primat de la raison sur la foi et où les autres sont renvoyés aux ténèbres et à l’aveuglement religieux ? Quand dans l’armée, au moment de recevoir leur grade, quelques méritants musulmans, engagés sous les drapeaux pour risquer leur vie pour la France, voient leurs supérieurs tremper leurs galons dans la bière et les obliger à boire avant de leur remettre, comme cela a eu lieu récemment ?

Les discours sur la burqa, les minarets, l’identité nationale… ça suffit ! La question de la religion est seconde par rapport aux questions majeures que sont le logement, le travail, l’éducation. A-t-on vu les quartiers flamber au moment de l’affaire des caricatures du Prophète ? Non, parce que les jeunes, eux, ne se trompent pas de sujets. Aujourd’hui, j’en appelle à cesser ce débat à visée électoraliste. Il ne sert qu’à cacher la question sociale et alimente l’islamophobie comme l’islamisme."

jeudi 21 janvier 2010

Quel Islam pour quelle République?

Ce post tente d'apporter un regard plus pragmatique et moins passionnel sur les français musulmans.
Il tente de montrer aussi comment la stigmatisation des musulmans et la manière dont on confond les integristes avec la majorité immense des modérés est une ignorance, une peur et contre productif.

Cet amalgame est même une insulte à la sécularisation de l'Islam en France, des citoyens de cette confession présents depuis déjà un siècle.

C'est un dénigrement du "Pacte Républicain", de notre laïcité et l'adhésion qu'elle sucite de la part de tous nos citoyens.
Carrés musulmans dans les cimetières, construction de mosquées, aumoniers musulmans.... Ne sont-ils pas des preuves irréfutables d'intégration à une nation, une terre, une société?
Un enracinement au sens premier?

Maurras nous disait bien définir ce qu'était un Juif, dans une citation, en comparant sa difficulté à définir le capitalisme.
L'extrème droite, et toutes les droites rassemblées ( le FN s'étant dissout dans l'UMP), n'ont toujours pas changé:
Nous voyons bien aujourd'hui qu'ils savent ce qu'est un Musulman:
Un bon musulman est un indigène totalement désintegré de ses racines cultuelles ou culturelles et qui se sont totalement dissolues dans nos coutumes. Un bon musulman, ne pratique plus, mange du porc et boit de l'alcool. Met un béret à l'endroit et non une casquette à l'envers...
Cela n'est pas notre principe de laïcité ni de République.

Les autres musulmans sont donc tous des integristes et représentent une menace potentielle pour le pays.
Le simple fait d'aller à la mosquée devenant un signe de mauvaise integration à notre "civlisation" et nuit à notre identité française...
Ce qui est aussi contraire à nos principes républicains.

Pire,
l'assimiler à l'intégriste, c est assmiler l'intégriste et le légitimer.
Le seul Islam existant, n'etant plus que celui de la burqa, des écoles et piscines séparées. Cela légitme toute approche sectaire et groupusculaire. Cet Islam integriste devenant le seul interlocuteur "musulman" face à l'Etat. Toute loi devenant alors des fatwas, decrets religieux, à son egard ou à son encontre...
Le regard exclusiviste de la droite et d'une certaine gauche ultralaïcarde, est un terreau formidable pour les salafistes. Leur audience dans nos médias croit sans cesse. Car il n'y a dans les débats sur le sujet aucune nuance ni contradiction possible entre des athés ou apostats de l'Islam et les islamistes. Caroline Fourest l'a dénoncé suite à sa confrontation télévisuelle avec Tarik Ramadan.
Civilisation de la Peur.
Mal congénital des conservateurs.

Voici la contribution très eclairante sur ce fait par Dounai Bouzar publiée par LeMonde.fr en décembre 2009:

Le débat sur la burqa est en train de donner du pouvoir principalement à deux groupes : ceux qui la prônent et ceux qui veulent éradiquer l'islam.

Ceux qui la prônent jubilent puisque le débat public est en train de valider leur justification en tant que musulmans... Au lieu de désamorcer leur autorité en les traitant comme de simples groupuscules sectaires qui instrumentalisent la religion auprès de jeunes qui ne la connaissent pas, les voilà promus comme "musulmans", et même plus, comme "musulmans fondamentalistes", comme si les fondements de l'islam consistaient à enfermer les femmes dans un drap noir ! Ceux qui veulent éradiquer l'islam jubilent puisque la preuve est ainsi faite : cette religion est définitivement archaïque.
Il existe bien un monde bipolaire avec d'un côté l'Occident, qui a inventé la modernité, et de l'autre côté le monde arabo-musulman, qui serait par essence incapable de produire la moindre lumière... De manière générale, la burqa vient renforcer toutes les représentations négatives sur l'islam... Et les musulmans dans leur entité sont pris la main dans le sac : on savait bien que votre Coran fourmillait de trucs ignobles sur les femmes ! Cela permet de glisser de la peur de l'islamisme à la peur de l'islam assumée.

