mardi 16 avril 2013

Que sont les Etudes de Genre ou Gender Studies?

« Ils ne sont pas nés de la chair et du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu. » Jn 1, 3

Pourquoi dire le mot "études de genre" plutôt que " théorie du genre?" 

Les études de genre ou gender studies sont un champ d'étude et de recherche interdisciplinaire consacré au genre et à la sexualité dans ce qu'ils ont de social, politique, anthropologique, historique, philosophique ou artistique.

Le genre est également un domaine d'étude dans de nombreuses disciplines, notamment l'art et l'histoire de l'art, mais également l'histoire, l'anthropologie, la sociologie, la psychologie ou la psychanalyse. Ces disciplines diffèrent parfois dans leurs approches et dans leurs raisons d'étudier le genre. Mais les études de genre peuvent également être considérées comme une discipline à part entière, au croisement de différentes autres approches disciplinaires.

De manière générale, les études de genre proposent une démarche de réflexion sur les identités sexuées et sexuelles, répertorient ce qui définit le masculin et le féminin dans différents lieux et à différentes époques, et s’interrogent sur la manière dont les normes se reproduisent jusqu’au point de paraître naturelles.


Le mot « genre » existe en français puisqu’il désigne, en grammaire, le masculin ou le féminin. Le genre de la grammaire nous apprend d’ailleurs que cette assignation d’un mot au masculin ou au féminin est affaire de convention linguistique, d’autant plus que dans d’autres langues (qui parfois font place à un troisième genre, le neutre), un mot français féminin sera masculin et réciproquement.

Les deux expressions« la théorie du gender », ou « la théorie du genre » ont été très souvent employées depuis 2011, notamment dans des articles relayant la polémique autour des manuels de SVT. Ces expression sont censées traduire gender theory, qui existe bel et bien en anglais. Cependant, la traduction par « la théorie du genre » (ou pire, « la théorie du gender ») est un contre-sens à plusieurs égards, la question étant: ce contresens est-il vraiment involontaire?

L’anglais theory ne se traduit pas toujours par « théorie ».
Le premier désigne, pour faire simple, la théorie par opposition à la pratique. On parlera ainsi d' "evolution theory" (la théorie de l’évolution), mais aussi de "computer theory" (qui n’est pas la théorie de l’ordinateur…) ou encore de "music theory" (l’ensemble des principes de la musique). Pour résumer, l’expression anglaise [nom] theory ne se traduit pas toujours par « théorie de [nom]», même si cette traduction apparaît comme la plus évidente.

Désigner une hypothèse par le terme « théorie » est une erreur bien installée, En français courant, usuel, le mot « théorie » désigne tout autant l’hypothèse (supposition à vérifier) que la thèse (l’affirmation vérifiée) qui contribue à la confusion.


Il faut donc s’interroger sur les raisons de traduire gender theory par « théorie du genre ». Dans un entretien publié sur le site Témoignage Chrétien, Anthony Favier, doctorant en histoire, explique que l’expression « théorie du genre » est employée par des catholiques. J’ajouterai seulement qu’à force d’être reprise de manière non critique dans les médias, elle s’est maintenant largement répandue.
"Il est important de préciser que seuls les catholiques utilisent l’expression « théorie du genre ». Dans le monde académique, les gender theories américaines n’ont jamais été traduites de cette manière – le mot français « théorie » impliquant une incertitude – on dit les « études de genre », ou « étudier le rapport de genre ». Dit Anthony Favier.
En effet, tous les discours polémiques catholiques contre les études de genre mettent l’accent sur le caractère philosophique, incertain et anti-scientifique de cette « théorie du genre », qui s’opposerait à la certitude des sciences exactes, c’est-à-dire de la biologie.. 
Ainsi, Mgr Tony Anatrella, qui a publié un livre (en italien) sur « la théorie du genre et l’origine de l’homosexualité », explique faireune analyse de la théorie du gender à partir des concepts de l’encyclique de Benoît XVI, Caritas in Veritate, qui permettent de souligner le caractère irréaliste et idéaliste de cette idéologie. [...] Le corps sexué n’est pas reconnu pour lui-même comme un « fait » à partir duquel le sujet se développe mais comme un artifice défini par la société. [...] Cette vision est complètement déconnectée du réel et entraîne une division entre le corps réel, qui lui est sexué au masculin ou au féminin (nous ne sommes que mâles ou femelles et pas autre chose), tout en étant nié, au bénéfice d’un corps imaginé en dehors de sa condition sexuée avec tout ce qui en découle. Pour la théorie du gender, le corps s’arrête à la hauteur de la tête [...].