Tous les démocrates se retrouvent coincés entre deux terreurs intellectuelles : celle des intégristes et celle de ceux qui invoquent le danger des intégristes, en évitant tout sens critique. Plus précisément, les démocrates de référence musulmane, pratiquants ou non, croyants ou non, ne savent plus comment se positionner. Face aux amalgames entre le port du foulard et celui d'une burqa, face à l'interdiction des minarets en Suisse, face aux multiples manifestations de rejets inimaginables, il y a encore quelques mois, comment faire pour prendre place dans ce débat sans tomber dans la diabolisation ou l'apologie de l'islam ?

La culture est contagieuse

Continuer ainsi à accuser les musulmans de France de ne pas faire partie de l'identité nationale, c'est avant tout ne pas faire confiance au système français ! Comment peut-on penser qu'un jeune qui a grandi depuis l'école maternelle avec Elisabeth qui ne croit pas en Dieu, avec David qui est juif et avec Marie qui est catholique, garde la même vision du monde que son cousin qui ne fréquente que des personnes qui lui ressemblent ? Ou pire, se sente proche d'Al-Qaida ? L'intégrisme n'est pas héréditaire. Et la culture est contagieuse. On regarde tous les mêmes films, on écoute tous la même musique.

Les musulmans n'aiment pas la France par hasard. Ils l'aiment parce que des hommes se sont battus pour la liberté, parce que certains sont morts pour la démocratie, parce des femmes ont lutté pour leurs droits... Et aussi pour la laïcité, qui permet à chacun de croire, de croire en ce qu'il veut, ou de ne pas croire. Et qui a décidé, un beau jour de 1905, que plus jamais personne ne pourrait décider qu'une vision du monde est supérieure à une autre...

Cette pensée unique qui existe encore dans bien des pays qui ne sont ni démocratiques ni laïques. C'est par fidélité à l'histoire française que les musulmans aiment la France. Et ils seraient très déçus si d'autres Français trahissaient cette histoire pour revenir au temps du roi, où il fallait être de sa religion pour être son sujet...

Douia Bouzar sur Lemonde.fr est anthropologue, chercheuse associée au cabinet d'études Cultes & Cultures Consulting, ancien membre du Conseil français du culte musulman (CFCM).

lundi 5 octobre 2009

Retour de flamme anti-islam, par Caroline Fourest

Tout ce que je crois depuis des années concernant les liens terribles entre les ultra-laïc de gauche et l'extrème droite française. Caroline fourest omettant seulement de citer les liens entre l'extrème droite française et une partie des Juifs de France *.
Cela fait longtemps que je pense que les "ultras", laïcs, nationalistes, catholiques et islamistes pataugent dans le bain de l'islamophobie et même (ou surtout pour certains) de l'Islam, celui qu'on peut considérer de "modéré" ou "progressiste". Ces gens ne veulent pas de cette banalisation, integration ou assimilation dans la culture et l'Histoire française. Il me semble que la meilleure réponse à ce brouhaha, c'est le silence de l'immense majorité des citoyens de confession musulmane.
Les chiens aboient, la caravane passe.