Ces affirmations sont caractéristiques du discours polémique promu par les milieux traditionnalistes et conservateurs catholiques en ce qu’il oppose la « théorie », une « idéologie » « irréaliste et idéaliste », aux faits, au « réel », c’est-à-dire le corps dans son évidence sexuée. Précisons que les catholiques n’ont pas le monopole de ce genre de discours, j’aurai l’occasion d’y revenir bientôt.

Le choix de parler de « théorie du genre » n’est donc pas anodin: cette traduction a, en elle-même, un objectif polémique d’autant plus difficile à contrer qu’elle a l’air de s’imposer comme une évidence. L
e mot « théorie » a volontairement été utilisé avec abus par ses opposant pour mettre en avant les soit-disant côtés « fumeux » et sectaires de cette soit-disant « théorie »du lobby gay.
Propos recueillis sur le site 
http://cafaitgenre.org
 
Pour introduire la réflexion,  le blog d'Anthony Favier est une excellente base de départ: PENSER LE GENRE CATHOLIQUE

je vous invite à lire une partie d'une conférence de la théologienne catholique Veronique MARGRON pour une premières approche sur le sujet:
Le texte intrigue autant pour les pistes audacieuses de réflexion qu'ils lancent que les points qu'il laisse dans l'ombre. Pourquoi la différence homme-femme serait-elle plus constitutive de l'humanité que celle de classe ou de race ? Que se passe-t-il en dehors du couple hétérosexuel ? En dehors de la rhétorique, comment accède-t-on socialement une pareille dialectique entre "roc biologique" et histoire humaine ? L'altérité homme-femme est donnée comme impassable et ne semble résoluble qu'à travers l'épreuve du couple. Cela en viendrait-il pour autant à reconnaître qu'en dehors du couple la connaissance de l'autre n'existerait ? 
Sans se soumettre à la position de Freud qui voyait dans l'anatomie un destin, elle veut défendre une position chrétienne où le corps, "la chair", serait un donné indépassable mais qui s'inscrit dans une relation historique et de parole avec les autres. Il s'agirait d'une troisième voie entre un culturalisme à outrance - le sexe n'est que social - et un naturalisme forcené - l'anatomie déterminerait socialement le genre. (Anthony Favier)
 
(…)L'anatomie c'est le destin", écrivait Freud à propos du sexe féminin. Phrase terrible. Car tout ce qui fabrique du destin est un lieu d'échec pour les droits humains. Le destin est ce contre quoi l'humain ne peut rien. Fatalité du déterminisme, d'une puissance supposée extérieure à la volonté humaine. Bien loin de la conception chrétienne et de ce que nous apprennent les récits bibliques que nous avons essayé d'écouter. 

En effet, ce n’est pas l’humain qui choisit d’être homme ou femme. Il se trouve tel. Il vient au monde et à son histoire ainsi. Mais c’est la parole prononcée sur lui et celle que lui-même pourra affirmer qui lui permettront d’habiter pleinement ce qu’il est, et qui il est. La différence des sexes n’est pas un déterminisme mais la condition, d’une rencontre. Non la seule condition d’ailleurs. Car une fois de plus, la sexualité devient humaine grâce à la parole ajustée qui rend compte du respect, en quelque sorte du soin, de l’attention. Elle le devient aussi par la force - non violente - du désir de vivre et du désir de l’autre, qui rend possible de s’écarter de l’infans en nous. La différence des sexes n’est pas d’abord une construction sociale. Elle constitue l’humain qui est de l’un ou l’autre sexe. Cela n’interdit pas, culturellement, que du féminin habite l’homme et du masculin la femme. Là se situe la place des représentations, des transmissions, des cultures et la force de l’inconscient. Ce mixe entre le sexe et le genre n’est pas inné mais lié au langage. Et l’humain est le seul mammifère à être marqué tout en même temps par son histoire et par ce qui le constitue en arrivant au monde, un patrimoine génétique, un corps sexué, une constitution humaine.

La tradition chrétienne ne défend pas une nature immuable, scellée depuis toujours. Mais bien une relation serrée, incompressible, entre le donné de naissance et la place de la culture, du juste amour - ou non - des siens, de l’éducation, des drames vécus et de leurs traces dans les profondeurs de l’être. (...)
Avec l'inconnaissance entre homme et femme, la différence des sexes propose une démarche fondamentale pour vivre ensemble : la possibilité de croire. Chaque personne d'un sexe est ignorante de ce que l'autre est. Tu es toujours un autre, je ne te sais pas. Méconnaissance radicale essentielle au vivre ensemble car elle interdit - en principe ! - toute comparaison , puisque nul ne peut être à la place de l'autre. C'est grâce à cette incapacité, à cette limite principielle, que je peux accueillir l'autre dans son mystère. Je ne peux rien vérifier. Alors, le choix est entre croire et se défier. Entre consentir et aimer ce que je ne peux posséder ou avoir l'illusion, par le pouvoir, que je peux le prendre. 
Histoire de l'humanité que l'écart entre ces deux verbes. Histoires profondément rencontrées, déjà, dans les livres de la Bible. 
N'oublions pas que les deux différences fondatrices se croisent : celle du sexe et celle des générations. Le mystère que chacun des parents est pour l'autre doit pouvoir lui interdire de se prendre pour un "parent qui sait tout"(...) 
Hommes ou femmes ont le choix. Honorer, ou pas, leur ressemblance et leur différence par une altérité qui offre à chacun d'être estimé, aimé, dans le respect viscéral du corps de chair, fragile, unique.(…)


Le sujet est passionnant! D'une densité et complexité rare!
Genre et sexe ne s'opposent pas. Les reflexions se complètent, se superposent.
Comment répondre par un simple pour ou contre sur un tel sujet?
Combien il aura fallu de Conciles pour "fixer" la Nature du Christ...
En espérant toujours ouvrir le champ des connaissances dans la perspective "fides et ratio".
Et surtout, surtout!, sortir des polémiques et raccourcis obscurantistes!

lundi 15 avril 2013

Le Harem Politique: Le Prophète et les Femmes par Fatima Mernissi

الحريم السياسي النبي والنساء

Une lecture féministe, du Coran,  de l'interprétation de la Chariâ, et des Hadiths.



Une femme peut-elle gouverner un État musulman, commander une armée, participer à la guerre , au même titre que les hommes ? Une femme mariée peut-elle prendre l'initiative sur le plan sexuel, répudier son mari ? Un mari a-t-il le droit de battre sa femme ? Pourquoi les femmes portent-elles le voile ? 



L'objectif de l'auteure est de montrer d'abord que les fondements religieux, établis au tout début de l'islam, sur lesquels repose la discrimination exercée à l'endroit des femmes dans le monde musulman sont la fabrication des hommes et le résultat des luttes de pouvoir entre réformistes et conservateurs, de montrer aussi que les actions des hommes étaient guidées par les intérêts économiques et, qu'à l'époque, les femmes ont pris une part active autant dans les débats politiques que dans les luttes idéologiques et militaires. 