"Sommes-nous condamnés à être pris en tenaille entre les "idiots utiles" de l'intégrisme habile et les tenants d'une vision rance de la Nation ? On pourrait le penser en regardant certains duels télévisés. Pas seulement en France, mais en Europe. La mode consiste à organiser des face-à-face entre islamistes sulfureux et nationalistes nauséabonds. La recette a fait ses preuves : pour gonfler à la fois l'audience et les extrêmes. Avec un peu d'habileté rhétorique, les ambassadeurs d'un islam intolérant parviennent à occuper l'espace médiatique au détriment des musulmans laïques, mieux, à les faire passer pour de "faux" musulmans. Les citoyens se demandent où sont passés les esprits libres de culture musulmane. Les populistes n'ont aucun mal à les convaincre que tous les musulmans sont... des intégristes.
Les émissions à sensation ne sont pas les seules responsables de ce glissement. La tétanie avec laquelle les politiques nuancés ou progressistes abordent ces sujets facilite la fuite vers les extrêmes. Ce n'est pas un hasard si les partis populistes font des percées en Suisse, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Dans ces trois pays, on a trop longtemps toléré l'islam intolérant au nom du multiculturalisme. Le retour de flamme a une couleur illusoire mais rassurante : "le bon vieux temps... monoculturaliste".
Le danger ne vient pas d'une extrême droite caricaturale, mais de partis libéraux et populistes. Ils captent une inquiétude légitime envers l'islamisme, et la transforment en peur de "l'islamisation". Ces dernières années ont connu la percée de trois partis populistes européens ayant fait campagne sur ce thème : le Parti national britannique de Nick Griffin en Grande-Bretagne, le Parti de la liberté de Geert Wilders aux Pays-Bas et l'UDC de Christophe Blocher en Suisse.
Provisoirement contenue grâce à une alliance entre la gauche et le centre, l'UDC menace d'élargir sa base en allant jusqu'à usurper le drapeau de la laïcité. En juillet 2008, son initiative populaire "contre la construction de minarets" a recueilli plus de 115 000 signatures. Pourtant, il ne s'agit pas de défendre la laïcité, qui respecte les lieux de culte. Fils de pasteur, Christophe Blocher rêve d'assurer la domination visuelle et culturelle du christianisme sur l'islam. Comme au temps où la Réforme opprimait la minorité catholique en lui interdisant de construire des clochers...
La France est-elle à l'abri de pareilles dérives ? Le fait qu'il existe un camp républicain et laïque permettant d'incarner la résistance à l'intégrisme, sans tomber dans le monoculturalisme, est sans doute la meilleure des protections. Mais les digues se fissurent. Sur Internet, les amis de Philippe de Villiers, jadis raillés pour leurs diatribes contre la République laïque, tissent des liens avec des ultra-laïques, tentés de passer de la posture "laïcité contre tous les intégrismes" à celle de la "chrétienté contre l'islam".
Cette tentation porte désormais un nom : riposte laïque. Un réseau Internet, alimenté par un petit nombre de contributeurs (souvent des pseudonymes). Son site considère qu'il n'existe pas de différence entre "islam" et "islamisme". En vertu de quoi les musulmans seraient plus heureux dans un Etat islamique, et la promotion d'un islam de France constitue une "tentative de viol de l'identité". Il ne veut pas seulement interdire le voile intégral dans la rue, mais carrément le voile simple "dans tous les lieux publics".
Son intransigeance envers l'islam n'a d'égal que sa complaisance envers le christianisme, décrit comme porteur "de valeurs qui ont conduit à la sécularisation et à la démocratisation" caractérisant "le modèle occidental". Comme s'il n'avait jamais fallu arracher ces valeurs à l'Eglise... Ces "laïques"-là travaillent désormais en réseau avec des sites nationalistes chrétiens. Leur vision de l'islam rejoint celle des islamistes. Aucun de ses deux extrêmes ne veut d'un islam éclairé et laïque.

*PAR MICHEL GURFINKIEL. Les juifs français sont à la fois plus conservateurs et plus socialistes que la moyenne des Français : ce sont les conclusions d’un sondage Ifop publié le 19 juin 2006 par Le Figaro.
Plutôt que d’un " virage à droite " du judaïsme français, il faudrait parler de retrouvailles. Une large partie de cette communauté (en particulier les milieux pratiquants) adhère aux valeurs conservatrices classiques. Mais elle ne pouvait se reconnaître ni dans le gaullisme de naguère, plus centriste que conservateur, et de surcroît pro-arabe, ni dans un Front national marqué par divers " dérapages ". Or ces hypothèques sont aujourd’hui levées : la droite redevient pro-israélienne ; la gauche manifeste une étrange compréhension envers le " nouvel antisémitisme ", qu’il vienne de l’immigration musulmane ou d’agitateurs tels que Dieudonné.

Le principal bénéficiaire de cette évolution est Nicolas Sarkozy : les juifs de France voient en lui le " libéral musclé " qui a mis fin, en 2002, à une série d’agressions contre les personnes ou les institutions (synagogues, écoles). Villiers viendrait en seconde position : il séduirait ceux qui croient à " front commun " judéo-chrétien contre le djihadisme.

Cet article faisait suite à une emission de télé où Tariq ramadan intervenait (France 2).

Le débat médiocre et très télévisuel dans l'émission pose 2 bonnes questions:
-Le doigt porté sur le Niqab est-il un énième instrument des xénophobes et outil de réccupération politique ou une atteinte à la culture française aux symboles de nos valeurs politiques et ethiques?
- Ramadan est il capable du même universalisme utopique et éclairé à notre égard qu'à son Islam personnel?
Soutiendrait-il par exemple les dé-jeuneurs marocains de cet été (Association MALI)?


ps: Ramadan, islamologue compétent, n'est pas un historien.
Sur le sujet de l'Histoire de l'Islam et des musulmans en France, il vaut mieux se tourner vers Mohammed ARKOUN qui dirige une encyclopédie sur le sujet (Albin Michel)