L'hypothèse de l'auteure - un très grand nombre de Hadiths, utilisés aujourd'hui à des fins discriminatoires, ont été inventés de toutes pièces par les hommes, surtout avant la période de leur consignation écrite, c'est-à-dire près de deux siècles après la mort de Mohammed 


Mernissi entreprend donc une relecture des textes sacrés, du Coran, du Hadith et des œuvres des grands commentateurs. Pour se prémunir contre les attaques des théologiens orthodoxes musulmans et des conservateurs, elle s'appuie sur le principe, reconnu par le Coran, de l'obligation faite à tout musulman de recourir à la raison (al Aql) pour décoder cet ensemble de signes qu'est le Coran . Mernissi fait également appel aux données des sciences modernes comme la psychanalyse, la sémiotique, la linguistique et l'analyse politique. 
Dans Le harem politique Mernissi s'attaque, entre autres, à des Hadiths misogynes authentifiés et à certains versets du Coran qui ont et continuent d'avoir un important poids dans la détermination de la place réservée aux femmes dans les sociétés musulmanes. Deux exemples suffiraient à illustrer son analyse.Ainsi, Boukhari (-808-870), l'un des fondateurs, au IXe siècle, de la science de l'lsnad (la chaîne de transmission des Hadiths depuis le Prophète), a interviewé 1 080 personnes et, parmi les 600 000 Hadiths qu'il a recueillis,seulement 3 275 ont été reconnus comme authentiques . C'est Abu Bakra qui aurait entendu le Prophète dire : "Ne connaîtra jamais la prospérité le peuple qui confie ses affaires à une femme ". Ce Hadith figure parmi les deux ou trois mille Hadiths authentifiés méticuleusement par Boukhari et ses disciples. Dans quelles circonstances ce Hadith a-t-il été rapporté et quelle crédibilité peut-on accorder à son narrateur ?
(...)Le port du voile n'a pas été édicté par un Hadith, mais imposé par un verset coranique qui fut révélé à Mohammed à la suite de longues tractations et luttes idéologiques - dont les bases économiques sont bien soulignées par Mernissi - entre les promoteurs de l'égalité des sexes, représentés par le Prophète Mohammed, sa femme Aicha et Abu Bakr, le père d'Aïcha, d'un côté et, de l'autre, ceux, nombreux et puissants, qui tenaient à sauvegarder les coutumes et les lois de la société préislamique leur garantissant la domination des femmes. Si « Les idées de Mohammed sur l'octroi aux femmes des mêmes droits que les hommes privaient les Abdallah B. Ubayy des ressources financières importantes provenant de l'esclavage des femmes » (p. 230), on saisit mieux pourquoi seules les femmes de l'aristocratie devaient, du moins au début de l'islam, porter le voile. Les autres, esclaves, prostituées et sans statut, n'étaient plus protégées contre la violence et l'exploitation des hommes, après la descente du verset coranique imposant le voile : « Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants de revêtir leurs mantes [voiles] : sûr moyen d'être reconnues (pour des dames) et d'échapper à toute offense » .
Fatima Mernissi
La société musulmane, celle que Mohammed a voulu instaurer au début de sa vie de Prophète et de chef politique, n'est pas génératrice d'inégalités entre les hommes et les femmes. Elle les a, tout au plus, reproduites et, parfois, atténuées. Les alliances qui se sont établies entre des hommes politiques de tendance conservatrice, ceux surtout que l'Islam avait privés des prérogatives dont ils jouissaient dans la société préislamique - esclavage des femmes capturées durant les guerres entre tribus, déshéritement, proxénétisme, etc. - ont fini par avoir raison de la tendance réformiste défendue par Mohammed. Et Naïma Tabet, philosophe marocaine, résume bien les influences auxquelles devait faire face Mohammed et la précarité de sa position en tant que chef politique devant la subsistance des idéologies tribales préislamique:
   "Mohammed devait d'une part mener une lutte acharnée contre la résistance des mentalités conservatrices imprégnées d'idéologies liées aux structures tribales, comme il devait, d'autre part, compter avec ces mêmes idéologies, ce qui ne pouvait que nécessiter des reculs [sur ses principes égalitaires], de temps à autre, afin de maintenir un certain équilibre sans lequel sa mission aurait été dès son début vouée à l'échec".(Naïma Tabet)
Si les lecteurs et lectrices du Harem politique ont, parfois, l'impression que l'auteure voulait réhabiliter le Prophète Mohammed, ce n'était pas là son but explicite. Mernissi réussit cependant à donner un visage humain à ce réformiste que l'histoire et les hommes ont mythifié. De la même façon elle restaure l'image de la femme : on n'est plus devant des êtres pétrifiés subissant sans broncher les actions des hommes, mais devant des femmes militantes qui ont tout fait pour défendre leur cause. Aicha n'a-t-elle pas participé aux débats politiques et fait des pressions sur Mohammed pour qu'il ne cède pas à la demande des tradionalistes exigeant de lui l'imposition aux femmes du port du voile ? N'a-t-elle pas chevauché à la tête d'une armée pour combattre Ali, ce conservateur farouchement opposé à l'établissement de l'égalité entre les hommes et les femmes ? Et Sukaïna l'arrière-petite-fille de Mohammed, pour conclure sur cet autre exemple du militantisme féminin mis en évidence par Mernissi, n'a-t-elle pas toujours refusé, afin de sauvegarder son autonomie - participer au conseil de la tribu et recevoir chez elle les poètes etc. -, de consentir l'obéissance, clef du mariage musulman, à aucun des cinq maris qu'elle a eut ? N'est-elle pas allée jusqu'à inclure dans l'acte de mariage une clause les obligeant à renoncer à la polygamie, pourtant acceptée par l'islam, et à intenter et gagner un procès contre celui parmi eux qui n'avait pas respecté cette clause ?(...)

Extrait de la fiche de lecture de M’hammoud MelloukiDépartement d'administration et politique scolaires
Université Laval, Qebec
Recherches féministes,  publié sur le site ERUDIT.ORG vol. 4, n° 2, 1991, p. 159-164.

Son blog: MERNISSI

"La Femme dans trois œuvres d’adab andalouses," par Nadia Lachiri,
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines, Meknès, Maroc.

" Femme et Islam ", (Approches), collection dirigée par Aïcha Belarabi. Editions Le Fennec, Casablanca,
Un blog culturel, féministe marocain: ETUDES MAROCAINES

Un article paru dans l'hebdomadaire marocain TELQUEL sur le féminisme islamique

Un livre présenté sur un autre blog: "Religions d'Hommes, Regards de Femmes"

jeudi 11 avril 2013

Le Genre Humain et le Concile Vatican II, un humanisme oublié?

 "Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des humains de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les
 angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur. Leur communauté, en effet, s'édifie avec des humains rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit Saint dans leur marche vers le royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire
Extrait de : Vatican II l'intégrale, édition bilingue révisée, Paris : Bayard, 2002, pp. 229-230.

Ceux sont  les premiers mots de la constitution pastorale sur l'Eglise dans le monde de ce temps "Gaudium et Spes" qui a été acceptée par des évêques du monder entier et promulgué par le pape Paul VI au cours du Concile qui s'était ouvert en 1962. 




Aussi, c’est dans la lettre apostolique sur la vocation et la dignité de la femme Mulieris dignitatem (1988) que l’on trouve pour la première fois sous la plume d’un pape des propos nouveaux concernant la relation entre femmes et hommes. Jean-Paul II parle d’égalité essentielle et de parfaite réciprocité entre eux. C’est ainsi qu’Eve n’est plus l’aide d’Adam, mais qu’il s’agit d’une aide réciproque que la soumission des femmes (Epître aux Ephésiens) devient une soumission non plus unilatérale mais bien réciproque. Cette nouvelle vision, qui a été qualifiée de « féministe », s’est poursuivie en juin 1995, juste avant la conférence de l’ONU  à Pékin sur les femmes, quand il a écrit aux femmes du monde entier. Le pape y exprime des regrets et reconnaît la responsabilité que porte l’Église dans la dénaturation et la réduction en esclavage des femmes ; il reconnaît la violence qui s’exerce contre elles et il proclame l’égale  responsabilité de l’homme et de la femme dans la construction de l’histoire. Ces propos qui vont jusqu’à reconnaître que la domination des hommes sur les femmes est une situation de péché et une rupture de l’équilibre voulu par Dieu rétablissent les femmes dans leur dignité.

mardi 9 avril 2013

Le vertige des Guides et la Sagesse d'Omar al-KHayyam


"Prends garde de perdre le bout du fil de la Sagesse, car les Guides eux-mêmes ont le vertige!"
Omar al-Khayyam



"Dieu est trop immense pour être enfermé dans un Crédo", Ibn 'Arabî

Prends garde à ne pas te limiter à un credo par­ticulier en reniant tout le reste, car tu perdrais un bien immense [... ]. Que ton âme soit la sub­stance de toutes les croyances, car Dieu est trop vaste et trop immense pour être enfermé dans un credo à l'exclusion des autres. Il a dit en ef­fet : 
« Où que vous vous tourniez, là est la face de Dieu » (Coran, II, 115), sans mentionner une direction plutôt qu'une autre.


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Les religions révélées ne sont diverses qu'à cause de la diversité des « rela­tions divines ». Si la « relation divine » qui demande qu'une chose particulière soit per­mise dans la loi révélée était la même que celle qui demande qu'elle soit interdite, cela impli­querait que les décisions divines ne peuvent changer, or il est établi qu'elles changent. Si ce n'était pas le cas, cela signifierait que cette pa­role divine est incorrecte : « À chacun de vous, Nous avons donné une loi et une voie » (Coran, V, 48). Or il est vrai que chaque communauté a une loi et une voie apportées par son prophète ou son messager. [...]


Nous savons de façon certaine que la relation de Dieu à Mahomet dans la religion qu'Il lui a révélée est différente de la relation qu'Il a éta­blie avec tout autre prophète. Si ce n'était pas le cas, et si la relation qui demande la révéla­tion d'une loi spécifique était unique, alors les religions révélées seraient une.
Les Illimunations de La Mecque (Futûhât Makkiyya), I, 265

Les doctrines religieuses divergent en fonction de la divergence des regards qui sont portés sur Lui. Or, chaque personne qui regarde ainsi n'adore et ne professe que ce qu'elle a amené à l'exis­tence dans son propre cœur. Elle n'a donc amené à l'existence qu'une chose créée, et non le Dieu réel. Mais c'est pourtant dans cette forme doc­trinale qu'Il Se manifeste à elle. L'Essence en tant que telle est unique, mais tu ne peux Le perce­voir qu'ainsi [dans le monde de la relativité].
Ibid., IV, 211

Tout ce qui est autre que Dieu est fabriqué, et les dieux des croyances sont fabriqués. Abso­lument personne n'adore Dieu tel qu'en Lui­même. Il n'est adoré qu'en tant qu'Il est fabri­qué par l'adorateur.
Ibid., IV, 229

Celui qui professe une foi dogmatique loue uni­quement la divinité incluse dans sa profession de foi et à laquelle il se rattache. Les œuvres qu'il accomplit lui reviennent, et en définitive il ne fait que se louer lui-même. [...] L'éloge qu'il adresse à ce qu'il professe est donc un éloge qu'il s'adresse à lui-même. C'est pourquoi il blâme ce que professe autrui, ce qu'il ne ferait pas s'il était équitable. Celui qui se limite à cet objet d'adoration particulier est de toute évidence un ignorant, du fait même qu'il s'oppose aux convic­tions d'autrui au sujet de Dieu. S'il connaissait, en effet, la parole de Junayd : « La couleur de l'eau est celle de son récipient », il accepterait de chacun sa propre croyance ; il connaîtrait Dieu en toute forme et en toute profession de foi. De lui n'émane qu'une opinion, et non une science. C'est pour cela que Dieu a dit : « Je suis auprès de l'opinion que Mon serviteur a de moi» ; Je ne Me manifeste à lui que dans la forme de sa croyance. Ainsi, la divinité des convictions dog­matiques est prisonnière des limitations ; c'est donc la divinité que contient le cœur de Son ser­viteur. La Divinité absolue, quant à Elle, ne peut être contenue par rien, car Elle est l'essence des choses et l'essence d'Elle-même.
Les Chatons de la sagesse (Fusûs al-hikam)
Traduction, Eric GEOFFROY


IBN ‘ARABÎ (1165-1241)

Prestigieuse figure du soufisme, et l’un des plus grands visionnaires de tous les temps, Ibn ‘Arabī est le théoricien du monisme ontologique et théologal, le grammairien de l’ésotérisme musulman. 
Son influence a marqué aussi bien ses partisans que ses adversaires ; son lexique technique représente la forme achevée du vocabulaire gnostique en langue arabe, et les penseurs musulmans postérieurs, qu’ils soient arabes, iraniens ou turcs, ont tous repris sa terminologie. Ainsi Ibn ‘Arabī apparaît-il véritablement comme le pivot de la pensée métaphysique en Islam.

Œuvre paradoxale que la sienne : chaque jour davantage étudiée et traduite, source d'ins­piration pour beaucoup de non­-musulmans après avoir fait l'ob­jet de polémiques séculaires en terre d'islam, elle n'est pas à la portée du premier venu. On peut évoquer la complexité métaphysique, la formulation allusive et la profusion de la terminologie, mais en défini­tive c'est le caractère initiatique de l'œuvre qui explique qu'elle reste hermétique au plus grand nombre. Une doctrine aussi subtile peut troubler même les apprentis soufis, et c'est pour­quoi, en pays musulman, les cheikhs interdisaient souvent à leurs disciples de lire l'œuvre d'Ibn `Arabî par eux-mêmes. Cette doctrine accorde pour­tant une attention rigoureuse à la lettre du Coran mais elle dérange le conformisme reli­gieux en explorant les possibi­lités de la Révélation. Ibn `Arabî fut certes l'héritier de la tradi­tion soufie, mais il lui a offert une formulation à la fois plus ample et plus précise. Le sou­fisme postérieur est donc lar­gement débiteur de l'homme et de son œuvre.

Les passages ci-contre sont ex­traits des Futûhât makkiyya, somme spirituelle exhaustive, et des Fusûs al-hikam, ouvrage plus concis qui récapitule sa doctrine métaphysique. Les vers, enfin, proviennent du re­cueil de poèmes mystiques Tar­jumân al-ashwâq. Ils témoignent de l'universalisme et du plura­lisme qui animent la doctrine d'Ibn `Arabî, universalisme de la Révélation énoncé par le Co­ran dans la notion de « Religion immuable » et que le Prophète a illustré maintes fois, lui qui affirmait que 124.000 prophètes, depuis Adam jusqu'à lui, avaient été envoyés à l'humanité.


Sur ces bases, certains soufis ont professé « l'unité trans­cendante des religions », thème auquel Ibn `Arabî a fourni un cadre doctrinal ; toutes les croyances et donc toutes les religions sont vraies car cha­cune répond à la manifestation d'un Nom divin. Il y a ainsi une unité fondamentale de toutes les lois sacrées, et chacune dé­tient une part de vérité. La di­versité des religions est due à la diversité des « relations » que Dieu entretient avec le monde, et à la multiplicité des mani­festations divines. Puisque Dieu est conforme à l'opinion que le fidèle se fait de Lui, Ibn `Arabî en conclut d'abord que les croyances sont conditionnées par les différentes manifesta­tions de Dieu perçues par les êtres et par la conception frag­mentaire que chacun se fait de Dieu ; ensuite que Celui-ci ac­cepte toutes les croyances - pas au même degré, bien sûr - car les conceptions humaines ne sauraient limiter l'être divin. Enfin, quel que soit le destina­taire du culte (Dieu dans ses diverses dénominations, mais aussi la nature ou les idoles), c'est toujours Dieu que l'homme adore, même s'il n'en est pas conscient.